> > > > L'héritage de Grosjean, Pic et Vergne : les maudits (1970-1984)

L'héritage de Grosjean, Pic et Vergne : les maudits (1970-1984)

Avec trois pilotes français titulaires en 2011, la France retrouvera un contingent qu'elle n'a plus connu depuis 1995 en Formule 1. Fan-F1 vous propose de revenir sur ceux qui ont écrit l'histoire tricolore de la discipline, en s'intéressant cette fois-ci aux années 1970-1980 : l'époque des maudits et des premiers espoirs de titre. Retrouvez également la première et la troisième parties de ce dossier.

© DR - 1er rang : Jabouille, Tambay, Depailler, Pironi / 2ème rang : Laffite, Jarier et Arnoux (1979)© DR - 1er rang : Jabouille, Tambay, Depailler, Pironi / 2ème rang : Laffite, Jarier et Arnoux (1979)

L’engagement commun du constructeur Matra et du pétrolier Elf, nouvellement créé, en Formule 1 aboutira, dès la fin des années 1960 et le début des années 1970, à la mise en place d’une véritable usine à jeunes talents. La « filière Elf », comme elle sera appelée, conduira à l’arrivée de nombreux Français dans la discipline, comptant jusqu’à sept pilotes différents sur la grille de départ.

C’est d’ailleurs avec le soutien du pétrolier qu’un certain François Cevert (26 ans) sera appelé par Ken Tyrell, en 1970, en remplacement de Johnny Servoz-Gavin. Ce dernier, malgré des débuts prometteurs, quitta brutalement la discipline ; la légende veut que ce départ soudain soit dû à la vision d’un accident horrible dont il aurait été la victime. Une vision peut-être prémonitoire…


Cevert, la mort dans son contrat

François Cevert apprend vite et bien aux côtés d’un Jackie Stewart au sommet de son art et dans une équipe Tyrell dominatrice. Remplissant à merveille son rôle de lieutenant pour l’Ecossais, il n’hésite pas à s’effacer ou à ne pas attaquer pour favoriser les chances de son leader. Il remportera, en 1971 à Watkins Glen, le seul succès de sa carrière et le troisième succès d’un pilote tricolore depuis la création du championnat du monde de Formule 1. Si 1972 ne sera pas aussi heureuse, Emerson Fittipaldi et la fameuse Lotus 72D passant par là, la saison 1973 marquera le retour en forme de Stewart.

Assuré de son troisième titre avant l’ultime épreuve de l’année, à Watkins Glen, l’Ecossais souhaite prendre sa retraite et voit en Cevert le successeur légitime à la barre du navire Tyrell. Le Français, lui, est préoccupé : il ne fait plus guère de mystère que son triple-champion du monde d’équipier va quitter la discipline mais il n’apprécie pas celui qui est pressenti pour le remplacer, Jody Scheckter. Alors qu’il ne reste que quelques minutes dans la séance matinale de qualifications, un lourd silence s'abat sur le circuit américain. Victime d’une très violente sortie de piste dans les Esses, celui qui avait tout pour devenir « le premier Français champion du monde de Formule 1 » perd la vie à 29 ans et plonge la France entière dans la tristesse.

Depailler, trop près du soleil

C’est un autre pensionnaire de l’Ecole Elf qui prendra sa suite chez Tyrell. Patrick Depailler a donc la lourde tache de succéder au très regretté François Cevert et d’épauler Jody Scheckter. McLaren et Ferrari dominent lors de cette saison 1974 et le Français sera vite éteint par son coéquipier. Il peut toutefois se targuer d’être le premier pilote hexagonal à réussir une pole position, la seule de sa carrière, sur le tracé suédois d’Anderstorp. Une bien maigre consolation pour celui qui devra attendre 1976 pour disposer d’une voiture plutôt compétitive – la célèbre Tyrell P34 et ses six roues – qui le propulsera en quatrième position du championnat. Par la suite, il signera son premier succès en 1978 (le sixième succès tricolore en F1), là encore à Monaco.

En 1979, il signe chez Ligier. Le début de saison est très prometteur et Patrick Depailler, fort d’un succès en Espagne à Jarama, pointe à la troisième place du championnat après le Grand Prix de Monaco. Mais, à une époque où les contrats n’étaient pas aussi restrictifs qu’aujourd’hui, il se brise les jambes dans un accident de deltaplane. Après une convalescence de six mois, il trouve refuge chez Alfa Romeo pour 1980. Le début de saison est catastrophique et, lors d’une séance d’essais privés sur le circuit d’Hockenheim début aout, Depailler sera victime d’une sortie de piste qui le tuera. Il avait 36 ans.

Laffite, une fin en queue de poisson

Dans la série des pilotes français qui ont marqué les années 1970 et 1980, impossible de ne pas citer celui qui coanime la plupart de nos dimanches après-midi, Jacques Laffite. Arrivé tardivement en F1 à 31 ans par le biais de l’écurie Williams en 1974, il ne tarde toutefois pas à se montrer prometteur et, après être passé chez Ligier en 1976, il remporte sa première victoire à Anderstop en 1977. Il s’agit de la cinquième victoire française dans la discipline. Profitant de la montée en puissance de Ligier, le Parisien réalisera d’excellentes saisons 1979, 1980 et 1981, terminant à chaque fois quatrième et manquant même la couronne mondiale pour six points en 1981.

Déçu par sa saison 1982, il décide de quitter l’équipe française pour retourner à ses premières amours, chez Williams, dont la voiture avait permis à Keke Rosberg de devenir champion du monde. Un choix qu’il regrettera bien vite, tant le Finlandais le domine et le relègue loin au classement. Il revient chez Ligier dès 1985. Au volant d’une voiture moyenne, il ne brillera plus que par intermittence. La saison 1986 débutera tout de même d’une meilleure façon pour Laffite, qui réussira deux podiums. Mais, à Brands Hatch, alors qu’il égale le record de Grands Prix en F1 alors détenu par Graham Hill, avec 176 courses, il est victime du carambolage du départ. Propulsé contre un muret, de face, le Français de 42 ans sera extrait avec de multiples fractures aux jambes et au bassin, synonymes de fin de carrière.

Jabouille, la malchance tenace

Au rayon des pilotes maudits, Jean-Pierre Jabouille n’est pas en reste. Débutant lui aussi sa carrière en 1974, il sera surtout l’un des artisans de la « révolution » amenée par l’écurie Renault puisqu’il participera à l’incroyable épopée du moteur turbo. En 1976, il participe activement à sa mise au point, avant d’avoir l’opportunité de le lancer en course. En 1978, il ne terminera qu’une seule fois dans les points, mais la saison 1979 sera plus intéressante. Jabouille remportera son premier succès – le dixième d’un Français en F1 – à Dijon : comme pour Maurice Trintignant 23 ans auparavant, cette course restera dans la mémoire collective non pas pour son vainqueur, mais pour la lutte incroyable que se sont livrés Gilles Villeneuve sur Ferrari et René Arnoux sur Renault pour la seconde place.

La saison 1980 ne sera pas meilleure et même si la Renault est très rapide, elle n’est toujours pas fiable. Jabouille parvient tout de même à remporter une nouvelle course, en Autriche. Il s’agira de son dernier podium : victime d’une sortie de piste au Grand Prix du Canada, il se casse une jambe. Il tentera un retour avec Ligier en 1981, mais n’étant plus dans le coup, il préfèrera se retirer à 39 ans.

Pironi, si près, si loin

Enfin, comment ne pas revenir sur l’homme qui aura été le plus proche de devenir le premier Français champion du monde de Formule 1 : Didier Pironi. Lui aussi issu de la filière Elf, il débute en F1 par le biais de l’écurie Tyrell en 1978, en tant que lieutenant de Patrick Depailler. Décrochant plusieurs places d’honneur, Pironi sera surtout remarqué pour sa victoire aux 24 heures du Mans 78. En 1979, le Français monte sur ses deux premiers podiums et se trouve alors propulsé chez Ligier pour la saison 1980. Il y remportera sa première victoire, en Belgique, et terminera la saison à une prometteuse cinquième place, juste derrière son équipier, Jacques Laffite. Ferrari fera alors appel à lui pour remplacer Jody Scheckter et former un duo francophone avec Gilles Villeneuve. La saison 1981 ne sera pas bonne et Pironi sera régulièrement surpassé par le Canadien, qui ramènera deux succès dans le giron de la Scuderia quand le Français ne parviendra même pas à se hisser sur un podium.

En revanche, la saison 1982 sera d’un autre tonneau, dans tous les sens du terme. Si les trois premières courses de la saison ne seront pas brillantes pour Ferrari (un seul point sera inscrit), l’écurie de Maranello profitera du boycott de la plupart des grandes écuries et de l’abandon des Renault pour rapidement truster les deux premières positions du Grand Prix d’Imola. Cette course sera marquée par la bisbille entre Pironi et Villeneuve, le deuxième reprochant au premier de ne pas avoir respecté la consigne implicite du stand Ferrari demandant le gel des positions et de l’avoir attaqué, allant ainsi chercher une victoire ‘’promise’’ au Québécois. Toujours en colère pour ce qu’il considérait comme une « trahison », Villeneuve se tuera lors des qualifications de la course suivante, à Zolder, faisant du Français le leader par défaut d’une Scuderia orpheline. Dans une saison pour le moins étrange et tragique, il sera aussi témoin et acteur involontaire de l’accident mortel de Ricardo Paletti, lors du Grand Prix du Canada, quand l’Osella du pilote Italien vint s’encastrer dans la Ferrari n°28 de Pironi, qui avait calé sur la grille.

Fort de plusieurs podiums et d’un nouveau succès aux Pays-Bas, le troisième et dernier de sa carrière, le Français de 30 ans aborde la manche allemande à Hockenheim en tête du championnat. Mais, pendant les essais, et alors que la pluie s’abat fortement sur le circuit, il percute la Renault d’Alain Prost et s’envole avant de retomber sur l’avant de sa Ferrari. Conscient malgré la violence de l’accident, il parvient à convaincre Sid Watkins de ne pas l’amputer. La saison 1982 et sa carrière s’achèvent donc alors qu’il mène le championnat et qu’il ne reste que cinq courses à courir. Il assistera, impuissant, à la lente remontée de Keke Rosberg qui le coiffera finalement pour cinq petits points, faisant de lui un bien triste vice-champion du monde. Le meilleur résultat final d’un tricolore en 32 saisons de F1.


Comme en témoignent ces histoires personnelles, le pilote français débutant dans les années 1970 est bien souvent prometteur mais [très] malchanceux. Ne disposant pas du meilleur matériel au meilleur moment ou ayant été dominés par leurs équipiers, certains pilotes n’ont pas connu de fin tragique ou brutale, comme Jean-Pierre Jarier, Patrick Tambay ou René Arnoux, mais leur talent leur aurait permis d’espérer mieux. Les années 1970 et le début des années 1980 restent comme celles de l’apogée du sport automobile français, bien soutenu par Elf, à une époque où, paradoxalement, le succès mondial ne sera pas au rendez-vous. Il faudra en effet attendre le milieu des années 1980 pour enfin voir le bout du tunnel, avec l’avènement de celui qui deviendra le « Professeur », Alain Prost…


Histoire, Pilotes Suivant Précédent Imprimer l'article Envoyer l'article par e-mail à un ami




5 réactions sur cet article Donnez votre avis
Lucas
Lucas :
Vous ne parlez pas de Beltoise ?
Il y a 98 mois
Fab007
Fab007 :
Il est abordé très succinctement dans la première partie de ce dossier. Pour cet article-ci, il s'agissait plutôt de s'intéresser aux pilotes ayant débuté dans les années 1970.
Il y a 98 mois
Dino
Dino :
Encore un bien bel article, merci !
Il y a 98 mois
Fab007
Fab007 :
Merci à toi ! ;)
Il y a 98 mois
Buchor
Buchor :
La très bonne qualité de rédaction de l'article n'est qu'une des 153 raisons pour lesquelles je l'apprécie. xD
Il y a 98 mois
Laisser votre avis
Cet article a plus de deux mois. Les commentaires sont fermés.

Toutefois, vous pouvez nous joindre via la page de contact pour signaler tout problème à la rédaction.

Ce site internet est non officiel et n'est associé, par aucun moyen, avec les entreprises du Formula One Group. Plus d'information dans nos mentions légales.