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L'héritage de Grosjean, Pic et Vergne : le Champion (1985-1993)

Avec trois pilotes français titulaires en 2011, la France retrouvera un contingent qu'elle n'a plus connu depuis 1995 en Formule 1. Fan-F1 vous propose de revenir sur ceux qui ont écrit l'histoire tricolore de la discipline, en s'intéressant cette fois-ci à la fin des années 1980 et aux débuts des années 1990 : l'époque de Prost et des seuls titres pour un pilote tricolore en discipline reine. Retrouvez également la première et la deuxième partie de ce dossier.

© DR - Senna, Prost et Dennis en 1988© DR - Senna, Prost et Dennis en 1988

La seconde moitié des années 1980 sera marquée, côté français, par la récompense du travail important de formation effectuée en amont et de la présence continue d’une demi-douzaine de tricolores sur les grilles de départ.


Tonitruant débutant

En 1980, débute dans la discipline un jeune pilote surdoué, ultra dominateur dans les catégories inférieures et très rapide lors de ses sessions d’essais en F1 : un certain Alain Prost. Engagé par McLaren après une séance d’essais durant laquelle il réalisera de meilleurs temps que le pilote titulaire, John Watson, il se fait rapidement remarquer en décrochant le point de la sixième place pour son premier Grand Prix, à Buenos Aires. Conscient de son talent et de la faiblesse du matériel mis à sa disposition par l’écurie britannique, le Français rompt son contrat en fin de saison pour s’engager avec Renault. Il y trouve une voiture plus performante mais aussi un coéquipier plus expérimenté en la personne de René Arnoux, qu’il dominera pourtant assez facilement. En deux saisons, malgré une monoplace très peu fiable et un coéquipier hostile, il parvient à remporter cinq succès et s’affirme comme un grand espoir de la discipline.

Tenace malchance

La saison 1983 est celle de la première grosse désillusion. Au soir du Grand Prix des Pays Bas et à trois courses de la fin du championnat, le monde de la Formule 1 pense que le titre se jouera entre le pilote Renault, leader avec 51 points, et un certain René Arnoux, passé chez Ferrari, avec 43 points. C’est bien vite oublier ce diable de Nelson Piquet, qui réussit à remporter les deux courses suivantes. Au moment de prendre le départ de l’ultime manche de la saison, en Afrique du Sud, Prost ne compte plus que deux unités d’avance sur le Brésilien. Jamais vraiment dans le coup lors de cette course, le Français doit subir un évènement qu’il connait bien depuis son arrivée chez la marque au losange : la casse du turbocompresseur. Obligé d’abandonner, il abandonne du même coup le titre à Nelson Piquet pour deux points. On croit la malchance définitivement attachée aux Français dans la discipline et la saison suivante ne sera pas faite pour contredire cela.

En 1984, Prost retrouve McLaren après avoir quitté Renault en mauvais termes. La voiture blanche et rouge de l’équipe de Woking est devenue redoutable et la paire qu’il forme avec Niki Lauda est très homogène. Dotée d’un moteur Porsche puissant, la MP4-2 domine le plateau et Alain Prost parvient à remporter sept succès. Au moment d’entamer le dernier Grand Prix, à Estoril, le Français compte seulement 3,5 points de retard sur Lauda. Prenant rapidement la tête de la course, le Français pense avoir réalisé le plus dur alors que l’Autrichien est englué dans le peloton. Mais l'Autrichien est méthodique : il remonte lentement. A vingt tours du but, il pointe en troisième position derrière Nigel Mansell. Le sort est joueur et c’est finalement suite au retrait du Britannique, victime d’un problème de freins sur sa Lotus, que Lauda, en prenant la deuxième place, sauvera le titre pour un demi-point. L’histoire retiendra que ce demi-point manquant a sans doute été perdu à Monaco où, sous une pluie battante, la course fut interrompue avant que les 75% de sa distance ne furent couverts, entrainant l’attribution de la moitié des points à un Alain Prost qui, même s’il n’avait pas résisté au retour du prodigieux Ayrton Senna sur sa Toleman, aurait glané les unités qui lui ont manqué au final.

Premiers titres

En 1985, le Français n’a plus rien à craindre de son coéquipier : Niki Lauda, totalement effacé, subira cette saison, ne l'emportant qu'à une seule reprise, aux Pays-Bas. Au soir de l'épreuve néerlandaise et alors qu'il ne reste que cinq courses à disputer, un duel s’annonce : Alain Prost contre Michele Alboreto, sur Ferrari. Mais alors que l’Italien n’a connu que deux incidents mécaniques en onze Grands Prix, il abandonnera lors de chacune des manches restantes. Prost n’a alors plus qu’à se baisser pour cueillir les points et les podiums. Une quatrième place à Brands Hatch lui suffit alors pour décrocher son premier titre de champion du monde et, du même coup, le premier sacre pour un pilote français en Formule 1. Le journal L’Equipe résume cet évènement en titrant « Il passe à la Prostérité ». Dans une interview, le lendemain, le Français fera aussi part de son envie de dépasser Jackie Stewart…

En 1986, Keke Rosberg rejoint McLaren aux côtés de Prost. Le Finlandais, en fin de parcours, n’est clairement pas une menace. Le vrai danger se situe à Grove : la Williams-Honda, pilotée par Nigel Mansell et Nelson Piquet, est plus performante que la McLaren. Alain Prost n’est donc pas aux prises avec un, mais bien deux hommes, voire trois – Ayrton Senna, pourtant au volant d’une Lotus inférieure, se mêlant à la lutte jusqu’à assez tard dans la saison. A la veille de la dernière course, à Adélaïde, Prost compte six points de retard sur Mansell et un point d’avance sur Piquet. Le week-end commence mal puisqu'il est devancé par les deux Williams en qualifications. Le dimanche, Rosberg prend rapidement la tête de la course, mais derrière lui, les trois prétendants se livrent une lutte sans merci. A vingt tours de l’arrivée, les évènements vont s’accélérer : au 62ème tour, Rosberg est victime de la crevaison et doit s’arrêter, laissant la tête de la course à Nelson Piquet.

Prost, passé devant Mansell, ne possède alors que très peu de chances d’être titré, d’autant que le Britannique n’a plus qu’à gérer tranquillement pour devenir champion du monde. Mais, dans le 63ème tour, l'impensable survient : le pneu arrière gauche de la Williams éclate en pleine ligne droite et, au prix d’une manœuvre incroyable, Mansell parvient à conserver le contrôle de sa voiture avant de la garer dans une échappatoire. Prost se retrouve alors en lutte directe avec Piquet, mais le Brésilien est en proie au doute : son stand lui intime l’ordre de rentrer pour un changement urgent de pneus - afin d'éviter ce qui est arrivé au « Lion ». Il n’obtempère pas immédiatement mais Patrick Head le convint finalement de rentrer. Prost reprend donc le leadership et, alors qu’il entame la dernière ligne droite du Grand Prix, sa McLaren est au ralenti, victime d’une panne d’essence. Il parvient tout de même à passer la ligne d’arrivée avec sept secondes d’avance. Le Français conserve donc son titre au terme d’une course incroyable et montre que la malchance a enfin définitivement changé de camp.

La saison 1987 ne sera pas bonne, la faute à une Williams vraiment dominatrice, qui propulsera Nelson Piquet vers son troisième et dernier titre. Il faudra attendre 1988 pour retrouver une McLaren ultra compétitive. Le Français sera pourtant confronté à un os, de taille, en la personne d’Ayrton Senna, son nouveau coéquipier, qui le battra à Suzuka et empochera alors son premier titre de champion du monde après une saison où un seul GP échappera à l’écurie de Woking.

Légendaire duel

Mais la légendaire page de l’histoire de la Formule 1 qu’ont écrit les deux hommes prendra forme à partir de 1989, lorsque, à la lutte sportive, s’ajoutera la mésentente interne chez McLaren. Reprochant à Senna de l’avoir attaqué malgré un "pacte de non agression" à Saint Marin, le Français ne fera plus aucun cadeau à son équipier. Abordant l’avant-dernière course de la saison, à Suzuka, avec 16 points d’avance sur le Brésilien, Prost n’hésitera pas à provoquer un accrochage qui demeurera célèbre, au niveau de la chicane, avec Senna. Le Pauliste reprendra bien la piste, à l’inverse du tricolore, et remportera la course mais sera finalement disqualifié pour avoir bénéficié d’une aide extérieure de la part des commissaires de piste. Sacré dans la confusion, avec le sentiment étrange que son équipe (et surtout Ron Dennis), pourtant assurée des deux titres, aurait souhaité voir Senna soulever le trophée, Prost quittera McLaren après une collaboration de six saisons.

En 1990, il s’engage avec Ferrari. La voiture est moins bonne que la McLaren mais Prost fait des merveilles et parvient à rivaliser avec Senna. Il arrive à Suzuka en seconde position, à neuf points du Brésilien. Au départ, bien aidé par la modification de la disposition de la grille, il prend l’avantage sur son ancien coéquipier. Mais ce dernier ne manque pas l’occasion de rendre au Français sa manœuvre de 1989 et percute délibérément Prost dans le premier virage. Les deux hommes sortent violemment de la piste, offrant cette fois la couronne à « Magic », bien mal à l’aise au moment de regagner les stands pour fêter son deuxième sacre. Prost, passablement énervé et totalement médusé devant les risques que Senna leur a fait prendre, déclarera au micro d'Antenne 2 : « L'envie de lui coller mon poing dans la figure m'a traversée l'esprit. Je crois qu'il me dégoute profondément ». La rivalité entre les deux hommes est à son paroxysme et les antagonismes semblent alors insurmontables.

Éphémère retour gagnant

La seconde saison du Professeur chez la Scuderia ne sera pas bonne du tout : ne réussissant que cinq podiums en seize courses, il terminera surtout cette année sans remporter la moindre victoire, une première depuis 1980. Comparant la direction de sa Ferrari à celle un « camion », il sera remercié avec effet immédiat par l’écurie de Maranello avant même le dernier Grand Prix à Adelaïde. Écœuré, il décide de prendre une année sabbatique.

En 1993, Williams fait appel à lui pour remplacer Nigel Mansell, champion en titre mais jugé trop gourmand financièrement. Prost se retrouve donc au volant d’une FW15C incroyablement efficace. Secondé par un jeune loup britannique, Damon Hill, et sans réelle opposition de la part d’une équipe McLaren à la dérive – malgré quelques fulgurances de la part d’Ayrton Senna – et d’une écurie Benetton trop tendre, Alain Prost signe sept victoires et est sacré champion à la fin de l’antépénultième épreuve de la saison, à Estoril.

Avec quatre couronnes mondiales, le Français a bien réalisé l’objectif qu’il s’était fixé fin 1985 : battre, au nombre des titres, Jackie Stewart. La fin de saison 93 sera surtout marquée par la réconciliation entre Senna et Prost, scellée en Australie où les deux hommes se rejoindront au sommet d’un podium qui se révèlera être à chacun leur dernier. Apprenant l’arrivée de Senna chez Williams, le pilote hexagonal décide de se retirer définitivement de la discipline reine et assistera en tant que commentateur pour TF1 à la mort de celui qui a été et restera comme son plus grand rival à Saint-Marin en 1994.


Incontournable dans les années 1980, Alain Prost aura été de toutes les luttes ; Piquet, Mansell, Lauda, Senna, autant de champions que le Français a réussi à surpasser pour s’offrir l’un des plus larges palmarès de la Formule 1. Associé à jamais au Brésilien, il est pourtant l’arbre qui cache la forêt : la seconde moitié des années 1980 sera en effet marquée par l’arrivée dans la discipline de jeunes pilotes qui n’auront bien souvent pas l’occasion de faire leurs preuves et dont les parcours seront discrets voire insipides. Yannick Dalmas, Philippe Alliot ou Eric Bernard, autant de noms qui ne marqueront pas autant la discipline que leurs glorieux ainés. Jamais vraiment éteinte, la malédiction des tricolores fera d’ailleurs une nouvelle victime : Philippe Streiff, dont la grave sortie de piste lors des essais du premier Grand Prix de la saison 1989, au Brésil, ne sera pas accompagnée de la prise en charge médicale qu’elle aurait mérité. Sorti sans ménagement de sa voiture avec les cervicales broyées, le Français deviendra paraplégique.

Le retrait de Prost fin 1993 marquera le début d’une ère toujours en cours, celle de la relève difficile…


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1 réaction sur cet article Donnez votre avis
richard
richard :
Totalement faux, la raison officielle de la disqualification de senna est le fait qu'il ai reprit la piste à partir de l'échappatoire. Ce qui est moins reluisant que de dire que c'est dû à l'aide extérieure qu'il a reçu et qui n'était de toute façon pas illégale. Nous savons tous pourquoi senna a été disqualifié, tout le monde le sait, mais c'est trop honteux pour le dire.
Il y a 98 mois
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