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Monaco : le point de vue des pilotes

« Magique », « Spécial », « Unique », « Inoubliable » ! Les pilotes ne manquent pas de qualificatifs lorsqu’il s’agit d’évoquer l’incontournable circuit de Monte-Carlo qui sera l’hôte, ce week-end, du Grand Prix de Monaco, une épreuve que tous les pilotes rêvent, un jour, de remporter.

© McLaren© McLaren

Du haut du Rocher Monégasque, Ayrton Senna, recordman de victoires dans la Principauté, aurait pu dire : « Pilotes, du haut de ce Rocher, six décennies vous contemplent ! » En 58 éditions, pas moins de 32 pilotes se sont imposés à Monaco, accrochant à leur palmarès l’un des plus beaux joyaux de la couronne mondiale et écrivant, à leur tour, l’Histoire palpitante d’une épreuve de légende : « Monaco est la course que tout le monde en F1 veut gagner, et ce n'est pas simplement une célèbre course de F1, c'est l'un des plus gros évènements de l'année dans le monde entier. Pour les pilotes, c'est une course assez compliquée, à la fois dans et en dehors des monoplaces, mais c'est un défi que j'aime vraiment et courir dans ces rues est l'un des bons côtés d'être un pilote de F1 » explique Heïkki Kovalainen.

Quintuple vainqueur en Principauté, Michael Schumacher reconnait qu’une course de Formule Un, à Monaco, pourrait paraître anachronique : « D’une certaine manière, on pourrait le regarder avec ironie parce que pendant des années on s’est battu pour plus de sécurité sur les circuits et en même temps nous allons délibérément à Monaco. Mais de mon point de vue, ça se justifie une fois par an, notamment parce que c’est un circuit très amusant à piloter. A chaque fois que vous arrivez là-bas, vous piaffez d’impatience d’enfin prendre la piste. » Mark Webber reconnaît pour sa part que « c'est devenu un peu plus facile que lorsque [il a] rejoint la Formule 1, il y a 10 ans » mais avoue que « cela reste un vrai test entre l'homme et la piste et avec la monoplace ».

Fernando Alonso qui pourrait, en cas de victoire, devenir le seul pilote à s’être imposé à Monaco pour le compte de trois écuries différentes, affirme pour sa part que plus que le circuit, c’est l’atmosphère qui rend l’épreuve monégasque si chère au cœur des pilotes : « Je ne pense pas que la piste soit particulièrement difficile ou intéressante comparée aux autres circuits urbains comme Singapour ou à des pistes fantastiques comme Suzuka ou Spa, où vous appréciez vraiment le tour. Ici, il ne s’agit pas tellement d’apprécier le tour, en termes de pilotage, mais tout le week-end est fantastique du point de vue de l’atmosphère, de la foule, du paddock. On est plus proche des fans ici. […] Par conséquent, la piste est le facteur le moins important du Grand Prix de Monaco, avec tout ce qui l’entoure qui revêt une plus grande importance. Nous aimons tous gagner ici à cause de ça, parce que gagner une fois le Grand Prix de Monaco dans votre vie est quelque chose que vous vous rappellerez toujours. »

Pour Jenson Button, qui s’y est imposé avec la Brawn GP, l’année de son sacre, sa victoire à Monaco « reste une de [ses] préférées en Formule Un. Monte-Carlo est un endroit où chaque pilote veut l’emporter, et y arriver est tellement satisfaisant parce que vous savez que vous avez conquis l’un des circuits les plus difficiles des sports mécaniques. » Pour sa part, même s’il se refuse à cataloguer les circuits et affirme que Monaco n’a pas plus d’importance qu’une autre épreuve, Kimi Räikkönen reconnait néanmoins que « rien ne ressemble à Monaco » : « Il n’y a rien de mieux que de réussir ici. Courir dans les rues de Monte Carlo est vraiment différent de tout le reste. C’est un challenge que j’attends avec impatience tous les ans. Il est très, très difficile de réussir un week-end parfait ici. » Le Finlandais se souvient d’ailleurs de n’avoir réussi qu’une fois à tout mettre dans l’ordre pour s’imposer : « C’est la plus belle sensation imaginable de gagner ici. Je classe ma victoire de 2005 ici comme la plus inoubliable. Gagner de nouveau serait très spécial. » Et le Finlandais, qui rappelle que dépasser reste difficile à Monaco, indique par conséquent que « pour apprécier la course ici, il faut être devant ».

S’il ne s’est jamais imposé à Monaco, Felipe Massa n’en conserve pas moins un grand souvenir de sa pole position en 2008 : « Le tour que j’ai fait en qualifications était vraiment formidable, c’est quelque chose que je n’oublierai jamais. Finir la course à Monaco est déjà un bon résultat, mais l’emporter ça vous permet de rentrer dans l’histoire. »

Chez HRT, si Narain Karthikeyan reconnait que les circuits urbains n’ont traditionnellement pas ses faveurs, il n’en demeure pas moins que l’épreuve monégasque reste spéciale à ces yeux : « Ce n’est pas tous les jours que nous pouvons courir dans un si bel endroit et dans une telle ambiance. C’est une des courses les plus dures parce que l’on est si proche des rails qu’on ne peut pas faire la moindre erreur. » Pour certains, parmi lesquels Felipe Massa, Monaco est d’autant plus spécial qu’ils y résident, qu’ils y ont leurs amis, leurs familles : « Les jours normaux, vous n’avez pas l’impression d’être sur un circuit, sauf au Loews où les vibreurs sont toujours en place. Lorsque vous rouler ici, vous avez toujours à l’esprit que vous êtes en fait sur un circuit de F1. Vous ne pensez à ça nulle part ailleurs. […] Filipinho sait que c’est ici que je cours mais ça ne l’intéresse seulement que quand je peux rouler comme dans Mario Kart et ramasser les bonus ! » Paul di Resta apprécie d’ailleurs particulièrement le fait de pouvoir rentrer chez soi, le soir : « C'est là que je vis désormais et c'est intéressant de voir à quel point Monaco se remplit lorsque la course arrive en ville. C'est vraiment agréable de pouvoir rentrer chez soi chaque nuit, de dormir dans son lit et de profiter de son espace. J'ai également beaucoup de personnes de ma famille et d'amis autour de moi qui viennent pour voir la course. »

L’Ecossais insiste cependant sur le fait que le circuit de Monte-Carlo exige beaucoup de confiance et d’engagement : « Il y a quelques virages agréables, comme Casino où vous arrivez à 300 km/h et vous freinez tout en tournant pour un virage à l'aveugle. Ensuite, il y a le virage le plus lent de l'année, l'épingle, prise en première avec une rotation maximale du volant. A la fin du tour vers la piscine vous sentez vraiment les appuis et vous avez besoin d'une monoplace qui peut monter sur les vibreurs et encaisser les bosses. C'est un vrai défi pour les pilotes et les ingénieurs pour avoir la monoplace parfaite. »

De son côté, après son terrible accident lors des qualifications du Grand Prix en 2011, Sergio Pérez a hâte d’en découdre à nouveau sur le circuit monégasque : « Ce Grand Prix est le plus spécial pour moi. J’ai voulu disputer le Grand Prix de F1 de Monaco toute ma vie et, bien sûr, après ce qu’il s’est passé l’an dernier, j’ai encore plus hâte d’y être. […] Bien sûr, je repense également à l’accident que j’ai eu en Q3 l’an dernier. Pour moi, c’est un moment clé de ma carrière : il y a un avant et un après l’accident. J’ai beaucoup appris de ce que j’ai dû traverser et je pense que ça m’a rendu plus fort. Je veux vraiment montrer ce que je peux faire à Monte Carlo. »

Le Mexicain croit d’ailleurs « fortement que sur ce circuit, les pilotes peuvent davantage faire la différence que sur n’importe quelle autre piste ». Pour Daniel Ricciardo, le circuit monégasque est avant tout un défi pour les pilotes : « En quelque sorte, c'est comme cela que devrait être la course. Cela sépare vraiment les excellents pilotes des bons et c'est quelque chose que j'apprécie. Il n'est pas vraiment question de la monoplace - la voiture ne fait pas une grande différence sur des vrais circuits en ville comme Monaco. Si j'étais lent sur un circuit en ville, je saurais que cela vient plutôt de moi et alors je devrais trouver une solution de mon côté. Pour moi, tout est un peu plus clair sur un circuit en ville. En plus, c'est très amusant ! J'adore courir entre les murs - il y a encore plus d'adrénaline. Même si les vitesses sont plus lentes, on a l'impression que c'est deux fois plus rapide. »

Un avis que partage Lewis Hamilton : « Monaco est un circuit très spécial. Il est, avec Silverstone, au premier rang des circuits où je souhaite le plus bien faire. Même si Monaco possède la vitesse moyenne la moins élevée de tous les circuits que nous fréquentons en une saison, on a toujours l’impression d’être incroyablement rapide. C’est parce que l’accélération est si rapide et que les murs sont si porches : il n’y a vraiment pas de place pour l’erreur. A part le dégagement à Sainte-Dévote, et les petits échappatoires à Mirabeau et à la chicane du port, il n’y a pas de place pour faire une erreur. Mais lorsque les enjeux sont à leur summum, je trouve simplement ça plus excitant. »

Si Vitaly Petrov rappelle que « la piste en elle-même est toujours un peu sale en début de week-end et cela rend les choses compliquées pour bien faire monter en température les pneumatiques », Nico Hülkenberg souligne qu’il faut « grandir avec la voiture tout au long des séances pour trouver les limites ». Mais le pilote russe estime que c’est délicat : « Si vous faites une erreur ou si vous avez un peu de survirage, vous n'avez même pas une chance de corriger, vous êtes dans le mur. » Par conséquent, le Grand Prix de Monaco constitue également une épreuve mentale, ce sur quoi insiste le récent vainqueur du Grand Prix d’Espagne, Pastor Maldonado : « Monaco est un circuit très exigeant pour les pilotes à la fois d'un point de vue physique et d'un point de vue mental parce que vous avez besoin d'une concentration de tous les instants, mais j'aime vraiment ce défi. » Pour Sebastian Vettel aussi, dernier vainqueur en date dans la Principauté, la concentration est primordiale sur ce circuit : « Il n'y a pas la place pour les erreurs. Vous devez vous surpasser et pousser la voiture à la limite pour être rapide, vous devez attaquer autant que sur les autres circuits, sauf qu'il n'y a pas de place. Vous pouvez presque sentir lorsque vous tutoyez les rails et passez sans encombre - mais c'est un sentiment agréable. » Et Mark Webber d’ajouter : « Physiquement, c'est assez aisé, mais dans la tête, il faut être très discipliné et c'est le défi qu'offre Monaco. »

Chez les novices, pour la plupart, Monaco n’est pas un terrain inconnu, GP2 et World Series by Renault s’y retrouvant à l’occasion du Grand Prix de Formule Un : « J'adore courir là-bas, car j'aime vraiment les circuits en ville » confie Daniel Ricciardo. « Je n'ai vraiment roulé sur des circuits en ville qu'à Macau et Monaco mais je les ai aimés dès le premier instant où j'y ai couru. Courir sur ces routes aussi bosselées et glissantes avec les murs si proches est fantastique. Il y a tellement de choses avec lesquelles un pilote doit composer. Il n'y a pas de place pour l'erreur. » Charles Pic estime cependant que son expérience en GP2 n’en rend pas pour autant sa tâche plus facile : « Monaco est spécial et c’est une des courses que j’attendais le plus pour ma première saison. Rien ne vous prépare à un tel challenge, malgré mon expérience en GP2 ici, et je suis impatient d’y rouler pour la première fois. La piste est vraiment impitoyable, alors j’espère en repartir en ayant le sentiment d’avoir fait un bon week-end. »

Pour les pilotes tricolores, en l’absence du Grand Prix de France, l’épreuve monégasque pourrait faire office de course à domicile : « Il y aura certainement beaucoup de supporters français et je suis impatient de les voir. L’événement est, de toute manière, spécial en soi. Et l’ambiance est assez dingue ! Pour un pilote, il faut rester calme, détendu et essayer de faire son travail. Ce circuit n’autorise pas la moindre erreur. Il faut le respecter, c’est la clé ici. » Mais Jean-Eric Vergne n’aura pas l’impression d’être à domicile : « Nous n'avons bien évidemment pas encore de Grand Prix de France pour le moment et certains disent que Monaco est comme un Grand Prix à domicile pour les pilotes français. Je ne pense pas de cette manière; ce n'est pas ma course à domicile. En fait, si je devais en choisir une, ce serait plutôt Spa. »

Mais le Grand Prix de Monaco reste avant tout imprévisible comme l’explique Romain Grosjean : « Monaco est un circuit de spécialistes et il est difficile de dire si une voiture va bien s’y comporter ou non. Les lignes droites sont bosselées et le revêtement offre peu de grip. Tout cela fait que vous ne savez jamais à quoi vous attendre. Sur un circuit traditionnel, vous le savez un peu plus. » Ainsi, pour Kamui Kobayashi, l’essentiel reste avant tout d’éviter les pièges : « A Monaco, beaucoup de choses peuvent arriver, par conséquent, c’est important de rester à l’écart des ennuis et de voir l’arrivée. » Pedro de la Rosa nous donne d’ailleurs les ingrédients clés qu’il faut réunir, selon lui, pour réussir à Monaco : « La seule astuce est d’accumuler les kilomètres et de ne pas trop changer les réglages de la voiture parce qu’on peut davantage trouver dans le pilote que dans la voiture. Nous devons essayer de faire autant de tours que possible le jeudi afin d’accumuler de la confiance pour les qualifications parce qu’elles sont plus importantes que tout à Monaco. Une autre difficulté majeure sur ce circuit réside dans le trafic : c’est vital de boucler un tour clair et de l’exploiter au maximum. En course, la chose la plus importante est de bien gérer votre stratégie et il est plus que probable qu’il y aura une voiture de sécurité, alors la chance peut aussi entrer en jeu. »

Nico Rosberg pense d’ailleurs que le millésime 2012 pourrait être un grand cru : « Avec cinq écuries victorieuses différentes cette année, au moins dix pilotes peuvent l’emporter à Monaco, alors ça pourrait être l'une des courses les plus intéressantes ici depuis des années. »

Quelques repères chronologiques :


1994 : Après s’être élancé de la pole position, Michael Schumacher (Benetton) remporte sa première victoire dans les rues de Monaco, le premier Grand Prix de Monaco disputé depuis la mort d’Ayrton Senna, sextuple vainqueur en Principauté. D’ailleurs, lors des Essais Libres, l’Allemand Karl Wendlinger (Sauber) est victime d’une sortie de piste qui le plongera dans le coma pendant plusieurs semaines.

1996 : Olivier Panis (Ligier) remporte sa seule et unique victoire en Grand Prix, au terme d’une course qui n’aura vu que trois voitures passer sous le drapeau à damiers. Vainqueur en 1995, Michael Schumacher (Ferrari) abandonne dès le premier tour après une sortie de piste.

1997 : Michael Schumacher (Ferrari) remporte une troisième fois l’épreuve. Stewart Grand Prix monte pour la première fois sur son podium et rééditera cette performance, en 2001, sous le nom de Jaguar puis en 2006 sous le nom de Red Bull.

1998 : McLaren renoue avec la victoire à Monaco grâce à Mika Hakkinen.

1999 : Michael Schumacher (Ferrari) remporte sa 4ème victoire en Principauté.

2002 : Michael Schumacher (Ferrari) remporte sa 5ème et, à ce jour, dernière victoire à Monaco, égalant ainsi la performance Graham Hill, quintuple vainqueur à Monte-Carlo.

2003 : Juan Pablo Montoya remporte sa deuxième victoire pour le compte de l’écurie Williams, la dernière victoire pour un pilote de l’écurie de Grove, à ce jour à Monaco.

2005 : Kimi Räikkönen (McLaren) remporte sa seule victoire à Monaco, à ce jour. Mark Webber (Williams) monte quant à lui pour la première fois sur un podium de Formule Un.

2006 : Après la polémique de l’incident de la Rascasse, provoqué par Michael Schumacher, et le déclassement du pilote allemand, Fernando Alonso s’élance en pole position et remporte la première de ses deux victoires à Monaco.

2007 : Désormais chez McLaren, Fernando Alonso s’impose une nouvelle fois dans les rues de Monte-Carlo avec Lewis Hamilton sur les talons. En déclarant, après la course, qu’il n’est qu’un débutant et le pilote n°2 de l’écurie, le jeune britannique allait enflammer la presse anglaise et provoquer une investigation, sans suites, de la part de la FIA, qui souhaitait s’assurer qu’aucune consigne d’équipe n’avait eu lieu. Le natif de Stevenage s’imposera d’ailleurs l’année suivante.

2009 : Jenson Button (Brawn GP) s’impose et range sa voiture dans le parc fermé au lieu de la stationner, comme le veut la coutume, au pied du podium. Après 1h40 de course, le Britannique fait montre de ses qualités de triathlète en courant jusqu’au podium pour recevoir le trophée tant convoité par de nombreux pilotes.

2010 : Après avoir mené la course de bout en bout, Mark Webber (Red Bull) s’impose pour la première fois à Monaco. Derrière, Michael Schumacher (Mercedes) est sanctionné pour avoir dépassé Fernando Alonso (Ferrari) alors que la course se terminait sous régime de la voiture de sécurité.

2011 : Sebastian Vettel (Red Bull) s’impose à Monaco après s’être élancé de la pole position. Sur le podium, il est entouré par deux anciens vainqueurs de l’épreuve : Fernando Alonso (Ferrari) et Jenson Button (McLaren). La lutte pour la victoire entre les trois hommes a notamment été empêchée par un carambolage sur le circuit qui, provoquant un drapeau rouge, avait anéanti les stratégies de chacun.


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