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Canada : le point de vue des pilotes

Rares sont les destinations qui semblent faire, comme Montréal, l’unanimité auprès des pilotes. Et pourtant l’ambiance dans la cité québécoise, la ferveur des fans, le souvenir de Gilles Villeneuve et le caractère unique du tracé qui porte aujourd’hui le nom de l’idole canadienne, font du Grand Prix du Canada un rendez-vous marqué d’une croix blanche par tous les pilotes.

© Mercedes GP© Mercedes GP

Petite parenthèse dans le calendrier européen, l’escapade du grand barnum de la F1 au Canada revêt toujours comme un air de vacances. Métropole culturelle et multiculturelle, Montréal, ville jeune et sportive, offre aux pilotes de F1 un cadre où ils aiment se retrouver le temps d’un Grand Prix. Ainsi, pour Narain Karthikeyan, « le Canada est une course unique sur le calendrier, un mélange entre un circuit en ville sans dégagements comme Monaco et avec des portions spécifiques à un vrai circuit ». Mais pour Michael Schumacher, « le Grand Prix du Canada est avant tout une question d’atmosphère sur le circuit et dans la ville. Les fans canadiens font de ce week-end une véritable fête et, pour les pilotes, c’est super de sentir leur passion pour les sports mécaniques. C’est une source de motivation, » souligne l’Allemand qui assure que « Montréal vaut toujours le détour ».

Vainqueur d’un Grand Prix 2011 qui restera pour longtemps dans les mémoires de la discipline, Jenson Button partage l’analyse du septuple champion du monde allemand : « La ville baigne dans de bonnes ondes, les gens sont amicaux et extrêmement accueillants et les fans sont incroyablement passionnés. C'est l'endroit parfait pour courir et vous pouvez sentir l'engouement croître dès le moment où vous descendez de l'avion »

Si pour Kimi Räikkönen, vainqueur à Montréal en 2005, « la ville en elle-même est un des meilleurs endroits du calendrier », Nico Rosberg souligne l’ambiance de « carnaval » qui y règne tandis que Nico Hülkenberg insiste sur le fait que « toute la ville est derrière la course et est remplie de fans ». Vitaly Petrov approuve : « Tout le monde aime courir ici - c'est une belle ville avec de vrais bons restaurants, et suffisamment de bars pour garder tous ceux qui ne pilotent pas heureux. »

Mais l’atmosphère montréalaise n’est pas la seule chose qui fait de l’épreuve canadienne un rendez-vous spécial dans le cœur des fans et des pilotes, la course se disputant sur le circuit Gilles Villeneuve : « Gilles Villeneuve était un grand ami et rival de mon père, ce qui rend également ce week-end très spécial. Je suis impatient d’y être, » explique ainsi Nico Rosberg. La mémoire du petit prince de la F1 sera d’autant plus prégnante dans le paddock, et notamment chez Ferrari, que l’édition 2012 marquera le trentième anniversaire de la disparition tragique de l’idole canadienne : « Nous venons courir sur le circuit qui porte son nom et cette ville [Montréal, ndlr] a toujours eu beaucoup de supporters de Ferrari, alors nous voulons bien faire et offrir à nos tifosi ainsi qu’aux fans de Gilles, quelque chose à célébrer, » ambitionne Fernando Alonso.

Mais le circuit n’est pas en reste et Vitaly Petrov estime qu’il est « lui-même est un vrai défi vu du cockpit » : « Il y a quelques points à bien régler pour être rapide sur un tour - vous devez gérer l'usure des freins et les refroidir suffisamment pour être en mesure de freiner fort à chaque fois qu'il le faut, vous devez avoir une bonne motricité dans les virages lents et vous avez besoin d'attaquer fort sur les vibreurs pour gagner quelques dixièmes afin de signer un bon temps. » Nico Hülkenberg n’hésite d’ailleurs pas à classer le circuit Gilles Villeneuve parmi ses « favoris » : « C'est un circuit atypique, mélange entre sections permanentes et secteurs urbains, il y a beaucoup de virages où les murs sont très proches. Il est facile de faire une erreur parce que vous devez utiliser les vibreurs et vous rapprocher des murs pour faire un bon tour ». Le célèbre ‘’mur des champions’’ n’a d’ailleurs pas usurpé son nom et suscite le respect jusque chez les pilotes débutants. Ainsi, si Romain Grosjean est impatient de découvrir le circuit québécois après tout le bien que lui en ont dit ses petits camarades de jeu, il l’appréhendera avec humilité : « C’est aussi un circuit qui peut vous ‘’mordre’’, nous l’avons vu au fil des années avec le fameux ‘’mur des champions’’. Même si je ne suis pas champion de Formule 1, j’accorderais tout le respect qu’il se doit à cette partie du circuit ! »

Pour Timo Glock, la proximité des murs n’est cependant qu’un des facteurs qui peuvent rendre la course imprévisible : « C’est aussi un endroit où on ne sait jamais ce qu’il peut arriver. Nous avons eu beaucoup de pluie dans le passé et le "Mur des Champions" joue souvent un rôle déterminant dans le résultat de la course ou dans sa préparation. Ce devrait être un week-end excitant, » estime l’Allemand. Kimi Räikkönen rappelle pour sa part que « le revêtement n’est pas le même partout sur le tracé, il peut évoluer au cours du week-end de course » et explique que « cela signifie des changements d’adhérence et c’est une autre difficulté intéressante à résoudre ». Sebastian Vettel rejoint le Finlandais sur ce point : « Comme le tracé de l'Albert Park en Australie, les routes sont publiques, donc l'usure des pneumatiques peut être élevée. Il y a aussi beaucoup d'usure au niveau des freins, ce qui peut poser problème. »

De plus, le champion du monde 2007 insiste sur le fait que s’il s’agit bien d’un circuit urbain, « il présente des endroits où le dépassement est possible, alors il n’est pas nécessaire de tout miser sur les qualifications comme à Monaco ». Pedro de la Rosa confirme en effet que « les courses sont très ouvertes, avec beaucoup d'opportunités de dépassement, comme au premier virage ou dans la dernière chicane » alors que Pastor Maldonado souligne qu’il y a « un gros effet DRS dans les lignes droites aussi, alors nous devrions avoir des dépassements ce week-end. »

La course peut d’autant plus être ouverte que « la voiture de sécurité apparait aussi souvent en course, à tel point qu’il n’y a probablement jamais eu de Grand Prix du Canada sans son intervention, » indique Kimi Räikkönen. « Cette particularité complique les stratégies parce que vous ne pouvez pas savoir à quel moment elle va entrer en action. Si elle est déployée, il faut espérer que ce soit dans le bon timing pour vous. »

Tout ceci explique peut-être pourquoi Mark Webber classe l’épreuve canadienne dans son top 5 du calendrier : « C'est vraiment un très, très bel endroit et il fournit toujours des Grand Prix intéressants peu importent les raisons, et l'année dernière n'y a pas fait exception. »

Pour Lewis Hamilton, « le tracé est fantastique » et il lui a d’ailleurs toujours plutôt bien réussi : « Il est super rapide à certains endroits, ce qui requiert de la finesse et de la précision, mais vous pouvez aussi vous retrouver roue dans roue avec les autres à 320 km/h, et c'est une sensation incroyable », commente le champion du monde 2008. « Cependant, vous voulez quand même une voiture avec suffisamment de traction à basse vitesse : tous ces longs bouts droits sont généralement précédés d'épingles serrées, il est donc très important de bien passer la puissance au sol pour signer un bon chrono ».

Ainsi, Felipe Massa rappelle que le circuit Gilles Villeneuve impose de trouver le bon compromis avec sa monture : « Vous avez beaucoup de chicanes, alors il faut une voiture qui est bonne sur les vibreurs et certains aspects sont en fait similaires à Monaco, la plus grande différence à Montréal étant qu’il faut une bonne vitesse dans les longues lignes droites. Il faut aussi de la traction pour sortir des chicanes et il faut trouver le bon compromis parce qu’on ne peut pas mettre trop d’appuis sur l’auto au risque d’avoir trop de trainée pour les portions rapides en ligne droite. » Ainsi, Paul di Resta souligne le caractère atypique du circuit montréalais : « On y court avec un package aérodynamique avec des appuis faibles, comparable à celui que l'on amène à Monza, on ressent la voiture différemment, comme plus légère sans tout cet appui. On prend toujours quelques tours pour s'y habituer à nouveau ». Pourtant, Pedro de la Rosa insiste sur le fait qu’il est également « important de régler la voiture de manière similaire à Monaco pour lui permettre d'aller vite dans certains virages. »

En résumé, comme partout où les pilotes courent, « il faut trouver un bon équilibre pour signer le meilleur temps possible, mais vous avez besoin de réglages qui vous permettent d'attaquer vraiment sur les vibreurs, notamment dans le dernier virage car cela conditionne la ligne droite des stands, » explique Heïkki Kovalainen. « Vous avez également besoin d'être certain d'avoir une vitesse de pointe élevée pour l'autre ligne droite, donc il faut regarder avec attention les ratios de la boîte de vitesses et équilibrer la 7ème pour faire face aux vitesses que nous pourrons atteindre avec le DRS et le KERS, tous les deux enclenchés. » Par conséquent, « il faut que la voiture soit bonne au freinage pour réussir au Canada, c’est un circuit très exigeant dans ce domaine, » ajoute son compatriote, Kimi Räikkönen.

Mais le mot de la fin revient à Sergio Pérez qui, malgré trois petits tours en 2011 découvrira pour de bon le circuit canadien cette saison : « C’est une piste rapide et fluide sur laquelle on peut parfois être près des murs : c’est stimulant et excitant. » C’est finalement peut-être parce que les pilotes prennent autant de plaisir à Montréal que celui-ci est si souvent partagé par les spectateurs et téléspectateurs du monde entier.

Quelques repères chronologiques :


1994 : Michael Schumacher (Benetton) remporte sa première victoire au Canada en partant de la pole position. L’année suivante, l’Allemand signera à nouveau la pole position, mais c’est le Français Jean Alesi (Ferrari) qui signera ce qui reste sa seule et unique victoire en Formule Un.
1997 : Ferrari renoue avec la victoire grâce au succès de Michael Schumacher. La course est cependant arrêtée au 54ème tour après l’accident d’Olivier Panis.
2001 : Michael Schumacher (Ferrari) signe sa sixième pole position à Montréal, un record sur le circuit québécois.
2004 : Michael Schumacher (Ferrari) remporte sa septième et dernière victoire à Montréal, record absolu sur le circuit Gilles Villeneuve. Ce succès reste également, à ce jour, le dernier succès de Ferrari sur les rives du Saint-Laurent. Le Grand Prix marque également les débuts de Timo Glock, chez Jordan, à l’occasion desquels l’Allemand marque ses premiers points au championnat du monde.
2005 : Kimi Räikkönen (McLaren) s’impose dans les allées du Parc Jean Drapeau, après que Jenson Button (BAR-Honda) y ait signé la pole position.
2006 : Fernando Alonso (Renault) s’impose après s’être élancé de la pole position et permet à Michelin de signer son centième succès en Formule Un.
2007 : Lewis Hamilton s’impose pour la première fois de sa carrière en Formule Un après avoir également avoir ouvert son compteur de pole positions sur l’île Notre-Dame, la veille. Mais la course est avant tout marquée par l’effroyable accident de Robert Kubica.
2008 : Robert Kubica (BMW) remporte ce qui reste, à ce jour, sa seule victoire en Grand Prix. Mais le succès du polonais a été facilité par l’élimination de ses principaux rivaux lors d’un accrochage dans les stands, Hamilton encastrant sa McLaren dans la Ferrari de Räikkönen qui s’était arrêté au feu rouge, à la sortie de la voie des stands. Mais l’anglais n’est pas le seul à se faire prendre au piège puisque Nico Rosberg empale sa Williams dans la voiture du futur champion du monde.
2009 : Pas de Grand Prix.
2010 : Auteur de la pole position, Lewis Hamilton (McLaren) remporte un deuxième succès à Montréal devant Jenson Button (McLaren) et Fernando Alonso (Ferrari)
2011 : Au terme d’une course à la durée record, Jenson Button s’impose pour la première fois à Montréal, se jouant des faits de courses pour coiffer, au terme d’une remontée rocambolesque, Sebastian Vettel pour la victoire, dans le tout dernier tour.


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