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Le dopage en Formule 1, entre mythe et réalités

L'affaire Lance Armstrong a éclaboussé le cyclisme d'un nouveau scandale. Le dopage gangrène le sport et pourtant, la Formule 1 semble épargnée. Explications.

© Virgin - L'avantage que pourrait apporter le dopage en Formule 1 reste encore flou.© Virgin - L'avantage que pourrait apporter le dopage en Formule 1 reste encore flou.

«Comment, ça n'existe pas ? Je ne sais pas, moi, si ça n'existe pas. A chaque fois qu'on pose la question à un sportif sur le dopage dans son sport, il dit que ça n'existe pas ! Moi, je ne dis pas ça... je dis que je ne suis pas assez calé pour savoir si ça existe ou non...  » Dans un entretien daté de 1988 pour une source particulièrement inhabituelle, Playboy, Alain Prost n'a pas fermé la porte à un doute sur un possible dopage en Formule 1. Aujourd'hui encore, la question est trop peu posée. La F1 est un sport de haut niveau et même si la voiture joue un rôle primordial dans les performances des pilotes, ils n'en restent pas moins des athlètes à la forme physique exceptionnelle. Ils pourraient donc avoir le besoin, ou l'envie, d'améliorer leurs capacités.

Une suspicion jamais prouvée

Certaines affaires ont été évoquées. Mais elles restent des bruits de couloir. Toujours dans cet entretien de 1988, Alain Prost a évoqué une suspicion : « Il y a eu des doutes émis l'année dernière (en 1987, ndlr) au sujet de certains pilotes. Et cela, uniquement lors des essais qualificatifs. Ils auraient pris quelque chose qui fait de l'effet sur une période très courte, pour, par exemple, faire un bon temps sur un tour. En course, on a remarqué aussi que certains éprouvaient une fatigue qui était un petit peu, bon, à mon avis, anormale. Ce qui signifierait peut-être que les produits qu'ils ont ingurgités n'ont pas eu l'effet désiré. »

En 2004, le docteur Benigno Bartoletti, ancien médecin au sein du programme sportif du groupe FIAT et chez Ferrari dans les années 1990, a vu ses déclarations sur le dopage déformées concernant l'éventuelle consommation de cocaïne par les pilotes. Il a par la suite tenu à clarifier ses propos. « J'ai dit que, sans doute, dans le monde du sport automobile il y a aussi un risque de dopage. Il est certain qu'il ne peut s'agir d'un problème d'anabolisants qui dans ce sport ne serviraient à rien. S'il y a du dopage, cela ne peut-être que grâce à des produits dérivés de la cocaïne. Ce sont des produits qui procurent une "motivation particulière" et durant une période de temps très limitée; cela peut aller de une à deux heures, mais pas plus. » Encore une fois, cela reste une supposition, sans fait avéré et donc, impossible à prouver. De plus, l'avantage proposé ne serait pas forcément celui nécessaire.
« Dans notre sport, le seul muscle à doper serait le cerveau. Or, si amphétamines ou corticoïdes peuvent avoir un effet sur la concentration et la rapidité de réaction, leurs effets secondaires nuiraient à la perception du réel. De plus, ces produits sont facilement décelables. » lance Jacques Tropenat, médecin de la Fédération Internationale de l'Automobile (FIA), dans un entretien au Parisien-Aujourd'hui en France.

Les pilotes ont un entraînement physique qui leur permettrait d'affronter les contraintes d'une voiture lancée à 340 km/h. « Je ne vois pas comment le dopage pourrait conférer un quelconque avantage à un pilote car je n'ai jamais eu le sentiment qu'en sport automobile, le corps était soumis à une contrainte physique que l'entraînement ou la préparation ne permettrait pas de surmonter. Se doper, c'est non seulement déloyal envers ses collègues et le championnat, mais c'est aussi se trahir soi et son corps. » Même Michael Schumacher y est allé de sa profession de foi dans les pages du guide antidopage de la FIA destiné aux pilotes de karting, confirmant les doutes de Jacques Tropenat.
Pendant la pseudo-polémique sur la cocaïne et les pilotes, le docteur Benigno Bartoletti avait ajouté qu'il faudrait mettre en place des contrôles sérieux durant la totalité du championnat pour conclure qu'il ne s'agit que d'hypothèses. C'est la politique menée par le FIA depuis.

Contrôlés comme les cyclistes

En Formule 1 aussi la réglementation antidopage est très stricte. « Nous devons suivre la même procédure que les cyclistes par exemple. Nous devons dire à la FIA où nous sommes tous les 365 jours de l’année pour pouvoir réaliser des tests antidopage. Je l’ai déjà fait plusieurs fois. » En juillet dernier, Fernando Alonso évoquait les contrôles antidopage suite au second test positif au cannabis de Tomas Enge, un pilote d'endurance. En 2002, le pilote tchèque, qui a participé à trois courses fin 2001 au volant d'une Prost Grand Prix, avait été destitué de son titre de champion du monde de F 3000, l'ancien nom de l'antichambre de la F1, suite à, déjà, un contrôle positif au cannabis. Il s'agit du seul cas de dopage avéré à ce niveau du sport automobile pour un produit qui se révèle être essentiellement masquant.

Depuis 2005, les pilotes sont contrôlés chez eux ou lors des entraînements et plus seulement sur les Grands Prix. « Evidemment nous ne suspectons personne d'utiliser des produits dopants mais il parait normal de mettre au point un processus plus sophistiqué... », avait justifié alors Gary Hartstein, le délégué médical de la FIA. De plus comme le stipule le règlement antidopage de la FIA, des tests sanguins et urinaires sont effectués pour chercher les substances présentes sur la liste des produits interdits par l'Agence Mondiale Antidopage comme l'EPO, les bêta-bloquants et autres anabolisants. Depuis le 1er décembre 2010, la FIA a signé un accord pour se conformer aux règles de l'AMA.

Jusqu'à aujourd'hui, la Formule 1 est restée un sport sans scandale de dopage. Et tout semble être fait pour que cela continue à l'avenir, même si, à cause des progrès des techniques dopantes, le doute perdurera toujours.


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10 réactions sur cet article Donnez votre avis
Helder M
Helder M :
"Or, si amphétamines ou corticoïdes peuvent avoir un effet sur la concentration et la rapidité de réaction, leurs effets secondaires nuiraient à la perception du réel."
****, je prendrais des produits dopants alors ?


" En juillet dernier, Fernando Alonso évoquait les contrôles antidopage suite au second test positif au cannabis de Tomas Enge, un pilote d'endurance."
Le Canabis dopant ??? LOOOOOOOOOOOOL

Mais ça semble continuer à être un sujet tabou en #F1
Il y a 90 mois
Schope
Schope :
Gagner un titre sous les effets de cannabis ?... haha, c'est plutôt un héros le mec.

Il y a 90 mois
milano
milano :
Le sport as sa tête de Turc => Cyclisme
Il y a 90 mois
eric974
eric974 :
En formule 1 il faut une résistance physique très importante (plusieurs G encaissés à chaque freinage et virage) ainsi qu'une concentration de tous les moments ce qui limite les produits dopants car si l'on favorise le physique c'est au détriment de la concentration et inversement donc moi je crois qu'en Formule 1 le dopage est très limité.
Il y a 90 mois
Fab007
Fab007 :
Et en cyclisme, il ne faut pas de concentration importante et de résistance physique ? Sérieusement, ce genre d'argument me fait toujours marrer.

Chaque sport à sa façon de minorer l'importance présumée du dopage : en foot c'est "les efforts et la répétition des efforts sont peu importants".

Le dopage, ce n'est pas forcément que vers le physique ou que vers le mental. Le dopage c'est l'amélioration de ses performances : c'est un tout. C'est marrant, ceux qui pointent des incompatibilités entre prise de dopants et pratique de la F1, ce sont des médecins de la FIA et/ou des acteurs de la discipline. Etonnant, non ?

Et puis alors, l'argument de la profession de foi de Schumacher, laissez moi rire : "c'est dangereux pour la santé". C'est vrai que ça a arrêté beaucoup de monde...

De mon côté, je ne m'en cache pas, je suis enclin à penser que pratiquement tous les sports professionnels sont touchés par le dopage. La F1 tout autant que les autres, mais évidemment, si vous prenez naïvement le parti de dire : "on n'utilise pas les produits des autres parce que ce n'est pas adapté" c'est sûr que la réflexion ira pas bien loin. Chaque discipline a ses particularités et le dopage s'y adapte.

En F1, de quoi a-t-on besoin, au delà du talent qui différencie à coup sur les sportifs entre eux - on a beau dire ce que l'on veut, on ne fait pas d'une chèvre un cheval de course -, pour être au meilleur niveau ? En répondant à cette question, vous trouverez vers quoi peuvent se tourner les sportifs.

Une dernière chose : le dopage, ce n'est pas non plus que le clinquant, le rutilant, à savoir les compétitions en elles-mêmes. Le dopage c'est majoritairement durant l'entrainement, pour encaisser des charges de travail importantes et habituer son corps au type d'effort réalisé. Bref, je dopage, c'est souvent la partie immergée de l'iceberg de la vie d'un sportif (d'où la nécessité qu'ils soient suivis à l'année). Alors, faire croire qu'il n'y a qu'en compétition qu'on utilise le dopage, c'est quand même prendre les gens pour des imbéciles.
Il y a 90 mois
milano
milano :
Fab007 : d'accord sur ce que tu as dit , j'irai jusqu'à dire que le dopage a lieux 80% du temps pendant l'entrainement ou la récupération d'une blessure .

Voila pourquoi les cyclistes ont un passeport biologique et sont suivi toute l'année même en dehors des compétitions .

Malheureusement la F1 , le Foot , Basket(nba) et plein d'autres sports brasse trop d'argent et c'est pas demain la veille que le dopage sera traiter de la même façon dans ces sports.
Il y a 90 mois
Fab007
Fab007 :
Rappelons que l'affaire Puerto, en Espagne, touchait de nombreux sports (football, tennis...) mais que seuls les cyclistes ont payé...

Le cyclisme est un sport exemplaire dans le sens où la lutte anti-dopage n'est pas une hérésie : on cherche et comme on cherche VRAIMENT, on trouve. Et comme on cherche et on trouve, il est bien plus simple pour tous les autres sports majeurs de se réfugier derrière le cyclisme, comme tu le disais milano, en justifiant d'ailleurs, la plupart du temps, le fait qu'il n'y a pas de cas de dopage découverts par le fait que les efforts sont différents qu'en vélo, que les sportifs n'ont aucun intérêt à se doper, blablabla.

Je ne crois pas que la F1 cherche beaucoup...
Il y a 90 mois
Globben
Globben :
Sans citer explicitement d'autres sports, le dopage paraît quand même difficile à mettre en place en F1, qui nécessite une précision et une concentration incroyable pendant 2 heures, ce qui ne se retrouve dans nul autre sport. Or, prendre un quelconque produit ayant un effet sur le cerveau entraînerait de manière quasi-certaine une altération de la perception : je ne suis pas médecin, mais quand on voit que même une "simple" cigarette a des effets sur la perception, on peut se poser des questions pour des produits d'un tout autre calibre.
Il y a 90 mois
Adelin
Adelin :
C'est un deux critères pour lesquels j'adore la F1, il n'y a pas de scandales de ce type.
Je n'entre même pas dans le débat de effets mais ça ne donne une image, je trouve, négative à la F1...
Il y a 90 mois
pignon
pignon :
le vélo est un sport moins argenté que le foot, la F1 ,
le tennis et ...le golf. Que la recherche en dopage est surtout dédié au couple dopant /masquant qui coute la peau du c.. .C'est une des raisons pour lesquelles les sports économiquement les plus "faibles" sont plus touchés par les contrôles positifs .Armsrong en est là la fois la preuve par neuf et l'execption qui a confirmé la règle ...usqu'en 2012!!!!
Il y a 90 mois
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