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Les cinq légendes : Ferrari

On a beaucoup parlé tout au long de la saison des six champions du monde présents sur les grilles de départ, mais il y avait également six écuries a avoir remporté des titres mondiaux, pilotes et/ou constructeurs. Red Bull bien sûr qui rafle tout sur son passage depuis maintenant trois ans, mais aussi Ferrari, McLaren, Williams, Lotus et Mercedes qui ont marqué l'histoire de la discipline et qui sont toujours présentes aujourd'hui. Si l'avenir nous dira quelle place occupera Red Bull dans les annales de la F1, il ne fait aucun doute que les cinq autres font parties des plus prestigieuses. Durant la pause hivernale, la chronique Pitstop vous propose de revenir sur l'histoire de ces écuries.

© Fan-F1 - Ferrari fait partie des pionniers© Fan-F1 - Ferrari fait partie des pionniers

Comment parler de Formule 1 et de prestige sans évoquer Ferrari. Il est entendu que la Scuderia était présente dès les tout débuts du championnat de F1, ce n'est pas tout à fait vrai. Les monoplaces estampillées du cheval cabré n'ont été alignées qu'à Monaco en 1950, deuxième manche de la saison qui avait été lancée à Silverstone. Ascari termine alors deuxième derrière un certain Juan-Manuel Fangio qui mènera la vie dure à plusieurs reprises à la Scuderia dans les années suivantes. Les saisons 1950 et 1951 sont un duel italo-italien entre Ferrari et Alfa-Romeo. A la puissance des Alfetta, Enzo Ferrari oppose un bloc moins gourmand permettant à ses pilotes de réduire le nombre de passages par les stands. Mais les débuts ne sont guère brillants et la marque de Maranello renonce même à participer au Grand Prix de France, faute de performance. L'éclaircie se fera jour à Monza. Ascari y prend le départ en première ligne aux côtés de Fangio et est même en mesure de jouer la victoire à l'Argentin mais son moteur en décide autrement. Il termine deuxième après avoir récupéré la voiture d'un de ses équipiers. Petite anecdote amusante, c'est aussi lors de cette course à Monza que l'on verra la seule Ferrari propulsée par un moteur 'étranger'. La monoplace de Clemente Biondetti était en effet équipée d'un bloc Jaguar.

Si Ferrari est passée à côté de sa première victoire cette année-là elle prendra sa revanche en 1951 à Silverstone grâce au corpulent José Froilan Gonzalez qui avait également signé la pole. Les monoplaces rouges remporteront deux autres succès, en Allemagne et à Monza. Mais C'est Alfa qui domine toujours la discipline. En 1952, Alfa n'est plus là et Ferrari domine outrageusement le championnat. Ascari s'adjuge sept manches sur les huit inscrites au calendrier. La saison suivante est du même acabit avec huit victoires sur neuf Grands Prix, dont cinq pour Ascari qui décroche le titre pour la deuxième fois consécutive et que les Italiens surnomment « Il campionnissimo ». Cette domination n'est pas sans rappeler celle exercée par Michael Schumacher au début des années 2000. L'Allemand s'offrant 5 titres successifs entre 2000 et 2004, faisant monter son compteur à sept couronnes, battant ainsi le record de Juan-Manuel Fangio avec ses cinq lauriers de champion.

Fangio qui en 1954 et 1955 mènera la vie dure à l'écurie d'Enzo Ferrari au volant des Mercedes qui dominent à leur tour le championnat durant deux saisons. Nous y reviendrons lors d'une prochaine chronique. Comme avec Alfa, la marque allemande ne fera pas de vieux os en Formule 1. En 1956, Ferrari s'offre les services de Fangio. Le duo laisse rêveur, mais tournera court. L'Argentin décrochera bien le titre en fin de saison mais les relations avec le Commendatore ne font que se dégrader au fil des Grands Prix et à la fin de l'année, le divorce est inévitable.

L'année 1957 ne sera pas à marquer d'une pierre blanche pour les hommes en rouge. Comme en 1950, l'équipe ne récolte aucune victoire. Fait qui ne se produira que 13 fois sur toute l'histoire de Ferrari : en 1950, 1957, 1962, 1965, 1967, 1969, 1973, 1980, 1986, 1991, 1992, 1993. Même lors de ses 20 ans de disette en championnat, la Scuderia gagnait. En 1957, la voiture est dépassée et l'arrivée des Anglais la saison suivante va conduire Ferrari a revoir sa philosophie.

En effet, à l'image d'Alfa en son temps, Ferrari mise avant tout sur le moteur et la puissance pour s'imposer alors que les Britanniques vont apporter dans leurs bagages leur savoir faire et leur intérêt pour l'aérodynamique. Un domaine dans lequel brillera particulièrement un certain Colin Chapman qui fait ses premiers pas dans la discipline avec son écurie Lotus en 1958. C'est ainsi par exemple que la position du moteur passera à l'arrière et non plus à l'avant. Mais en 1958, Ferrari tire encore les marrons du feu avec Mike Hawthorn alors que le championnat constructeur, qui est lancé cette année-là revient à Vanwall. Les saisons suivantes en revanche seront plus délicates pour le Cheval Cabré, persistant dans la voie du moteur avant alors que ses adversaires sont passé à la position arrière du bloc propulseur. La saison 1960 aurait pu être une réelle déception sans la victoire de Monza, due au boycott des écuries anglaises qui s'opposaient à la décision des organisateurs de faire disputer la course sur la version longue du tracé, ce qui favorisait Ferrari plus rapide en ligne droite. Comme quoi les polémiques ne datent pas d'hier.

Ferrari remportera les championnats 1961 et 1964. En 1961, le règlement moteur change, avec une cylindrée réduite et la Scuderia passe, enfin, au moteur arrière. Pendant que les Italiens préparaient l'avenir, les Anglais qui voulaient garder le règlement intacte, espéraient faire plier le législateur, sans succès. Le championnat 1961 se réduira donc rapidement à un duel entre Hill et Von Trips. Le duel tournera malheureusement court à Monza avec la mort du pilote allemand. Les deux années suivantes seront marquées par des querelles internes, Ferrari en connaîtra de nombreuses tout au long de son histoire, et par un retard dans le domaine de l'aérodynamique.

De 1964 à 1975, la Scuderia vivra sa première traversée du désert avant celles des années 80-90. Entre choix techniques hasardeux et luttes internes Ferrari ne parvient pas à performer en piste. Le mauvais climat poussera d'ailleurs John Surtees à claquer la porte en plein championnat 1966. En 1968 et 1970, Jacky Ickx redonne quelque peu le sourire à l'équipe. En 1968 le Belge fait illusion tandis qu'en 1970 il aurait pu être sacré mais c'est finalement Jochen Rindt qui remporte la couronne à titre posthume, pour le plus grand soulagement de Ickx qui ne voulait pas être titré dans ces conditions. Le redressement de l'écurie italienne s'amorcera dès 1971 avec l'arrivée d'un certain Luca di Montezemolo qui fera le ménage et reformera une structure solide avec entre autre la titularisation de Niki Lauda pour la saison 1974. L'Autrichien qui a fait ses débuts l'année précédente chez BRM ne passe pourtant pas pour une star en devenir à l'époque. Mais c'est lui qui va devenir l'homme fort de Maranello, s'adjugeant les titres 1975 et 1977. En 1976 il aurait également pu jouer le championnat sans son terrible accident du Nürbürgring qui l'a laissé défiguré. Le simple fait qu'il revienne à la compétition relevait déjà du miracle. Cette année-là il échoue pour un petit point face à Hunt. Ce qui n'empêche pas la marque italienne de briller au classement des constructeurs. Cette saison laissera des traces dans les relations entre l'Autrichien et son équipe. Et malgré un nouveau titre en 1977, Lauda claque la porte pour rejoindre Brabham. Comme avec Surtess quelques années auparavant, Ferrari se voit orpheline de son champion et doit se reconstruire. Pour se faire elle misera sur le duo Reutemann-Villeneuve. Le jeune pilote québécois deviendra rapidement la coqueluche des Tifosis qui aiment que leurs pilotes se battent sans compter pour signer un résultat. Le style flamboyant de Villeneuve fera merveille auprès des fans. Sa disparition en 1982 laissera un grand vide. Après avoir dû abdiquer devant la domination de Lotus en 1978, Ferrari s'adjuge les deux titres la saison suivante. Ce sera son dernier titre pilote avant 2000. Côté constructeur elle gagnera encore en 1982 et 1983 mais il lui faudra attendre 1999 avant de reconnaître pareil succès.

Pendant près de 20 ans, Ferrari soufflera le chaud et le froid. Pendant cette période c'est McLaren et Williams qui se divisent les honneurs. McLaren s'offre neuf titres pilotes entre 1984 et 1999 en plus de sept titres des constructeurs. Williams de son côté cumule cinq titres dans le championnat des pilotes et sept dans celui des constructeurs. Ferrari de son côté essuie de nombreux échecs. En 1985, Alboreto semblait pourtant bien parti et menait même les débats à mi-parcours avant de connaître une soudaine régression dans les performances de sa Ferrari 156/85. En 1987, après une saison décevante, l'arrivée de Berger et surtout de John Barnard laisse entrevoir une éclaircie mais elle sera de courte durée. Malgré deux succès en fin de campagne 87, la saison 1988 est loin de répondre aux attentes. En plus de ne pas être en mesure de tenir tête au McLaren-Honda, la Scuderia déplore aussi le décès de son fondateur ; Enzo Ferrari s'éteint le 14 août. Le doublé de Monza quelques semaines plus tard sonne comme l'ultime hommage de la marque au Commendatore. La saison 1989 est du même acabit et l'arrivée de Prost en 1990 marquera un retour, éphémère, au premier plan. Après un début de saison un peu terne, le Français domine la saison estivale en remportant trois Grands Prix consécutifs (Mexique, France, Grande-Bretagne), ce qui lui permet de prendre les commandes du championnat avant que Senna ne revienne aux affaires au volant de sa McLaren. Le titre se joue au Japon où Senna harponne la monoplace du pilote français synonyme de sacre pour le Brésilien. 1991 et 1992 seront des saisons à oublier. Prost prendra même la porte pour avoir comparé sa voiture à un camion. 1992 marque le retour de Luca di Montezemolo, qui comme en 1971 doit remettre de l'ordre dans une Scuderia à la dérive. L'Italien tentera de faire revenir Prost mais sans succès.

Mais les premières pierres de la reconquêtes sont mises en place dès 1993 avec l'arrivée de Jean Todt aux commandes de l'équipe. John Barnard, qui était parti fin 1990 et Berger sont de retour. Les premiers effets de ce remaniement ne se feront sentir qu'en 1994. Ferrari monte à 11 reprises sur le podium et Berger remporte le premier Grand Prix depuis 4 ans. En 1995, Ferrari est dans l'ombre de Williams et Benetton mais se rapproche, permettant à Alesi de signer son unique succès en F1 à l'occasion du Grand Prix du Canada. En 1996, Jean Todt s'offre les services de Michael Schumacher, titré en 1994 et 1995 avec Benetton. Les pièces du puzzle qui permettront à la Scuderia de renouer avec le succès se mettent tout doucement en place. En 1996, la fiabilité fait défaut mais avec l'arrivée de Ross Brawn et Rory Byrne, pour remplacer Barnard, l'année suivante permet à Ferrari et Schumacher de se battre pour le championnat. L'issue 1997 est connue. Schumacher tentera l'impossible pour empêcher Villeneuve d'être sacré champion du monde, de façon peu élégante. En 1998, le duo doit faire face à des McLaren redoutables, alors qu'en 1999, l'Allemand aurait sans doute pu s'offrir son troisième titre sans son accident de Silverstone. Ferrari peut se consoler avec le titre constructeur qui lui échappait depuis 16 ans. Pour celui des pilotes, ce ne sera que partie remise puisqu'en 2000 Schumacher met fin à 20 ans d'attente en décrochant le titre dans la dernière course, au Japon. Ce sera le début d'une domination sans partage jusqu'en 2005 où Schumacher devra faire face à Alonso et sa Renault, tout comme en 2006. Le départ de l'Allemand n'empêche pas Ferrari de remporter le titre en 2007 grâce à Kimi Räikkönen et de jouer celui de 2008 avec Felipe Massa qui doit s'incliner face à Lewis Hamilton au terme d'un final haletant au Brésil. Le changement de réglementation de 2009 laisse les hommes de Maranello quelques peu perdus, mais ce ne sont pas les seuls. McLaren aussi semble perdue. Le duel jusqu’au finish de 2008 laisse des traces. La saison des rouges est néanmoins sauvée par Räikkönen qui s'impose à Spa-Francorchamps avant de quitter l'équipe et la F1 en fin de championnat. 2010 marque l'arrivée d'Alonso qui perd le titre suite à une erreur de stratégie à Abu Dhabi. En 2011 Red Bull est simplement trop forte tandis qu'en 2012 au volant d'une Ferrari pas toujours au top, l'Espagnol donne le maximum et perd le titre pour trois petits points face à Vettel qui s'impose pour la troisième fois d’affilée. La suite de l'histoire reste à écrire....


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Chips
Chips :
très bon article. Un vrai régal.
Il y a 89 mois
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