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Ayrton Senna, le mythe : l'aura mystique de "Magic"

Durant le mois d'août, Retour de volant vous propose la suite de sa biographie d'Ayrton Senna. Aujourd'hui, le Grand Prix de Monaco 1988, où le Brésilien a totalement dominé ses adversaires avant de perdre... face à lui-même.

© McLaren : Ayrton Senna affirme sa singularité en cette saison 1988.© McLaren : Ayrton Senna affirme sa singularité en cette saison 1988.

1988 est l'année à marquer d'une pierre (rouge et) blanche. Ron Dennis, le directeur de McLaren, a mis les moyens en réunissant tous les ingrédients du succès dans son équipe : le réputé ingénieur concepteur de l'équipe Brabham Gordon Murray, le moteur turbo Honda et deux des plus géniaux pilotes de cette génération, Ayrton Senna et Alain Prost. « Nous sommes sûrs d'avoir les deux meilleurs pilotes du monde, qui sont aussi les plus professionnels. Si nous ne sommes pas sur le podium régulièrement l'an prochain, il est clair que cela ne sera pas à cause de nos pilotes », prévient Ron Dennis, lors de la présentation des pilotes en 1987. Dans les mains de ces deux étoiles, les McLaren-Honda MP4/4 vont faire preuve d'une insolente domination.

En arrivant à Monaco, théâtre de la troisième manche du championnat, les McLaren se sont partagées les victoires et les poles position : Ayrton Senna a signé les deux poles et Alain Prost l'a emporté au Brésil alors que Senna a dominé le Grand Prix de San Marin. Pour le Brésilien, la confrontation avec le talent confirmé de cette génération est une aubaine : en combattant à armes égales la grand champion de ces dernières années, il espère démontrer qu'il est lui-même le meilleur.
« Courir avec un pilote comme Alain dans sa propre équipe me contraint quasiment à la perfection. Nous donnons tous les deux le meilleur de nous-même sans qu'il y ait pour autant de distensions. Le championnat est encore long mais je suis persuadé que la différence entre lui et moi ne se jouera finalement pas sur grand chose. La chance, peut-être... » Cette envie va même tourner à l'obsession pour Senna, dont l'arrivée chez McLaren est un grand événement personnel. « La première année chez McLaren était décisive dans la vie d'Ayrton. Il était très tendu. C'est comme si le poids du monde était sur ses épaules car il ressentait la responsabilité de démontrer qu'il était vraiment un bon pilote », rappelle sa soeur Viviane, dans le documentaire Senna, sorti sur les écrans en 2011.

Une seconde et demi d'avance en qualifications

A Monte-Carlo, Senna est dans ce qui va devenir son jardin au fil du temps, même si Prost a déjà trois Grands Prix de Monaco à son palmarès (1984, 1985, 1986). Le Brésilien sort le grand jeu dès les séances de qualifications. Il est magistral à ce petit jeu. De manière inexplicable, son pilotage a toujours été en phase avec ce circuit marginal. Le résultat est assez éloquent. Il précède tout le monde, dont son coéquipier Alain Prost, équipé du même matériel, d'une seconde et demi. Un gouffre à ce niveau.
Son temps provoque la stupéfaction mais ce n'est rien comparé à son explication. « ... Lors de la dernière séance qualificative. J'étais déjà en pole, d'abord d'une demi seconde puis d'une seconde et je continuais d'accélérer. Soudain j'étais deux secondes devant tout le monde, dont mon équipier avec la même monoplace. J'ai alors réalisé que je ne pilotais plus la voiture consciemment. J'étais en train de la conduire par une sorte d'instinct, comme si j'étais dans une autre dimension. C'était comme si j'étais dans un tunnel. Pas seulement le tunnel en dessous de l'hôtel, tout le circuit est devenu un tunnel. J'étais en train d'accélérer encore et encore et encore et encore. J'étais au dessus de la limite mais toujours capable de la repousser. » Le Brésilien s'enveloppe d'une aura mystique qui va le suivre jusqu'à la fin de sa carrière. Son amour de la course est gigantesque et sa manière de la raconter, totalement inhabituelle.

Break psychologique ?

Malgré cet exploit lors des essais qualificatifs, la course reste ouverte. Dès le départ, Senna prend la tête et s'envole irrésistiblement. Prost, bloqué derrière un Gerhard Berger opportuniste au départ, perd du temps. Pendant plus de 60 tours, Le Brésilien va faire le forcing en tête de la course, son avance culminant à plus de cinquante secondes. Mais il veut plus qu'une simple victoire, il veut littéralement écraser son coéquipier, faire le break psychologique. Il est déterminé à démontrer qu'il est le meilleur, et de loin. Cependant, alors que Ron Dennis lui intime l'ordre de ralentir afin d'assurer, Ayrton perd sa concentration et heurte violemment le rail dans le virage juste avant le tunnel. A trop en vouloir, il a fini par perdre. Prost remporte tranquillement la course avec vingt secondes d'avance sur la Ferrari de Berger.

Ayrton s'extrait de sa monoplace sans mal. Il marche lentement le long du rail, dépité et visiblement énervé. Déçu, il rejoint directement son appartement. Il ne donnera plus signe de vie pendant plusieurs heures. Cet abandon le couvre de honte. « Cette faute est impardonnable. Sur le moment, je m'en suis voulu mais avec le recul je pense que j'ai mûri après cet incident. Vous comprenez, je me suis déconcentré et d'un seul coup je perdais le bénéfice de beaucoup d'efforts. Psychologiquement, il y eut alors un profond changement en moi et je me suis aperçu que je n'avais pas le droit de répéter une telle erreur. Depuis, ma force mentale a changé et je pense que c'est ce qui m'a aidé, par la suite, à ne jamais baisser les bras dans les moments difficiles. Oui, j'ai mûri, tout simplement... »

L'événement de Monaco 1988 révèle une certaine faiblesse : il s'est tellement focalisé sur son coéquipier et sur la meilleure façon de l'humilier qu'il en finit par ne plus agir de façon réfléchie. Mais il faut que jeunesse se passe. Senna n'a pas encore l'habitude du haut niveau comme Prost. « Je me suis tellement approché de la perfection ce week-end, que je me suis relâché. J'ai laissé la place à l'erreur et j'ai appris de ce qu'il s'est passé. Depuis la confiance en moi-même est revenue progressivement et je suis devenu plus fort après cet accident. D'une certaine manière, je me suis rapproché de Dieu et c'est très important pour moi. » Signe de cette évolution, Ayrton Senna remporte six des huit courses suivantes. Monaco 1988 n'est que le premier acte du duel titanesque qui se déroule, qui plus est, dans la même équipe. La pression que chacun des pilotes a sur les épaules est colossale. Alain Prost, de son côté, est bien conscient du talent de son jeune coéquipier mais jusque maintenant, n'a pas vraiment eu à forcer le sien pour remporter des courses. L'entente reste cordiale. Pour le moment.

(A suivre...)

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4 réactions sur cet article Donnez votre avis
Mike Patton
Mike Patton :
Ma jeunesse, 25 ans ont passés. Merci pour ce rappel.
c?était pas mieux avent mais c?était bien quand même.
Il y a 69 mois
eric974
eric974 :
Je me rappelle de cette course ou A.Prost et A.Senna "s'amusaient" à battre le record du tour c'est pour moi ce jour là que A.Senna est devenu un grand champion car il a compris que pour gagner il faut d'abord terminer les grands prix
Il y a 69 mois
Z'oreilles
Z'oreilles :
@ eric974

Senna est un mythe, pilote capable de dompter les 1000ch du moteur renault turbo en qualif,sans le moindre commentaire,
On ne compare pas les générations mais enfin, Senna a un comportement autre que ceux qui se prennent pour le meilleur pilote du monde actuel en F1.
Il y a 69 mois
ralf
ralf :
Souvenir inoubliable ce duel prost senna qui durera encore jusqu'à ce grand prix japon où ces deux pilotes saccrocheront
Il y a 69 mois
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