> > > > Tête-à-tête exclusif avec Paul Hembery, le directeur de la compétition de Pirelli

Tête-à-tête exclusif avec Paul Hembery, le directeur de la compétition de Pirelli

Fan-F1 profite de sa présence dans le paddock de Monza pour aller à la rencontre de ce qui font de ce sport ce qu'il est actuellement. C'est ainsi que nous sommes allés à la rencontre de Paul Hembery, le directeur de la compétition de Pirelli. Aucun sujet n'a été laissé de côté.

© Pirelli - Paul Hembery, à droite, en compagnie de Marco Tronchetti Provera, le président de Pirelli, à Monza© Pirelli - Paul Hembery, à droite, en compagnie de Marco Tronchetti Provera, le président de Pirelli, à Monza

Nous voilà à Monza, le Grand Prix national pour Pirelli, et vous n’avez pas encore été officialisés comme le manufacturier de la F1 pour la saison 2014 et au-delà. Comment expliquez-vous cette non-annonce ?
« Eh bien il n’y a pas de procédure. C’est bien ça le problème. Nous avons un accord avec le promoteur. Nous avons un accord avec toutes les équipes. Donc nous espérons que nous pourrons régler les derniers détails avec la FIA. Nous estimons avoir fait tout ce que nous devions faire pour pouvoir continuer. »

Il semblerait que la FIA doive lancer un appel d’offres sur le sujet. Or pour avoir un appel d’offres, il faut qu’il y ait plusieurs candidats. Est-ce que vous craignez qu’un de vos concurrents puissent arriver ?
« C’est un peu tard pour lancer un appel d’offres. Il aurait fallu faire un appel d’offres l’année dernière. Pas maintenant, à deux semaines de donner les détails techniques aux écuries. Ce n’est pas réaliste. Il faudra leur demander pourquoi ils ne l’ont pas fait. Nous n’avions pas eu d’appel d’offres la dernière fois non plus. C’est une question qui est principalement réglée par le promoteur. Je sais qu’ils ont parlé à beaucoup de manufacturiers mais la plupart d’entre eux leur ont dit qu’ils n’étaient pas intéressés. Donc au bout du compte, il a décidé de travailler avec nous car il n’y avait personne d’autre. »

Est-ce que vous avez une date-butoir pour avoir une réponse définitive sur la saison prochaine ? Quelle est la position de votre conseil d’administration sur la situation actuelle ?
« Nous travaillons pour l’année prochaine depuis quatre mois. La date-butoir était il y a quatre mois. Parce qu’au bout du compte, que voulez-vous ? Que le sport n’ait plus de pneumatiques l’an prochain ? Nous devions donc continuer à travailler. »

Est-ce que cela vous poserait un problème si la FIA décidait d’abandonner le statut de manufacturier unique dont vous disposez depuis 2011 et décide de réintroduire de la compétition dans ce secteur à partir de la saison prochaine ?
« Oui parce que cela signifierait qu’ils seraient en infraction avec notre contrat. Nous avons un contrat en place sur le long terme. »

Tirons maintenant un bilan de vos trois ans en tant que manufacturier unique de la F1. Quel impact a eu votre présence en F1 ?
« On nous a demandé de faire quelque chose de différent pour le sport afin de créer des courses plus intéressantes. Ce sport avait à peu près 300 dépassements par saison. Maintenant nous sommes à 1200 – 1300. C’est donc une augmentation significative. Evidemment ce n’est pas que grâce aux pneus mais aussi grâce au DRS et au KERS mais c’est pour cela que le package a été décidé.

Mais pour l’avenir, cela peut changer. L’an prochain, il y a de gros changements sur les moteurs. L’an prochain, on parlera beaucoup des moteurs. De mon point de vue, c’est une bonne chose. Nous devons tous être intéressés de savoir ce que seront les prochaines technologies des voitures de route. Il est donc temps pour nous de prendre du recul. Donc l’an prochain, vous serez en train d’interviewer les motoristes sur leur engagement dans ce sport.
Nous avons fait ce que le sport voulait que l’on fasse. Si besoin, nous pouvons faire des roues de 18’’. Si vous voulez 20’’, nous ferons 20’’ afin de ressembler aux voitures de route. Si vous voulez faire un arrêt, nous ferons un arrêt. Si vous ne voulez plus d’arrêts aux stands, il n’y aura plus d’arrêts aux stands. Mais ce n’est pas de notre ressort. Nous travaillons pour le sport et essayons de faire ce qu’il nous dit de faire. »

On peut se poser des questions sur l’impact de la saison 2013 sur votre image de marque, avec les nombreux incidents et polémiques autour de la dégradation de vos pneumatiques : d’un côté, vous avez réussi à replacer les pneumatiques, et donc votre marque, au cœur de l’attention mais pas forcément pour le meilleur. Est-ce qu’une communication, positive ou négative, vaut toujours mieux que pas de communication du tout ?
« Elle n’a pas toujours été mauvaise. En fait, nous avons été embarqués dans des politiques étranges, des politiques d’écuries pour lesquelles nous ne pouvions rien. Certaines équipes ont essayé d’utiliser les médias pour essayer de forcer des changements.

Par contre, nous avons eu des problèmes à Silverstone. Nous avons donc dû les résoudre rapidement. C’est ce que nous avons fait. Cela montre que nous sommes sérieux dans ce que nous faisons et que nous agissons clairement. Nous avons eu trois courses, et j’espère une de plus demain (dimanche), où les gens ne parlent pas de pneus. »

Un choix a été fait cette année de privilégier la dégradation des pneumatiques afin de renforcer le spectacle et l’incertitude en piste. Mais est-ce que cela ne va pas à l’inverse de ce que les manufacturiers essayent de faire sur les voitures de route, à savoir des pneumatiques qui tiennent le plus longtemps possible ?
« Vous avez le choix : soit vous pouvez avoir 300 dépassements par saison et que personne ne vous regarde, soit vous proposez quelque chose que les gens souhaitent regarder. Si vous voulez apparaître comme un manufacturier barbant alors vous pouvez le faire.

Mais il s’agit de deux mondes différents : ici, il s’agit d’un spectacle. C’est la même chose pour les moteurs. Vous avez cinq moteurs pour la saison pour faire quelques milliers de kilomètres alors que les moteurs de route peuvent faire des millions de kilomètres. C’est du sport et c’est un spectacle. Sur certaines pistes, nous n’avons pas de dégradation. Ici à Monza, nous sommes presque à zéro dégradation et nous avons plein de commentaires de gens qui disent que comme il n’y a pas de dégradation, ça va être barbant et donc qu’ils ne vont pas regarder la course.

Vous ne pouvez pas gagner sur tous les fronts et satisfaire tout le monde. Vous devez donc avoir un équilibre sur l’ensemble de la saison et que je pense que nous y sommes arrivés. On nous a demandé de faire entre deux et trois arrêts par course et nous en sommes à 2,2 arrêts par pilote par course. Il semble donc que cela fonctionne. Nous l’avons bien vu en Allemagne et en Hongrie, qui sont traditionnellement des courses ennuyeuses. Nous avons eu des stratégies fascinantes. Il ne faut donc pas être excessif mais je pense que nous avons trouvé le bon équilibre. Nous avons eu de très belles courses et c’est ce qu’on nous a demandé de produire.

Pour être honnête, le problème avec la dégradation est surtout créée par les commentateurs. Les gens ne s’en rendent pas forcément compte. S’ils baissent le volume de leur télévision, ce qu’ils voient, c’est qu’il y a une course intéressante. Des fois, vous compliquez la vie des téléspectateurs alors qu’eux ils voient simplement quelqu’un revenir sur un autre qui est plus lent et une tentative de dépassement. Quand vous travaillez dans ce sport, vous pouvez parfois oublier que le grand public a une perspective différente. »

Jusqu’à présent, vous ne pouviez disposer que d’une ancienne monoplace pour réaliser vos essais avec vos propres pilotes. Cette stratégie parait difficile à mettre en place pour 2014, étant donnés tous les changements de réglementation technique qui vont toucher les écuries pour la saison 2014. Comment allez-vous mettre au point vos différents composants ?
« Il y a certains essais que vous pouvez simuler. Si vous avez des informations fiables de la part des pilotes, vous pouvez simuler l’intégrité du produit. La structure du pneumatique en tant que telle peut être définie sans construire physiquement des pneumatiques. Pour les différents types de pneumatiques, il y a certaines choses que nous voulons vérifier, comme l’effet du couple et l’application de la puissance. C’est vraiment ce que nous constaterons en début de saison lorsque nous irons faire des tests. Nous savons qu’il y a le potentiel pour avoir du patinage. Mais les équipes et les pilotes vont essayer de le minimiser parce que si vous voulez aller vite, vous ne devez pas avoir de patinage. »

Quel est votre degré de préparation sur les pneumatiques pour la saison 2014 ?
« Nous sommes presque prêts. Dans deux semaines, nous devons communiquer les informations majeures. Nous pouvons encore changer mais nous ne le souhaitons pas. Nous reverrons toutes les informations des équipes d’ici à la fin octobre parce que vous pouvez imaginer qu’avec ces nouvelles technologies qui arrivent, vous pouvez être sûrs que les développements devront être rapides. Donc nous voulons nous assurer de là où les équipes vont. A l’heure actuelle, il y a vraiment beaucoup de données différentes qui arrivent de la part des équipes. Il n’y a pas une seule tendance forte qui se dessine. »

En tant que manufacturier unique, vous disposez d’un accès unique à toutes les écuries. Comment vous assurez vous de la confidentialité de ce que vous communiquent les différentes équipes ?
« Evidemment quand vous arrivez à ce niveau d’informations, elles sont généralement partagées entre très peu de monde. Quand vous en êtes à cette étape, elles le sont entre trois personnes. Vous devez donc vous assurer de leur intégrité. »

Cette année, vous avez pu disposer d’essais complémentaires lors des essais de jeunes pilotes de Silverstone mais seulement après les incidents qui se sont déroulés lors du Grand Prix de Grande-Bretagne. Combien de séances seraient idéales pour vous ? A quelle fréquence ?
« Nous n’avons pas vraiment besoin de beaucoup d’essais. Mais c’est certain que de pouvoir faire des essais avec une voiture actuelle est une grosse aide. Comme les équipes vont désormais pouvoir faire des essais en cours de saison, nous espérons pouvoir disposer d’un créneau lors de ces essais pour faire nos propres essais. C’est une discussion que nous avons actuellement et j’espère que nous pourrons trouver une solution. »

Qu’est-ce que cela signifie pour vos propres pilotes d’essais ?
« Ils feront davantage de travail en simulateur et moins en piste. Ils se déplacent dans chacune des équipes, qui ont chacune leur propre soufflerie, leur propre simulateur. Vous devez donc essayer d’avoir votre programme qui fonctionne sur l’ensemble des systèmes différents. C’est un domaine assez compliqué mais nous commençons à bien le maîtriser. »

Vous avez évoqué dans le passé votre volonté d’avoir un groupe de travail sur les pneumatiques, avec un représentant de chaque écurie pour vous aider dans la définition de vos pneumatiques. Est-ce que vous avez pu avancer sur ce dossier ? Vos demandes sont-elles entendues par la FIA ?
« C’est déjà la cas. Ce mercredi, nous avons eu une réunion avec les ingénieurs pneumatiques de toutes les équipes à Milan. Il n’a aucun pouvoir. Il ne prend aucune décision mais c’est une réunion d’affaires. Cela nous permet d’avoir toutes les équipes autour de la table sur des questions de pneumatiques afin qu’il n’y ait pas un lobbying plus fort de la part d’une équipe que d’une autre. Il y a un compte-rendu de tout ce qui est dit. Nous l’avons fait pour ne pas nous retrouver dans une situation politique.

Nous voulons également changer la façon dont nous apportons des changements. Cette année, nous devions avoir l’unanimité des équipes pour faire des changements, ce qui est impossible. Nous voulions faire des changements mais nous n’avons pas eu le droit. Nous allons donc suivre ce que fait le sport, à savoir un accord à 70/30, ce qui nous parait raisonnable. Nous avons voulu changer le processus de changement afin d’éviter les situations politiques que nous n’avons pas créés mais le système ne nous permettait pas de faire les changements que nous voulions apporter. »

D’un point de vue industriel, de combien de temps avez-vous besoin entre le moment où vos ingénieurs décident des composants idéals pour les circuits à venir et leur mise en production dans votre usine ?
« Tout dépend de ce que vous changez. Nous l’avons montré après Silverstone : nous l’avons fait du jour au lendemain, en 24 heures. Nous avons fabriqué 2500 pneus pour la course en Hongrie. Cela a donc été un challenge important. »

Est-ce un problème majeur pour vous que les premiers essais aient lieu en janvier ou février pour un début de saison mi-mars ?
« Evidemment, nous préférerions pouvoir les faire rouler aujourd’hui. N’importe quel motoriste voudrait la même chose. Nous sommes dans la même situation. Nous devons donc être pragmatiques et avoir conscience que nous devrons peut-être faire des changements lorsque nous commencerons les essais en piste. La seule chose positive est que nous allons probablement aller à Abu Dhabi ou à Bahreïn avant d’aller à Melbourne. Nous aurons donc des essais avec des températures chaudes. »

Hier (vendredi), en conférence de presse de la FIA, Stefano Domenicali a déclaré qu’il souhaitait pouvoir avoir des essais sur le mouillé avant le début de la saison afin de ne pas découvrir le fonctionnement de vos nouveaux pneumatiques en plein milieu d’une course. Quel est votre point de vue sur le sujet ?
« Nous étions surpris avec le plan initial, qui ne comprenait pas d’essais sur le mouillé. Nous nous sommes dit qu’avec le nouveau bloc moteur et son couple élevé, aller par exemple en Malaisie sans essais, pourrait provoquer des problèmes de sécurité. Nous en avons donc fait la demande et Stefano nous appuie évidemment sur ce sujet. Nous poussons donc la FIA et les équipes à trouver une solution. De mon point de vue, nous pourrions dire que cela n’est pas un problème. Mais en tant que sport, je pense qu’il vaudrait mieux en faire car cela pourrait changer la manière dont les pilotes conduisent sous la pluie et ils ne devraient pas le découvrir en course. Mais à l’heure actuelle, il n’y a pas d’accord final. C’est toujours un long processus pour avoir un accord en F1. »

Hier (vendredi) lors des essais libres et aujourd’hui (samedi) en qualifications, nous avons pu voir des images thermiques de vos pneumatiques. Est-ce que c’est quelque chose que vous souhaitiez mettre en avant ?
« C’est quelque chose que la FOM a voulu essayer. Ce n’est pas notre système. Nous avons évidemment un système semblable lorsque nous effectuons nos développements. C’est génial car cela a créé beaucoup de discussions. Les gens ont été surpris de voir comment la chaleur apparaît dans certaines zones. C'est bien de le montrer aux fans afin qu’ils voient les difficultés auxquelles nous devons faire face. »

Est-ce que vous ne craignez pas les réactions que ce genre d’images peuvent provoquer ? Certains commentaires laissaient ainsi déjà penser que vos pneus ne tenaient pas la chaleur car ils repassaient très rapidement au noir.
« Je pense que ces commentateurs n’ont aucune idée de ce qu’ils racontent. On le voit sur les images. La température peut atteindre 200°C mais la température normale est de 120°C. il faut donc expliquer que lorsque les pneus sont de nouveau noirs, c’est qu’ils sont à leur température normale et non pas qu’ils sont froids. »

De notre envoyé spécial à Monza


Grand Prix, Pirelli et Hembery Suivant Précédent Imprimer l'article Envoyer l'article par e-mail à un ami




Laisser votre avis
Cet article a plus de deux mois. Les commentaires sont fermés.

Toutefois, vous pouvez nous joindre via la page de contact pour signaler tout problème à la rédaction.






Ce site internet est non officiel et n'est associé, par aucun moyen, avec les entreprises du Formula One Group. Plus d'information dans nos mentions légales.