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Les 20 ans du dernier titre de Prost

Il y a tout juste vingt ans, Alain Prost décrochait son quatrième et dernier titre mondial, le 26 septembre 1993 sur le circuit d'Estoril à l'occasion du GP du Portugal. Un aboutissement pour « Le Professeur » qui avait manqué le rendez-vous de la couronne mondiale avec Renault en 1981 et 1983. Retour sur une année pas si simple pour Prost.

© DR - Alain Prost est aujourd'hui ambassadeur Renault© DR - Alain Prost est aujourd'hui ambassadeur Renault

Nous sommes fin 1991 et Alain Prost vient d'être mis à la porte par la Scuderia Ferrari. Arrivé début 90, Prost est passé à un cheveu du titre mondial cette même année, battu lors du fameux GP du Japon, où Senna, revanchard depuis Suzuka 1989, a sorti le Français au premier virage. En 1991, le duo Prost-Ferrari paraît armé pour jouer de nouveau la gagne. Sauf que ce sera l'inverse. La monoplace de Maranello n'est pas au niveau et les McLaren et les Williams dominent outrageusement le championnat. Senna décroche un 3e titre et Prost est viré des Rouges pour avoir déclaré à l'issue du GP du Japon que la Ferrari est aussi maniable qu'un camion. Il ne participera pas au dernier GP à Adélaïde.
Où ira donc Prost ? Un triple champion du monde, toujours dans le coup pour la victoire, est une denrée rare. Ligier se place mais aucun accord n'est trouvé. Prost annonce qu'il ne roulera pas en 1992.

Consultant TV et retour

En 1992, Alain Prost effectue ses débuts à la télévision en tant que consultant pour TF1. Mais tout au long de la saison, les rumeurs sur son retour se font de plus en plus pressantes. Le Français a entrepris depuis l'hiver 91-92 un rapprochement avec Renault, qui motorise les fabuleuses Williams FW14B qui dominent le championnat avec Mansell. L'Anglais, titré dès la Hongrie, sait que Prost est sur le retour et l'attitude de l'écurie de Grove ne lui convient pas. Il claque la porte et part aux USA en CART. Le tapis rouge est déroulé pour Prost, qui n'a émis qu'un seul souhait : ne pas avoir Senna comme équipier pour 1993. Frank Williams a eu un moment l'idée de recréer le duo magique de McLaren des années 1988-89. Or Prost a posé un veto catégorique.

Domination annoncée et pourtant ...

Prost/Williams-Renault FW15. Le duo paraît imbattable, d'autant plus que la concurrence semble moins forte que les années précédentes. Senna est au volant d'une McLaren propulsée par le vénérable V8 Ford, moins performant que le V12 Honda. Les Ferrari sont dans le dur et M.Schumacher n'est pas encore au sommet de son art avec la Benetton-Ford. Prost est au volant d'une FW15 conçue autour de la fameuse suspension active que Williams développe patiemment depuis 1985. Le Français avouera ne pas être un grand fan de cette technologie :

« Elle allait complètement à l'encontre de ce que j'aime faire et conduire. […] Il y a des endroits comme la courbe de Signes au Castellet où il était plus facile de passer à fond qu'en levant un peu. […] Je trouvais que l'on m'enlevait un peu mon rôle et mes capacités. »

Les premiers tours de roues sont compliqués pour le Français, surtout que Williams ne lui a pas moulé de baquet spécifique. Prost utilisera celui de Mansell tout au long de 1993. Lors des premières courses, Prost et Senna se partagent les victoires. Le Brésilien est coriace malgré un matériel moins performant que Prost. Le GP d'Europe à Donington restera dans les annales. Senna démontre une nouvelle fois son talent sur le mouillé, et Prost coule (sept changements de pneus !). Après le GP de Monaco, Senna mène le championnat devant le Français. La domination annoncée n'est pas totalement présente. Le réveil des Williams intervient dès Montréal et Senna commence à décliner. Un boulevard va s'ouvrir.
Dès le Canada, Prost et Damon Hill le second pilote de l'écurie, enlèvent six courses sur six. Les deux larrons possèdent parfois presque 2s d'avance sur la concurrence. La dernière partie de l'année se fera en roue libre et au Portugal, Prost est titré. Le tableau semble idyllique, sauf que en coulisse tout n'a pas été rose.


Une revanche en demi-teinte

Prost a une vieille revanche à prendre sur l'Histoire. En 1981 et surtout en 1983, le duo Prost-Renault a loupé un titre mondial qui lui était promis. En 1983, tout le paddock savait que l'écurie Brabham-BMW utilisait en fin de saison une essence non-conforme. De plus chez Renault, l'ambiance était délétère. Prost reproche à Renault un manque de développement et le duel franco-français entre la Ferrari d'Arnoux et la Renault de Prost a coûté des points au Professeur. Il perd le titre lors de la dernière course en Afrique du Sud, après un dernier abandon. Piquet devient double champion du monde.

Deux jours après la fin du championnat, Prost est licencié de Renault et part chez McLaren. Alain a toujours gardé un sentiment de rendez-vous manqué avec Renault. Lorsque l'opportunité de décrocher le titre avec la marque qui l'a lancé s'est présentée, il a logiquement sauté dessus, avec ses conditions (pas de Senna comme équipier …). Malgré l'émergence de Damon Hill, Prost décroche son quatrième titre le 26 septembre 1993 à Estoril, en terminant 2e derrière M.Schumacher.

Si le tableau semble parfait, la saison n'a pas été simple. Dans l'écurie, Prost ne se sent pas chez lui. Il estime ne pas bénéficier de la reconnaissance qu'il mérite, notamment dans la presse. De plus, dès l'été, Frank Williams tente à nouveau de faire venir Senna. Avec l'appui de Renault, l'arrivée de Brésilien est inévitable. Prost se sent comme trahi et décide de ne pas aller plus loin que sa première année de contrat. L'image du titre d'Estoril est donc trompeuse : la joie en façade, la déception relative en coulisse de finir l'histoire de cette façon.
Reste que Prost décroche enfin ce titre mondial « tricolore » qui lui tenait tant à cœur, dix ans après un échec avec Renault longtemps resté en travers de la gorge.


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12 réactions sur cet article Donnez votre avis
Cyrille
Cyrille :
En 83, c'est Cheever l'équipier de Prost, pas Arnoux...
Il y a 62 mois
Aifaim
Aifaim :
Et ce que Prost ne sait pas, c'est qu'il va se lancer dans une aventure catastrophique de constructeur ...
Il y a 62 mois
surboumpour4roues
surboumpour4roues :
.......de constructeur oui , l'erreur c'est d'avoir fait Prost GP en France , il fallait faire le montage en Angleterre , en France il a eu 3 contrôles fiscaux en 2 ans !!!! de quoi baissé les bras même lorsque on se nome Prost.
Il y a 62 mois
Pierre
Pierre :
Cyrille, il n'y a pas marqué qu'Arnoux est l'équipier de Prost non ?
Il y a 62 mois
alpi
alpi :
J'ai eu l'occasion d'interviewer Arnoux il y a une quinzaine d'années et je lui avait demandé sa version de la relation avec Alain Prost. Il m'avait répondu "Alain il faut beaucoup lui donner mais lui ne donne rien !". C'est peut-être pour cela qu'il est devenu le champion qu'il était et qui injustement mésestimé en France. Il a affronté Senna et si ce dernier était assurément le pilote le plus rapide sur un tour, Prost était le meilleur sur la durée d'un GP. Et il n'a jamais sorti quelqu'un de la piste au risque de le tuer. Senna l'a payé cher. Quant à l'aventure Prost GP, parler de catastrophe est un peu fort. Si elle s'est mal terminée, le niveau était bien meilleur que celui de Ligier. Les contrôles fiscaux n'ont pas été effectués sans que certaines personnes haut placé y aient eu un intérêt... D'un autre côté, Prost n'a pas perdu d'argent avec Prost GP, bien au contraire... Pour moi, c'est le plus grand depuis 35 ans.
Il y a 62 mois
Mike Patton
Mike Patton :
Une petite question. Qui était le team manager de Brabham a l 'époque?
Il y a 62 mois
alpi
alpi :
que Bernie ait été le team manager (ou le propriétaire plutôt) n'a rien d'étonnant avec son futur : les intérêts commerciaux, le pognon, ne s?embarrassent pas de la morale et de l'équité sportive...
Il y a 62 mois
Mike Patton
Mike Patton :
Merci alpi,j'avais un doute sur l'identité du lascar.
Il y a 62 mois
piano
piano :
tu as raison pour Cheever mais l'article dit que Arnoux est chez Ferrari ... et il y avait un contentieux entre Néné et Prostichon qui n'avait pas toujours été correct envers René Arnoux, le moins que rien, parti de rien qui se permettait de lui faire de l'ombre. Renault a perdu beaucoup en bridant le petit grenoblois, il valait cent fois mieux que Prost. Mais bon, c'est mon avis et tout le monde n'est pas obligé de partager...
Il y a 62 mois
Aifaim
Aifaim :
Mike Patton@, Alpi@, Ecclestone avait quitté le navire Brahbam depuis quatre ans par la vente de l'écurie à Luhti (fin 1988), un personnage qui eut, par la suite, de gros gros ennuis avec la justice. Sur le terrain, avant sa disparition (fin 1992), l'équipe Brahbam devait être sous l'autorité de Herbie Blash. Mais, n'ayant pas mes archives sous la main pour vérification, je peux me tromper.
Il y a 62 mois
alpi
alpi :
@Aifaim :
Mike parlai du TM de Brabham en 1983. Et c'était bien Ecclestone qui était le boss à ce moment-là.
Il y a 62 mois
alpi
alpi :
@piano,
chacun ses préférences en effet mais une chose ne trompe pas : les statistiques : www.statsf1.com/fr/rene-arnoux.aspx et www.statsf1.com/fr/alain-prost.aspx
Dire qu'Arnoux valait 100 fois mieux que Prost, ce ne peut être que d'un point de vue morale, et encore...
Il y a 62 mois
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