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Ayrton Senna, le mythe : "Magic" marche sur l'eau à Donington

2014 marque un bien triste anniversaire : celui du décès d'Ayrton Senna il y a vingt ans. Pendant l'hiver, Retour de volant vous propose de rouler dans les traces du triple champion du monde brésilien mythifié après le 1er mai 1994. Aujourd'hui, retour sur une de ses plus belles victoires, au Grand Prix d'Europe 1993, disputé sous la pluie.

© ASE/Norio Koike - Comme ici en 1988, Ayrton Senna a toujours montré des facultés impressionnantes sous la pluie.© ASE/Norio Koike - Comme ici en 1988, Ayrton Senna a toujours montré des facultés impressionnantes sous la pluie.

Un mois avant le début de la saison 1993, Ayrton Senna ne sait toujours pas s'il va revenir en F1 ou s'il va prendre une année sabbatique comme l'a fait Alain Prost en 1992. Il pense même à courir une saison en IndyCar aux Etats-Unis. Avec l'aide de son ami et mentor, le double champion du monde de Formule 1 Emerson Fittipaldi, il essaye une monoplace de cette série pour prouver son intérêt.

Il sait pertinemment qu'avec le retrait de Honda et le retour de Prost chez Williams-Renault, la saison pourrait ressembler à l'enfer de 1992. Ce n'est que début mars que Ron Dennis réussit enfin à le convaincre. Senna est d'accord mais il garde une clause de performance dans son contrat. Il ne signe que pour une épreuve et si la MP4/8, équipée d'un moteur client Ford n'est pas à la hauteur de ses ambitions, il pourra claquer la porte de chez McLaren.

La MP4/8 et les circonstances offrent la tête du championnat à Senna

Dès la première manche de la saison à Kyalami, en Afrique du Sud, la MP4/8 démontre un beau potentiel. Malgré un moteur moins puissant que le Renault, le Brésilien réussit à se qualifier dans la même fraction de seconde que Prost, poleman du jour. En course, il tient la dragée haute au Français toute l'épreuve et termine deuxième. Au Brésil, il annonce sa participation à la saison complète avec McLaren.

Seulement troisième à près de deux secondes de Prost à la fin des qualifications, il se demande si Kyalami n'a pas été qu'une simple éclaircie... Mais les éléments sont en faveur de Senna en ce début 1993. En difficulté pendant la course, il profite d'une grosse averse et de l'abandon de Prost pour remporter son Grand Prix national. On pensait que le Français de Williams aurait la vie facile cette saison. Pourtant, c'est Senna qui se retrouve en tête du championnat à l'aube du Grand Prix d'Europe disputé sur le circuit de Donington en Angleterre. Après une saison 1992 catastrophique, c'est une véritable renaissance pour le Brésilien.

Invaincu à Donington Park

Donington Park est un circuit où Senna a limé le bitume au début des années 1980. Mieux, il est invaincu sur ce tracé. Les trois courses qu'il a disputées en Formule Ford (1981), Super Ford (1982) et Formule 3 (1983) se sont soldées par des victoires. Son histoire avec cette piste est donc spéciale, d'autant plus que c'est à Donington qu'il a pour la première fois tâté la puissance d'une Formule 1, une Williams, en 1983.


Cela ne donne aucun avantage à Senna. Même si la MP4/8 est bien née, elle a ses limites, notamment niveau moteur. En vitesse pure, les Williams-Renault sont largement devant. Après les qualifications, Senna est quatrième à quasiment deux secondes de Prost.

Le jour de la course, une piste humide accueille la procédure de départ. Attaché dans sa monoplace, casqué, Senna se dit qu'il doit tout donner dès le premier tour afin de bénéficier de l'effet de surprise. « En raison de la faiblesse de son moteur Ford cette saison, Ayrton attendait des conditions de course spécialement difficiles pour montrer à chacun ce dont il était encore capable. A Donington, tout ce qu'il voulait c'était se retrouver premier à la fin du premier tour pour que chacun de ses adversaires ait l'air stupide. Et c'est exactement ce qu'il a fait ! », se rappelle des années plus tard Gerhard Berger.

Pilotage instinctif

Au départ, son plan ne se passe pas comme prévu. Enfermé à l'extérieur par la Benetton-Ford de Michael Schumacher, il perd une place au profit de Karl Wendlinger, bien parti avec sa Sauber. Il se déporte très vite à l'intérieur de la courbe de Redgate et passe ainsi Schumacher, qui perd du temps à l'extérieur. Senna sent sa voiture glisser mais il laisse le pied appuyé à fond sur l'accélérateur et domine sa monoplace d'une main douce et ferme à la fois. Il passe Karl Wendlinger à l'extérieur de Craner et se retrouve ainsi en troisième position. Il n'a plus devant lui que Damon Hill et Alain Prost qui se montrent très prudents dans ces conditions de piste difficiles.
La monoplace de Senna vole littéralement sur la piste. Là où les autres font attention à chaque freinage, chaque virage, chaque ré-accélération, lui ne se pose pas de questions et pilote instinctivement. Il est constamment hors trajectoire, surprenant tous ses adversaires.


Deux virages plus loin, dans la courbe de Mc Leans, c'est au tour de Damon Hill de lâcher prise face au "Rainmaster". A la sortie du virage Esses, Senna est déjà dans le sillage de Prost. Il se place dans son aspiration le long de la ligne droite et porte une estocade imparable à Melbourne Hairpin. Le Français, impuissant, est obligé de laisser Senna s'enfuir en tête du Grand Prix. Quatre voitures dépassées en un seul tour, dont les deux Williams, le Brésilien marche sur l'eau à Donington. Tous ses adversaires sont incapables de riposter. Une véritable démonstration d'un pilotage de génie dans ces conditions.

Un tour d'avance sur Prost

La suite est un véritable festival de Senna qui maîtrise parfaitement les conditions changeantes, oscillant entre la pluie fine et la pluie battante. Collant plus d'une seconde au tour à Damon Hill, son poursuivant direct, il remporte une victoire incontestée et se permet même le luxe de prendre un tour à Prost.

Sur le podium le Brésilien affiche un sourire radieux. L'exploit qu'il vient d'accomplir confirme son incontestable maîtrise de la pluie. "Magic" porte bien son nom. Après le Grand Prix de Monaco 1984 où il s'est révélé sous la pluie, après le Grand Prix du Portugal 1985 où il a glané sa première victoire dans ces conditions, il vient de ridiculiser tous ses adversaires à Donington. En agissant tel un funambule, il a impressionné tout le monde par l'aisance de son pilotage.

En conférence de presse, il règle une deuxième fois son compte à Alain Prost. Le Français, occupé à énumérer les problèmes de sa Williams, se prend une gifle verbale. « Tu préférerais qu'on échange de voiture ? », lâche le Brésilien, alors que chacun connaît la supériorité de la Williams-Renault. Prost pense dès lors à la retraite.
Ayrton Senna sait que c'est en raison des conditions pluvieuses qu'il a réussi à remporter, coup sur coup, les victoires à Interlagos et à Donington et qu'il se retrouve ainsi en tête du championnat avec douze points d'avance sur Prost. Il s'attend à ce que la saison redevienne difficile.

(A suivre...)

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Retour de volant, Senna et Histoire




5 réactions sur cet article Donnez votre avis
Ayrton
Ayrton :
Ce jour là , il a été E N O R M E !
Il y a 75 mois
MercipourtoutAyrton
MercipourtoutAyrton :
si cela n'avait été que ce jour là... ;)

mais, c'est vrai, je n'oublierai jamais cette course
chaire de poule de A à Z... pas besoin d'aller au cinoche...

Vous comprenez maintenant mon surnom sur ce forum ;)
Il y a 75 mois
ZerealF1
ZerealF1 :
Le départ et les dépassements de senna à Donington me font penser aux départs de Fernando dans les mêmes conditions. Il a souvent survoler la concurrence au depart et dépasser bon nombre d'adversaires dans le premier tour.
Il y a 75 mois
Ayrton
Ayrton :
oui , mais bon , nando , c pas Ce ténor du volant ! Il était grand ! meme avec une auto " modeste" , il était devant ...
Il y a 75 mois
Profx
Profx :
ben euh la ferrari c est pas non plus la plus rapide ces dernieres annees ;)
on dira une milieu haut maxi ;)
Il y a 75 mois
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