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Lopez : "Nous sommes les pires managers du monde"

Avec le redressement judiciaire de deux équipes en une semaine, les considérations économiques ont occupé le devant de la scène à Austin. Une nouvelle fois, nous avons pu constater les différences entre les dirigeants des grandes écuries et ceux de fonds de grille.

© Daimler - Combien de voitures seront sur la grille à l'avenir ?© Daimler - Combien de voitures seront sur la grille à l'avenir ?

Lorsque nous nous étions rendus dans le paddock de Barcelone, nous avions déjà largement commenté les désaccords profonds entre les dirigeants d'écurie autour de la question des coûts en F1. Depuis, la situation ne s'est pas améliorée, loin de là, puisque deux écuries ont désormais quitté le paddock.

A l'occasion de la conférence de presse qui leur est réservée le vendredi, la question a été centrale puisqu'elle a tout simplement été le seul sujet de conversation de l'ensemble de la conférence de presse ! Au point que Toto Wolff, le directeur de Mercedes, finisse par déclarer : « Nous n'avons pas entendu les noms d'Hamilton, Ricciardo, Vettel, Rosberg. Aucun des pilotes aujourd'hui. Nous n'avons pas parlé de la performance de McLaren aujourd'hui. Ce dont nous parlons... Nous utilisons cette conférence comme d'un panel pour exprimer notre frustration, pour montrer combien tout est mauvais et nous dénigrons tous. C'est comme un cercle vicieux. »

Gérard Lopez, le propriétaire de Lotus, a une nouvelle fois mené la charge. Il a ainsi dressé une comparaison parlante entre la F1 et le GP2 : « Puisque les gens en F1 s'intéressent vraiment à la course, certains oublient certaines réalités économiques. Il y a quelque chose qui s'appelle la Loi des rendements décroissants. Si je prends une voiture de GP2 et que je la fais courir ici, ce ne sera pas ridicule. Elle sera deux, quatre, cinq, six peut-être sept secondes plus lente. Toute l'équipe de GP2 pour toute la saison va coûter quatre millions d'euros. Avons-nous vraiment besoin de dépenser autant ? Est-ce que nous sommes à ce point meilleurs qu'une équipe a besoin de dépenser 300 millions d'euros pour être six secondes plus rapides ? Non, nous ne le sommes pas. Je n'accepterai cet argument de personne. Nous ne sommes pas 300 millions d'euros meilleurs, si vous prenez les grandes équipes, qu'une équipe de GP2. C'est donc un peu ridicule de dire que vous avez besoin de dépenser cet argent pour être performant car cela nous rend les pires managers du monde. Si je regarde les aspects financiers du sport, en comparant le GP2 et la F1, et la loi des rendements décroissants, nous sommes probablement les pire managers. Et nous en sommes fiers ! Si nous ne le sommes pas, nous avons vraiment besoin d'y penser. »

Pourtant, même les dirigeants des petites écuries ne semblent plus croire à la mise en place d'un plafonnement des budgets, comme le montrent les déclarations de Vijay Mallya, le propriétaire de Sahara Force India : « Nous avons parlé du plafonnement des budgets un certain nombre de fois et, au bout du compte, je pense que les grandes équipes ou les constructeurs y étaient opposés. Mais je pense que c'était une bonne initiative qui n'a pas vu le jour pour faire une vraie différence. »

Mais ce qui semble désormais remis en cause est la répartition des revenus, qui favorise largement les grandes équipes. Ainsi si Ferrari venait à être dernière du championnat, elle gagnerait toujours plus d'argent que si Sauber ou Marussia devenaient champions du monde.

C'est exactement ce qu'a déclaré Vijay Mallya : « Si l'on regarde la part des revenus, je pense que nous sommes un sport unique, où les équipes participantes reçoivent la moindre part des revenus par rapport au chiffre d'affaires total. Lorsque vous le comparez à n'importe quel autre sport dans le monde, nous sommes malheureusement les plus mal classés. Je suis très triste que deux équipes ne soient plus avec nous sur la grille ici à Austin et je ne pense pas que quelque chose comme cela puisse avoir lieu. »

Gérard Lopez est entièrement aligné avec les idées avancées par le propriétaire de Sahara Force India : « Le modèle de répartition des revenus est complètement mauvais. On peut discuter pour savoir si le niveau de ce qui est distribué est bon ou mauvais et Vijay a déjà mentionné une partie de ce problème. Mais nous avons des équipes qui reçoivent plus d'argent simplement pour être présentes que des équipes qui participent à toute la saison. Quelque chose est donc fondamentalement mauvais dans le système et cela ne devrait pas être autorisé. Il n'est désormais plus l'heure de simplement en parler mais d'agir. Nous verrons donc ce qui va se passer dans les prochaines semaines. »

Surtout le simple fait que ces grandes discussions aient lieu est une mauvaise chose pour le sport et pour les participants. En effet, cela laisse paraitre l'image d'un sport qui est en crise financière, ce qui sous-entendrait qu'elle intéresse moins les spectateurs et donc les sponsors, ce qui n'est pas le cas puisque la F1 est parvenue à générer 1,7 milliard de dollars de chiffre d'affaires en 2013, un niveau record pour le sport.

Monisha Kaltenborn, la directrice de Sauber, regrette ainsi que l'on parle davantage des aspects économiques de la F1 que du sport en lui-même : « Nous devons vraiment nous demander ce qui est fait au sport ? Nous envoyons des messages vers nos fans qui ne sont pas vraiment ceux dont ils veulent parler. Ils devraient parler des excellentes courses que nous avons, de la très belle expérience qu'ils ont vécu en venant ici mais pourtant ils parlent des finances, des coûts, des équipes qui se retrouvent en redressement judiciaire. Nous sommes en train de créer une très mauvaise image vers l'extérieur, où de nouveaux partenaires vont se dire : "Est-ce que nous voulons vraiment arriver dans un sport avec tous ces problèmes, qui ne concernent normalement pas un sport mais d'autres secteurs d'activités ?" Nous devons vraiment réagir, étudier la situation et nous devons regarder comment obtenir une répartition équitable des revenus que nous recevons. C'est comme cela que nous parviendrons à conserver d'autres équipes que les seules grandes. »

Pour autant, quand on lit la déclaration d'Eric Boullier, le directeur de la compétition chez McLaren, on peut se rendre compte que la ligne de fracture est clairement profonde entre les deux catégories d'équipes : « Le vrai problème est que pour être compétitif, vous devez dépenser un niveau minimum d'argent et aujourd'hui ce niveau d'argent est trop haut. Vous pouvez en vouloir au modèle de distribution, vous pouvez en vouloir aux revenus, vous pouvez en vouloir à tout le monde mais la réalité est que pour être compétitif, vous devez dépenser un minimum. Comme nous sommes tous des compétiteurs, nous voulons tous dépenser cet argent. Au bout du compte, il y a beaucoup d'émotions ce week-end à cause de l'absence de deux équipes. C'est vrai que si les revenus pour les petites équipes étaient plus hauts, la première chose qu'elles feraient serait d'employer plus de gens, elles dépenseraient plus parce qu'elles veulent être compétitives. Vous ne résolvez pas le problème en faisant cela. Donc oui, vous sauvez des emplois mais rien de plus.  »

Avec la participation de www.Racingbusiness.fr


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11 réactions sur cet article Donnez votre avis
Profx
Profx :
reglement de compte entre boulier et lopez ?
Il y a 64 mois
Aifaim
Aifaim :
Boullier se contredit : "il faut dépenser un minimum (...) nous voulons tous dépenser cet argent (...)"
Tous, cela inclut les "petites" équipes donc cela sous-entend qu'elles n'atteignent pas aujourd'hui ce minimum. Et quand bien même elles obtiendraient ce montant minimum, il leur récuse le droit de le dépenser ...
En fait, il s'est mal exprimé : Il voulait dire - et c'est là un procès d'intention - que les petites équipes dépenseraient autant qu'aujourd'hui + le pactole supplémentaire => elles seraient autant en difficulté => il ne faut pas leur donner plus d'argent. C'est une démonstration par l'absurde, par forcément fausse mais confraternellement cruelle. Finalement, il est ironiquement au diapason de Lopez : Les patrons des "petites équipes" sont de mauvais gestionnaires au nom de la bonne cause sportive.
Il y a 64 mois
Profx
Profx :
boulier a assez joué avec cela chez lotus pour savoir de quoi il parle ;)
depensé toujours plus pour etre plus performant en ce disant : si plus performant > plus de sousous de la fom et des sponsors > donc on use ce qu on as et on finira la saison avec les nouvelles rentrees due a nos perfs...
cela peut marcher , mais c est tres dangereux ... un creancier s impatiente , ebruite son non payement et c est la cascade de soucis

c est ce qui est d aileurs arrive en fin de saison l an dernier a lotus
si roiko n avait pas crié sur tous les toits que lotus lui devait et qu il n avait pas lache l ecurie pour les derniers grand prix celle ci aurai pu gagner une place au classement et n aurai peutetre pas perdu autant de "bon ingenieur" et aurai surement pu etre mieux cette annee aussi ...
Il y a 64 mois
kal
kal :
(1) Sinon, qu'est-ce que la loi de la concurrence en économie de marché ? .... les moins compétitifs déposent le bilan (point barre). Business is business. Maintenant on peut trouver un compromis entre le sport et le business pur.
(2) Ce que dit Lopez peut être balayé par une comparaison avec le foot : en 1ere division, on dépense des centaines de millions par rapport aux divisions "inférieures". Et la différence de niveau entre deux équipes de deux divisions n'est pas forcément énorme.
(3) Proposition : pourquoi ne pas créer plusieurs divisions comme en foot ? ... avec des écuries qui devraient descendre en div inférieure et vice versa ?
De cette manière les écuries ne disparaitront pas, mais survivront avec les moyens qu'elles ont.
Il y a 64 mois
Flamaros
Flamaros :
Boulier ne comprend pas qu'un budget plafonne mettra tout le monde sur un pied d?égalité et que donc la compétitivité se retrouve plus sur la piste plutôt que dans les usines?

Il faut peut être pas tombe dans le modèle du GP2 ou il n'y a quasiment pas développement.
Il y a 64 mois
Profx
Profx :
flamaros a ca c est sur que lotus par exemple ne pourra s appuyer que sur son personnel f1 ... mais qu en est il de mercedes ? qui peut jurer que dans les ateliers de recherches sur soi disant la prochaine version de tel ou tel modele , voir un nouveau modele , on ne cherche pas aussi voir surtout des solutions pour leur ecurie de f1 ? idem pour ferrari et tous les autres constructeur a venir.
ensuite pourquoi est ce que par exemple total payerai lotus qui payerai grosjean alors que total pourrai parfaitement paye directement grosjean , ce qui ne pourrai plus etre compte pour le budget "plafonné" ? idem pour certaine piece , je te mets de la pub ok mais tu me facture les pieces moins cher et moi c est ta pub que je te facture moins chere
Il y a 64 mois
alpi
alpi :
"Si je prends une voiture de GP2 et que je la fais courir ici, ce ne sera pas ridicule. Elle sera deux, quatre, cinq, six peut-être sept secondes plus lente. Toute l'équipe de GP2 pour toute la saison va coûter quatre millions d'euros. Avons-nous vraiment besoin de dépenser autant ? Est-ce que nous sommes à ce point meilleurs qu'une équipe a besoin de dépenser 300 millions d'euros pour être six secondes plus rapides ? Non, nous ne le sommes pas. Je n'accepterai cet argument de personne. Nous ne sommes pas 300 millions d'euros meilleurs, si vous prenez les grandes équipes, qu'une équipe de GP2. C'est donc un peu ridicule de dire que vous avez besoin de dépenser cet argent pour être performant car cela nous rend les pires managers du monde. Si je regarde les aspects financiers du sport, en comparant le GP2 et la F1, et la loi des rendements décroissants, nous sommes probablement les pire managers. Et nous en sommes fiers ! Si nous ne le sommes pas, nous avons vraiment besoin d'y penser. »

TOUT est dit, non ?

A ceux qui pensent que les petites écuries pourraient gagner un peu d'argent en touchant 40M$ et en n'en dépensant que 25, je me demande bien ce que font Ferrari et d'autres actuellement...

J'espère que les petites écuries vont boycotter ce GP et les autres afin de mettre Tonton Bernie, CVC et les 5 écuries qui décident pour tout le monde (et surtout pour garder leurs avantages et leur mainmise sur le CDM en étouffant toute possibilité de les concurrencer avec moins de dépenses et une matière grise plus performante...) devant leur responsabilité !
Il y a 64 mois
arno
arno :
@flamaros
les budgets plafonnés sont impossible à faire respecter dans les faits comment voulez-vous contrôler des sociétés comme Daimler AG ou FCA pour savoir ce qui relève d'un budget F1?
Comment pour RB et McLaren qui ont des partenariats avec Renault et Honda voir quelles dépenses engagées par les motoristes sont en fait des dépenses de l'écurie?
Comment allez-vous contrôler l'ensemble du travail des sous traitants des assembleurs pour voir si il n'y a pas chez eux ou dans leur filiale des dépenses effectuées pour le compte de leurs clients?

C'est pas demain la veille que chez Daimler AG FCA Honda et Renault ils vont ouvrir leur centre de R&D au commissaire vérificateur de la FIA.

Une écurie de F1 ce n'est pas une équipe de sport collectif ou vous ne pouvez aligner sur le terrain que les joueurs sous contrat professionnel, ou vous pouvez aisément contrôler le budget et déceler par exemple une "anomalie" dans le montant d'un contrat de sponsoring comme ce fut le cas avec le PSG et l'office de tourisme qatarien.

On voit bien chez vous flamarios une mentalité bien française ou il suffit de décréter et ou ceux qui dirigent les équipes sont justes des ânes stupides et imbéciles qui ne comprennent rien à la beauté de vos théories généralissimes mais qui sont justes totalement inefficientes quand à l'objectif recherché qui ait la baisse des dépenses car eux contrairement à vous et moi, ils connaissent le fonctionnement d'une écurie de F1 dans ses moindre détail et savent par avance ce qu'il adviendra de telles règles une fois mise en place et que donc la diminution des budgets ne peut passer que par la réglementation technique.
Il y a 64 mois
Flamaros
Flamaros :
Oui les gens trichent c'est pas nouveaux, mais c'est pas pour ça qu'il ne faut pas tenter. Les contrôles ne seront jamais parfait, mais s'il y en a pas du tout c'est pire.

Admettons que les budgets sont plafonnes a 50M, si certaines équipent trichent elles arriveront a 70-80M, c'est bien mieux que les 300M qu'elles mettent actuellement non?

Sinon il faudrait n'avoir que 2 ou 3 châssis, qui sont vendu aux écuries par les constructeurs aux mêmes prix, mais bon les constructeurs n'auraient pas de limitent sur les dépenses.


Ouep je suis français, et non je ne crois pas qu'il suffit d?ériger des lois.

Ce que j'aimerais c'est juste trouver un esprit plus sportif en F1, plutôt qu'un combat d'entreprises. Je vois pas trop pourquoi ça ne serait pas compatible avec le développement qui doit juste être limité.
Il y a 64 mois
Profx
Profx :
ou est il ecrit que de grosse entreprise ne peuvent avoir l esprit sportif ?
venir en f1 par exemple pour n importe quelle societe automobile ne garanti en aucun cas la reussite ...
honda en tant que constructeur a t il reussi ? toyota ? peugeot ?( bon si il l avait fait quand todt leur a propose je dirai que la c etait dans la poche ;) ) bmw ? et combien d autre sont venue, viendront et se ramasseront malgré une debauche de moyen ?

alors la proposition d imposer un chassis whaw !!!! ensuite ce sera le moteur ? donc a l arrivee on aura quoi ? pas de la f1 en tout cas ca c est une chose sur et certaine !!!
Il y a 64 mois
alpi
alpi :
petit rappel, tiré de Wikipedia :

"Fin 2008, Mosley annonce qu'il ne souhaite pas se représenter à la tête de la FIA en octobre 2009 et qu'il prendra une décision définitive en juin. Il dénonce les dépenses réalisées par les écuries de Formule 1, qu'il chiffre à 1,17 milliards d'euros en 2008 et annonce que la FIA est entrée en négociations exclusives avec le motoriste britannique Cosworth mandaté pour produire, à partir de 2010, un moteur standard fourni à moins quatre équipes pour assurer une baisse significative des coûts. Les autres motoristes seront obligés de concevoir un moteur sur des bases identiques au Cosworth pour réduire de 95 % le budget moteur des écuries. Après un appel d'offres pour permettre à quatre nouvelles écuries de s'engager en Formule 1 en 2010, il est révélé que la FIA leur a imposé de signer un partenariat avec Cosworth pour être admises. Enfin, toujours dans l'optique de réduire les coûts de la Formule 1, Mosley interdit les essais privés entre les Grands Prix à partir de 2009 et supprime les ravitaillements en course dès 2010."

oui, oui : "réduire de 95 % le budget moteur des écuries" !!! Comme quoi, réduire les coûts, les dépenses, n'est pas impossible...

Je conseille d'ailleurs de lire la page wikipedia de Mosley(Max, pas Oswald...). Elle est très instructive, en particulier sur les raisons de l'amende record de 100M$ infligée à McLaren et sur la survenue de la fameuse vidéo de ses parties de jambes en l'air...
Il y a 64 mois
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