> > > > Etre agressif ou être trop agressif, telle est la question

Etre agressif ou être trop agressif, telle est la question

Ces quatre premiers Grand Prix de l’année auront vu des courses pour la plupart animées. Parfois par de belles manœuvres, mais ce qui a surtout attiré l’attention des spectateurs aura été les manœuvres ratées, causées par un excès d'agressivité.

© Red Bull Racing : Un peu trop agressif en ce début d'année, Max Verstappen doit rapidement apprendre de ses erreurs© Red Bull Racing : Un peu trop agressif en ce début d'année, Max Verstappen doit rapidement apprendre de ses erreurs

Qu’est ce que l'agressivité chez un pilote ? Tenter un dépassement à tout prix, pousser sa voiture dans ses retranchements, “ça passe ou ça casse ?”. Se défendre à la limite de la légalité en tassant ses adversaires vers un mur à haute vitesse? Non, ceci est plutôt un excès d'agressivité que l’on peut voir de plus en plus chez certains pilotes de la nouvelle génération, que certains accusent d’être des “pilotes Playstation”.

Derniers exemples en date ? Max Verstappen et Kevin Magnussen qui se sont illustrés en ce début de saison. Si le Danois a acquis cette réputation l’année précédente, avec de nombreuses manœuvres à la limite de l’acceptable, Max Verstappen s’est quand à lui mis en lumière en ce début de saison, à de nombreuses reprises. On peut parler de son accrochage avec Sebastien Vettel en Chine, qui démontre un manque de patience et une prise de risque peu utile, ou de sa défense beaucoup trop hasardeuse sur son coéquipier Daniel Ricciardo lors du dernier Grand Prix.

Ce dernier accident démontre bien que des manoeuvres que l’on peut juger superbes, comme celle de Daniel Ricciardo en Chine sur Valtteri Botas, peuvent être à cheval sur la limite de l’agressivité : lorsque l’adversaire laisse la place nécessaire au dépassement, celui-ci va être réalisé de manière spectaculaire. Cependant, une défense trop agressive du pilote attaqué, provoquera le pli du carbone, et les ingénieurs de courses ne pourront que se prendre la tête dans leurs mains.

Cette agressivité, innée chez certains, causent beaucoup d’erreurs en début de carrière. On peut se rappeler de Lewis Hamilton, bien trop agressif lors de son entrée aux stands en Chine 2007, qui lui a causé la perte du titre. Et cette expérience, gagnée au fur et à mesure des erreurs, et du temps, permet au pilote de mûrir et d’apprendre à tempérer cette hargne, et de la faire jaillir au meilleur moment. Cependant, le danger de l’excès d'agressivité est toujours là.

Dernier exemple : Sebastian Vettel, lors du restart du Grand Prix de Bakou. Le pilote Ferrari a décidé de tout tenter aux restart, après de nombreux tours derrière la voiture de sécurité, et donc avec des pneus froids : cela a donné un énorme blocage de roues, lui coûtant 3 places, et l’impossibilité de défendre sur la manœuvre de Sergio Perez au tour suivant. Il y a également l’excès d’optimisme au départ le plus souvent, comme on a pu le voir lors du départ de Bakou : Kimi Raikkonen et Esteban Ocon en sont l’exemple parfait. Si Esteban Ocon a réalisé un beau dépassement, le Français s’est rabattu sur le pilote Ferrari, se faisant projeter dans le mur en punition, tout en envoyant le Finlandais aux stands. Les deux pilotes sont en faute : Kimi Raikkonen a tout tenté pour reprendre sa position tandis que le pilote Force India bloquait la porte, enfermant son opposant entre le mur et sa monoplace.

Cependant, l'agressivité est nécessaire chez un pilote : on se rappellera de la bataille acharnée entre Lewis Hamilton et Nico Rosberg à Barhein il y a quelques années, à la limite totale. Des dépassements de Daniel Ricciardo, qui lorsqu'il en a l'occasion, se jette dans le moindre espace. Ou du même Max Verstappen, au départ du Grand Prix de Mexique l'année précédente, l'ayant vu remporter la course.

La ligne entre l'agressivité nécessaire pour être le meilleur pilote, et l’excès d'agressivité qui peut vous coûter une grosse erreur, ou l’abandon de course, est très fine. Le meilleur remède est l’expérience, mais également l’auto-critique. Les pilotes les plus prompts aux graves erreurs, de façon répétitive ces derniers temps, sont en permanence protégés par leurs équipes, et ne voient que très rarement les erreurs qu’ils ont commises de façon objective, préférant envoyer la faute sur l’autre personne impliquée dans l’incident.

Reste à voir si ces pilotes suivront l’exemple de Romain Grosjean, grand habitué des erreurs gravissimes en 2012, et qui est parvenu, à force de travail sur lui-même, à canaliser cet excès d'agressivité, pour réaliser sa meilleure saison en 2013 par la suite. Ce travail sur lui-même avait été accéléré par une course de suspension suite au carnage réalisé par l’ancien pilote Renault au départ du Grand Prix de Belgique.

Si les critiques doivent être constructives, elles doivent être entendues également par les pilotes et leurs équipes, afin de leur permettre d'évoluer, et de maîtriser cette agressivité mal contrôlée, ce qui leur permettra d'être encore bien meilleur, et plus régulier.


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7 réactions sur cet article Donnez votre avis
yanoo11
yanoo11 :
Très bon article
Il y a 5 mois
LH#44
LH#44 :
Hamilton n'était pas agressif lors de son entrée au stand en Chine en 2007, la piste était humide et ses pneus étaient sur la corde, l'entrée des stands à été modifiée par la suite en retirant le bac à gravier. Mauvais exemple, il y'en à des plus adéquats.

Kimi n'as pas "tout tenté" au virage 3 à Bakou, il était à l?intérieur et Ocon lui à fermé la porte en sachant qu'il était à côté de lui, Raikkonen n'as rien à se reprocher sur cet incident.
Il y a 5 mois
Antoine @MotorsInsid
Antoine @MotorsInsid :
@LH#44 : dans ses conditions, il convient de prendre des précautions, et donc de ralentir :) Ce que n'a pas fait Lewis, manquant d'expérience.
Concernant Kimi, celui-ci aurait pu lever le pied et récuperer sa place plus tard, les commissaires sont d'ailleurs d'accord sur ce sujet, avec des torts partagés par les deux pilotes
Il y a 5 mois
Aifaim
Aifaim :
L'agressivité recèle un grand mérite, celui de rassembler les vertus de courage, de témérité, de goût du risque et du panache et quelques autres pour compléter. Mais leur inverse y niche aussi, de l'immaturité à l'inconscience avec plus qu'un zeste de roulette russe ... avec des balles à blanc !

Il en est aujourd'hui - et c'est heureux ! - des courses automobiles que le risque de se faire très mal est réduit a minima sur les circuits. La recherche de sécurité active et passive remplit son office et, moins que jamais, l'hypothèse de blesser ou tuer un collègue tempère les manoeuvres douteuses.

L'éducation du pilote y a aussi un rôle. Désormais, la pratique du kart s'impose et déjà, l'apprentissage de la course sans carrosserie se mesure épaule contre épaule, les coups de roues sont légion et tant l'optimisme que le sentiment d'invulnérabilité inhérent à la jeunesse affine la motivation sinon l'obligation de gagner pour avoir une chance de se faire remarquer.

Les Formules de promotion en monoplace exacerbent cette nécessité "grâce" aux injonctions des maîtres de la F1 agitant la carotte susnommée mais aussi le bâton de la disgrâce et de la déchéance chaque fin de saison par l'esprit de rivalité qu'ils entretiennent savamment. Malheur aux vaincus, l'arène n'en retiendra qu'un et encore peut-être...

Ainsi ces jouvenceaux, fiers de leur gloire neuve, rompus à l'exercice mieux que leurs aînés les retrouvent à leurs côtés, leur expérience et leur rouerie en moins. Et que peut-on espérer de chevaleresque dans ces confrontations où ces petits Rodrigue ne s'imaginent Cid qu'en tuant leur Comte de Gormas respectifs, leurs pairs comme leur père : tu quoque mi fili... Difficile d'imaginer une relation telle celle qui unit en son temps Jackie Stewart et François Cevert.

Bien sûr, il arriva que des nouveaux-venus, à coup de chronomètre, achèvent des carrières et ternirent des réputations pourtant bien établies : Prost, Senna et Schumacher placèrent sous l'éteignoir bien des ambitions. Mais cela se fit avec l'élégance de la différence de classe et de talent.

Mais déjà, la suprématie à tout prix couvait. Deux coqs au poulailler, c'est un de trop et les gestes anti-sportifs commençaient à émerger. La fédération internationale n'y prit point garde et ne sévit pas. Briatore sut inoculer son venin à son poulain chez Benetton.
Comme on disait sous la Régence :"l'exemple vient d'en haut..." Maintenant, il est partout.

Il y a 5 mois
Marc Diskus
Marc Diskus :
Alfaim@
Un florilège que vous nous écrivez , sur la signification de la bonne et mauvaise agressivité en F1 , reflet de vos références passées , littéraires et actuelles dans le spectacle de la course automobile . Ce que vous dites est très adapté , que je ne vois pas ce qui ferait changer le comportement des jeunes pilotes en F1 qui pensent sur leur talent et celui qu'on leur reconnaît , rejoindre leurs pilotes légendaires . Il y aura toujours des très bons et des moins bons .

En fait , l'expérience de la course donnera aux jeunes pilotes la chance d'être un jour dans le recueil si rare des Cevert , Pironi , Villeneuve, Hill , Häikkinen , Brabham et autres champions .

Antoine@MotorsInside
Courageux de votre part de proposer un sujet sur l'agressivité en course automobile , mélange de ressenti différent pour chaque lecteur , d'exemples multiples dans l'histoire de notre sport et de faire comprendre que sans agressivité il n'y aurait pas de course , pas d'accidents , pas de champions .
Il y a 5 mois
Aifaim
Aifaim :
Une des solutions aux excès viendra peut-être l'an prochain si les dépassements sont facilités par le futur règlement. En effet, la rareté des opportunités ne nourrit pas la réflexion et la crainte de n'en pas retrouver aiguise le risque.
Si les monoplaces perdaient en poids et en largeur, en plus d'une réduction des turbulences aérodynamiques, les occasions d'attaquer seraient démultipliées.
Actuellement, il en existe mais dans d'autres catégories et c'est un régal...
Il y a 5 mois
Ayenge
Ayenge :
Si je suis en grande partie d accord avec l article, je rajouterais aussi que l on peut très gite basculer de l agressivité á la "trop grande agressivité" en fonction de la "bonne volonté" ou du "fair-play" du pilote sur lequel on tente une manoeuvre... et en rien de tepps passer de Héro á Zéro.

A titre d exemple, le dépassement de Ricciardo sur Bottas pour aller ceuillir la victoire aurait tout aussi bien pu mal tourner car quand l on voit de où Daniel lance son attaque, il fallait aussi beaucoup de fair-play á Bottas pour lui laisser de la place car ce dernier l a gu vejir et aurait tout simplement pu dire je suis encore devant et je prends la corde "normale" du virage ... avec ttes les conséquences que l on peut imaginer... avec son état d esprit aftuel, mettez Max á la place de Bottas sur cette meme action et Ricciardo aurait fini dans les pontons de la Merco... si l attaque de Ricciardo était osée et sublime...elle l a aussi été en grande partie grace a'la correction de Bottas... la frontière est très ténue. ..
Il y a 5 mois
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