> > > > Monaco, un circuit en question

Monaco, un circuit en question

Le tracé du Grand Prix doit-il changer ? Tel est l'avis de certains pilotes du F1 Circus, après une édition 2018 pauvre en dépassements.

© Mercedes - Le départ du Grand Prix de Monaco restera-t-il le même en 2019 ? © Mercedes - Le départ du Grand Prix de Monaco restera-t-il le même en 2019 ?

Le joyau aurait-il perdu de son éclat ? Incomparable sur le plan du prestige, le Grand Prix de Monaco version 2018 a souffert de nombreuses critiques, une fois le drapeau à damiers brandi au passage de Daniel Ricciardo. En cause, le manque de dépassements. Sur les 10 pilotes de la Q3, six ont gardé leur position du départ, les six premiers du classement final. Avec au sommet, l’impossibilité pour Sebastian Vettel de doubler le pilote Red Bull, pourtant victime d’un manque de puissance moteur pendant 75% de la course. Derrière, seul le relais allongé de Pierre Gasly lui a permis de gagner trois positions. Et encore sur ces trois places, une est due à un abandon (Fernando Alonso), et une autre est due à une erreur des mécaniciens de Force India (Sergio Pérez).

Entre les dix premiers du classement final, trois dépassements sont à signaler : Lewis Hamilton sur Esteban Ocon au 13e tour, Nico Hulkenberg sur Carlos Sainz au 54e tour, et Max Verstappen sur Sainz au tour 58. Et sur ces trois dépassements, deux sont la conséquence d'une "consigne d'équipe", avec Ocon, qui n'a pas le droit de ralentir les Mercedes ; et Sainz, qui a laissé passer Hulkenberg pour protéger l'Allemand d'un dépassement... de Verstappen, revenu dans ses rétroviseurs. Au passage, le Néerlandais a été le plus adroit dans cet exercice, en réalisant six manœuvres, dont deux voitures d'un coup, les Haas de Magnussen et Grosjean, au départ.

Deux critiques et un défenseur

Face à cette course trop ordonnée, Lewis Hamilton prend position en invitant la communauté du sport automobile à revoir le format du Grand Prix. Troisième à l'arrivée, le Britannique a regretté une course ennuyeuse. Si le circuit permettait des dépassements nombreux dès la première course en 1929, il est vrai qu’aujourd’hui, tout est différent…sauf le tracé, quasi identique à l’initial. En ce sens, le pilote Mercedes suggère de modifier le tracé actuel, ou d’apporter des contraintes spécifiques, inspirées des autres disciplines du sport automobile.
« On ne devrait pas pouvoir faire un seul arrêt ici. Peut-être qu'il faut un format différent : quand on regarde la NASCAR, ils mettent plein de Safety Car, sans aucune raison valable, pour regrouper le peloton. Il y a 100 drapeaux jaunes par course pour les rapprocher. Peut-être qu'il nous faut deux courses, qui sait ? »

Fernando Alonso est plus offensif encore. L'Espagnol a déclaré qu'il faudrait « rembourser les spectateurs du prix de leur ticket. » « Sans la Safety Car, sans les drapeaux jaunes,notre sport a besoin de réfléchir au show offert ici, parce que c'était probablement la course de Formule 1 la plus ennuyeuse jamais vue ! » a ajouté le double champion du monde à ce sujet.

Mais le monde de la Formule 1 n'est pas si unanime. Directeur sportif du Formula One Group, Ross Brawn ne blâme pas le circuit. « C'est un peu naïf d'attendre de nombreux duels et dépassements à Monaco. On ne peut pas le juger sur les mêmes critères que les autres ».

« L'opinion des pilotes est la bienvenue : ma porte est toujours ouverte ! Ceci étant, il nous faudrait des terres supplémentaires sur la mer pour faire quelque chose de différent !  » Ross Brawn, directeur sportif du Formula One Group

Des solutions ?

Avec 2,02 kilomètres carrés de superficie, Monaco est le deuxième plus petit état au monde, derrière le Vatican. Et sur cette maigre surface, il faut aussi préciser que tout le territoire n'est pas exploitable pour faire passer des monoplaces de Formule 1. Le Vieux Monaco, est composé pour la plupart d'étroites ruelles, sur les hauteurs de la Principauté. Tout se joue en fait sur le front de mer : actuellement, le tracé emprunte les quartiers de Monte-Carlo et de la Condamine.

Cependant, la Principauté entreprend actuellement un plan d'extension de ses terres, sur la mer Méditerranée.
Nommé « Anse du Portier » (au niveau du virage du Portier, avant le Tunnel), ce projet va augmenter de 3% (6 hectares) la surface de Monaco et agrémenter la cité, au-delà des logements, de différents espaces piétons et esplanades face à la mer. Si cet investissement n’est pas en lien direct avec le tracé du Grand Prix, il est fort possible que les esprits qui se pencheront sur la modification possible du circuit prendront en compte les opportunités liées à cette extension, dont la fin de construction est prévue pour 2025.

Le Prince Albert lui-même déclarait ceci dans une interview pour Forbes le mois dernier : « nous examinons, de temps en temps, les différentes possibilités d'extension de la piste, et il y a certainement quelque chose à penser en lien avec la construction de la nouvelle extension du terrain. »

Tout en ajoutant. « Il n'y a pas encore de projets, c’est juste dans les esprits des membres de l'Automobile Club et aussi du gouvernement. »

« Je ne dis pas que cela se produira nécessairement, mais à un moment donné, nous allons nous poser la question: comment pouvons-nous rendre un peu plus excitant cet événement ? » Le Prince Albert émet une possibilité de changement.

Mais avant de se réjouir d'une telle situation, il restera à convaincre bien d’autres parties. De par son statut prestigieux, le Grand Prix de Monaco est l’un des plus prisés de la saison, pour les multiples sponsors et invités de marque. Toute modification du tracé ou pire, suspension du Grand Prix pour travaux, nuirait à l’image de l’événement.
« Nous n'avons pas dépassé ce simple énoncé d'idée » note le Prince Albert. Faisant référence au statut emblématique du Grand Prix : « cela fait tellement partie de l'histoire du sport que je ne peux pas envisager une saison de Formule 1 sans le Grand Prix de Monaco. »

Et si le problème n'était tout simplement que conjoncturel ?

La largeur des monoplaces actuelles est aussi pour beaucoup dans le manque de dépassement. Rappelons qu’une Formule 1 2018 mesure 2 mètres de large pour un peu moins de 5,5 mètres de long. Pour comparaison, une Formule 2 ne mesure "que" 1,9 mètres de large, pour une longueur de 5,2 mètres. D'autant que les pneumatiques utilisés sont ceux des Formule 1 de 2016, plus étroits que leurs successeurs. Quelques centimètres de différence qui comptent lorsqu’il s’agit de doubler sur une piste de 6 ou 5 mètres de large par endroit.


Autre facteur important, les enjeux stratégiques et sportifs. Les équipes se sont concentrées sur une stratégie à un seul arrêt, coûte que coûte. Pour cela, il a fallu gérer au mieux les hyper-tendres, proposés par Pirelli. Au vu des chronos en course, les pilotes ont tourné huit secondes moins vite que lors des qualifications. En clair, l'objectif pour les pilotes était surtout de conserver sa place obtenue à l’issue du premier virage de la course, en menant un rythme de croisière avec les gommes italiennes.

Au passage, les deux pilotes les plus critiques... sont surtout les deux pilotes les plus frustrés à l'issue de la course. Troisième, Lewis Hamilton n'a pas pu lutter pour la victoire à cause de ses pneumatiques alors que Fernando Alonso a rencontré un problème de boite de vitesses. Quoi qu'il en soit, nous sommes en droit d’espérer une refonte du circuit d'ici les prochaines années, afin de raviver le dynamisme de cette course si prestigieuse.



Écrit avec Nicolas Lherm


Sondage : Faut-il changer le tracé du Grand Prix de Monaco pour favoriser les dépassements ?




Monaco, Polémique et Circuits Suivant Précédent Imprimer l'article Envoyer l'article par e-mail à un ami




2 réactions sur cet article Donnez votre avis
Sull
Sull :
Très bon article ! Très complet !
Pour le sondage, je n'ai pas d'avis tranché, d'une manière générale il faut des changements sur les F1 (c'est en cours) mais je ne suis pas sûr que cela suffise à Monaco, donc je n'aurais rien contre un petit détour entre l'épingle et le tunnel, à voir ! Je pense que ça ne dénaturerait pas trop l'essentiel du circuit.
Il y a 3 mois
Aifaim
Aifaim :
D'abord, une petite page d'histoire : Le circuit actuel est allongé par rapport au tracé originel dont les courses se déroulaient sur 100 tours... pour ceux qui terminaient et dans le même tour que le vainqueur... C'est-à-dire, pas grand monde !

Allonger le circuit actuel amènerait un gros inconvénient. A supposer que les portions nouvelles apportent des opportunités de dépassement, cela impliquerait qu'un pilote rattrapé fermera d'autant plus la porte dans les autres parties du circuit. Selon qu'une monoplace arrive au bon endroit ou non sur son adversaire, les écarts seront différents.

Ce Grand Prix a été limpide parce que chacun a suivi la même tactique : faire durer les pneus au maximum pour en changer lors de l'intervention de la safety-car. La prudence jusque-là étant imposée, il n'y a pas eu de voiture de sécurité.
La solution la plus simple est digne de l'oeuf de Christophe Colomb. On prend la gomme la plus dure et on fait toute l'épreuve avec comme au bon vieux temps. Pas d'arrêt au stand implique de n'avoir plus d'intérêt tactique au moment du changement de gommes. Dès lors, pour gagner une place, il faut doubler.

Plus révolutionnaire - du moins en F1 - serait l'adoption d'une bretelle comme cela se pratique en rallycross. Il me semble en avoir déjà parlé. Un tronçon en forme de raccourci que les pilotes auraient le droit d'emprunter par exemple 5 fois à n'importe quel moment de la course.
Il y a 3 mois
Laisser votre avis
Conditions d'utilisation
  • Les commentaires n'engagent que son auteur,
  • Le site ne peut être tenu responsable lors de conflit ayant pour origine un commentaire publié sur le site,
  • Les commentaires irrespecteux ou insultants seront supprimés,
  • Le site se réserve un droit de modération et de suppression.
Optimisation





Ce site internet est non officiel et n'est associé, par aucun moyen, avec les entreprises du Formula One Group. Plus d'information dans nos mentions légales.