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Retour sur l'eRace de Las Vegas : Une première mitigée mais le potentiel est là

Une fois n'est pas coutume, les pilotes de la Formule E se sont retrouvés ce week-end face à des sim racers pour une course... virtuelle ! Motors Inside revient sur cet événement inédit, porteur d'une nouvelle approche du sport automobile.

© Fia/Formula E - Le sim-racer hollandais Bono Huis, vainqueur après coup de la toute première eRace !© Fia/Formula E - Le sim-racer hollandais Bono Huis, vainqueur après coup de la toute première eRace !

« Pour moi, cet événement est la plus grande course de sim racing de tous les temps. »

Moins connu que Toto Wolff ou Christian Horner, Dom Duhan est pourtant lui aussi un team principal qui compte, dans le monde du virtuel. En effet, l'homme est tout simplement le fondateur et le propriétaire du Team Redline, la plus grosse structure de sim racing au monde.

Pour les non-initiés, le sim racing correspond tout simplement à la course automobile, en ligne. Créée de toutes pièces par des studios ultra-pointus de développement, des jeux comme rFactor, Assetto Corsa ou bien encore Automobilista font le bonheur des spécialistes. Modulables à l'infini, ces jeux accueillent des championnats ultra-disputés. Et le Team Redline est ici la référence avec 5 titres en iRacing World Championship, qui est l'équivalent du championnat du monde virtuel de Formule 1. Dans cette équipe, on retrouve le pilote référence : Greger Huttu. Le Finlandais commença sa carrière en ligne en 1998 sur Grand Prix Legends, la première simulation de référence basée sur des F1 des années 60. Mais le pilote désormais âgé de 35 ans a surtout écrit sa légende sur ce même iRacing World Championship, avec cinq titres de champion du monde à son actif.

À ses côtés, Greger Huttu est notamment accompagné par des vrais pilotes, comme le Néerlandais Nick Catsburg (qui a participé au championnat WTCC en 2016 pour le compte de Lada Sport), l'Anglais Ritchie Stanaway (passé par le GP2 Series en 2015) ou Max Verstappen, le pilote Red Bull en personne !

Mais malgré cette relative proximité entre les deux mondes, il manquait encore un événement de référence rapprochant les as du pilotage virtuel à leurs homologues professionnels du réel. Un vide enfin comblé en ce samedi 7 janvier. Pour la toute première fois, des pilotes professionnels, ceux de la Formule E, ont affrontés les experts du sim racing sur leur propre terrain : le jeu vidéo. Réunis à Las Vegas à l'occasion d'une eRace inédite, la discipline 100% électrique a investi les simulateurs et l'eSport le temps d'un week-end, autour du jeu rFactor 2.

Pour l'occasion, les 20 pilotes de la grille ont affrontés 10 des meilleurs sim racers de la planète, sur des modèles virtuels de Formule E. Organisée au sein du Mandalay Bay Hotel, cette course a été l'une des curiosités du Consumer Electronics Show, le plus grand salon international dédié à l'innovation technologique et électronique.

200 000 dollars pour le gagnant de l'eRace !

Fascinante, l'eRace de Las Vegas fut toutefois anecdotique dans le déroulement du championnat en cours, dominé sur la piste par Sébastien Buemi. Cette course virtuelle n'a offert aucun point au classement général. Mais l'enjeu était quand même au rendez-vous : un million de dollars de prime totale était à répartir entre les différents pilotes. 200 000 dollars était promis au vainqueur de la grande course !

Sur le plan du matériel, les 30 compétiteurs se sont affrontés sur des simulateurs derniers cri. 10 sim racers ont donc rejoints les 20 concurrents de la saison 2016-2017 de Formule E, après être passés par quatre courses de sélection disputées l'an dernier en amont des vrais courses : Long Beach, Paris, Berlin et Londres lors de la saison 2. Chacun des qualifiés a rejoint pour l'occasion une des 10 équipes du plateau, par le biais d'un tirage au sort. Il est d'ailleurs intéressant de noter que cinq pilotes du team Redline ont participé à cet événement, soit la moitié de ces participants !

Ce qui nous donne la répartition suivante. En italique figurent les pilotes de la fameuse structure.

Gregor Huttu (FIN), Panasonic Jaguar Racing
Aleksi Uusi-Jaakkola (FIN), MS Amlin Andretti
Olli Pahkala (FIN), Mahindra Racing
Enzo Bonito (ITA), Techeetah
Bono Huis (NED), Faraday Future Dragon Racing

Graham Carroll (GBR), DS Virgin Racing
David Greco (ITA), Renault e.dams
Aleksi Elomaa (FIN), Venturi Racing
Petar Brljak (CRO), NextEV NIO
Patrick Holzmann (DEU), ABT Schaeffler Audi Sport

On notera toutefois dans ce plateau un lien intéressant entre le réel et le virtuel. Vainqueur du mini-championnat proposé par la Formule E, Graham Carroll est également un pilote sur la piste, qui a notamment remporté le championnat écossais de Formule Ford 1600 en 2015. Par mesure d'équité, les 30 pilotes en lice ont concouru sur des voitures modélisées à l'identique, différenciées uniquement par les livrées des équipes et les numéros des pilotes.

De la même façon, tous les compétiteurs se sont affrontés sur des simulateurs identiques, tous fournis par l'organisateur : aucune modification personnelle ne pouvait être apportée. Comme les voitures réelles, les voitures modélisées ont reçues une configuration de 170 kilowatts pour la course et 200 kilowatts pour les qualifications. Similairement, trois pilotes ont reçu un FanBoost via un vote des internautes.

Dès lors, seul le talent de ces pilotes permettait de creuser les écarts et de s'installer au sommet. Le cadre des hostilités se dessinait, quant à lui, autour d'un circuit virtuel de 4,98 kilomètres, disputé dans le sens anti-horaire, et comportant 20 virages. Pour l'histoire, les voitures s’engageaient notamment sur une partie du “Las Vegas Strip”, le fameux boulevard qui traverse la ville de l'Etat du Nevada.

Comme un vrai week-end de course, le format de compétition s'est divisé entre les Essais Libres, les Qualifications et la Course. Ce sont d'abord les 10 sim racers qui se sont rodés au matériel et au circuit, dès le vendredi, autour d'une première session de 30 minutes d'entrainement, avant que les 20 pilotes de Formule E ne prennent le relais pour une session identique.

Le samedi, deux dernières séances de 15 minutes partageaient l'ensemble des pilotes en deux groupes. Dès lors, les sim racers et les pilotes professionnels se mélangeaient une première fois, avant d'attaquer la séance qualificative, répartis en groupe de cinq par tirage au sort, comme le veut le format traditionnel de la Formule E. Les cinq pilotes les plus rapides se retrouvaient après coup pour batailler lors de la Super Pole.

À ce petit jeu, 4 sim-racers se sont invités au sommet... et un seul pilote professionnel, en la personne de Felix Rosenqvist. Le pilote Mahindra a sauvé l'honneur de ses camarades en terminant en deuxième place de ces Qualifications, à deux dixièmes de la pole, réalisée par le jeune Hollandais Bono Huis (22 ans, évoluant quant à lui pour le Faraday Future Dragon Racing).

Derrière, une course inédite de qualifications a départagé les 20 pilotes les plus lents de la séance qualificative, entre la 11e place et la 30e place. Il convenait effectivement d'éliminer les 10 derniers pilotes, afin de former le gratin de 20 pilotes participant à l'eRace de Las Vegas. Parmi eux, on retrouva 1 pilote sim-racer (Petar Brljak )... et les 19 pilotes restant du plateau de la Formule E ! Toutefois, la claque n'était pas si énorme puisque José Maria Lopez, onzième et premier éliminé, avait échoué à cinq centièmes de Aleksi Elomaa, 10e et dernier pilote sim-racer qualifié pour la grande Finale.

Disputée sur 14 tours, la course qualificative a été remportée par le Portugais Antonio Felix da Costa (Andretti Formula E) devant José Maria Lopez (DS Virgin Racing) et l'autre pensionnaire Andretti, Robin Frijns. Les autres pilotes ayant validé leur ticket furent les suivants: Nelson Piquet Jr. (NEXTEV), Sam Bird (DS Virgin Racing), Mitch Evans (Panasonic Jaguar Racing), Sébastien Buemi (Renault e.dams) ainsi que les deux pilotes Abt Schaeffler Audi Sport Lucas di et Daniel Abt (ABT Schaeffler Audi Sport) pour compléter le tableau.

Retour sur la course : le sim-racer Bono Huis vainqueur sur tapis vert !

Tout était en place pour la grande course virtuelle, courue cette fois en 28 tours, avec un arrêt aux stands obligatoire d'au moins 30 secondes, pour coller au plus près de la réalité.

Malheureusement, cette course a été entachée d'une polémique. Initialement vainqueur, Olli Pahkala a reçu une pénalité de 12 secondes, par la faute d'une utilisation excessive du Fan Boost. Étonnamment, le Finlandais évoluant pour le compte de Mahindra a utilisé le Fan Boost... pendant six tours, soit bien au-delà de la limite autorisée ! Ce boost lui a permis de trouver la vitesse nécessaire pour devancer Bono Huis, en tête de la course avant son passage réglementaire aux stands, réalisée dans les derniers tours de l'épreuve.

Après coup, le jeune Néerlandais a été officiellement déclaré vainqueur de cet eRace de Las Vegas. Il remporta la somme maximale de 200 000 dollars. Deuxième, Felix Rosenqvist confirma sa brillante qualification en évoluant la totalité de la course à quelques encablures de Bono Huis : le Suédois a été de loin le meilleur représentant des pilotes professionnels. Olli Pahkala retomba quant à lui en troisième position mais complète quand même le podium. La suite du top 10 se décomposa de trois autres sim-racers devant quatre pilotes professionnels :
4-Enzo Bonito
5-Aleksi Uusi-Jaakola
6-Gregger Huttu
7-José Maria Lopez
8-Sam Bird
9-Daniel Abt
10-Nelson Piquet Jr
11-Sébastien Buemi

Assez calme, cette course a toutefois été marquée par un gros crash (que nous aurons l'occasion de détailler quelques lignes plus loin) et impliquant trois pilotes, tous sim-racers : Graham Carroll, Aleksi Uusi-Jaakola et David Greco. Des images spectaculaires mais évidemment sans conséquences pour l'intégrité physique des pilotes. Pour se consoler, David Greco aura quand même empoché les 10 000 dollars du pilote ayant réalisé le meilleur tour.


Une configuration technique à revoir, un show bien présenté !

Cette course innovante s'est bel et bien inscrite dans la stratégie globale que connait la Formule E depuis son lancement en septembre 2014. Après avoir rodé l'expérience dans les courses qualificatives au sein des eVillage, cet événement a pris une toute autre ampleur de par son importance, au sein d'un grand salon d'innovation ; et aussi par les sommes mises en jeu.

Retransmis en streaming sur le site officiel de la Formule E via la plateforme Twitch, la course a permis de valoriser des artistes jusque là peu connus du grand public. Elle mit aussi en lumière les différences entre les deux catégories de pilotes. Les pilotes professionnels ont du cravacher pour s'accrocher aux basques des meilleurs, même si, outre la deuxième place de Rosenqvist, on nota la belle course de José Maria Lopez à la lutte en fin de course avec Gregger Huttu. La majorité des pilotes du plateau de Formule E s'est pris au jeu et les chronos furent tout à fait respectables.

Du point de vue de la présentation, on saluera la mise en scène de l’événement, retransmis et commenté comme une vraie course.

Toutefois, on pourra regretter la qualité graphique du jeu rFactor 2, qui ne fut pas exceptionnelle, loin s'en faut. Dès lors, la course était surtout captivante par la tension dégagée et non par la beauté des voitures et des décors modélisés. Dans cette optique, le réalisme ne s'est pas du tout fait sentir au moment des accrochages, avec des voitures traversant comme des fantômes les barrières pour revenir par magie sur la piste.


Ou bien encore lors des arrêts aux stands : aucun mécanicien n'a été modélisé pour l'occasion et le changement de voiture n'a même pas été représenté !

De plus, des problèmes de configuration technique ont émaillé les deux courses. Jérôme d'Ambrosio dans la course qualificative comme Lucas di Grassi avant l'eRace n'ont même pas pu défendre leurs chances ! A cet égard, l'eRace a d'ailleurs été reportée de quelques minutes, ce qui a causé quelques moments de flottement dans la réalisation. Tout cela fait un peu tâche pour une course se voulant être l'étendard de la communauté automobile de l'eSports. Des fautes qui n'ont d'ailleurs pas manquées d'être relevées, notamment sur Twitter et le chat du live. Nous étions ici encore très loin des shows proposés par les jeux stars de l'eSport : League of Legend et Starcraft. Dans une moindre mesure, il y aura également du chemin à parcourir pour rattraper FIFA, qui organise depuis quelques années déjà une Coupe du Monde interactive.

Cependant, ces réactions sont aussi la marque d'un débat qui place la Formule E en tant qu'acteur de la révolution des sports mécaniques. Et au-delà des problèmes rencontrés à Las Vegas, la série créée par Alejandro Agag doit continuer dans ce sens. L'eSport est une discipline en plein essor et le sim-racing mérite d'y figurer en son sein. La discipline 100% électrique est donc la pionnière d'une noble cause : rapprocher ces deux mondes de la course automobile et donner l'exposition que le sim-racing mérite.


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