France - Dossier : Les circuits français qui ont accueilli la Formule 1

Au calendrier depuis la création du Championnat du monde en 1950, le Grand Prix de France s'est tenu sur pas moins de sept circuits différents en cinquante-huit éditions avant sa disparition en 2008. L'édition manquante à l'appel est celle de 1955, annulée suite à l'accident des 24h du Mans qui coûta la vie à Pierre Levegh, ainsi qu'a plus de 80 spectateurs. Après dix ans absence, la Formule 1 revient en France sur un circuit qu'elle a déjà parcouru sur plusieurs configurations, le Paul Ricard ou Circuit du Castellet.

Depuis la naissance de l'industrie automobile, la France entretient un lien très étroit avec le monde de la course. Les constructeurs veulent faire montre de leur performance et utiliser ces exploits comme outil marketing. Des courses sont organisées dès la création de l'Automobile club de France en 1895 mais la première frappée du sceau "Grand Prix de France" se tient en 1906 et est aussi le tout premier Grand Prix automobile de l'histoire.

En 1950, le Championnat du monde de Formule 1 est créé et la France fait partie des sept pays qui accueillent la discipline. Au sein d'un calendrier qui s'étale de mai à septembre, le circuit de Reims-Gueux joue des coudes avec les mythiques Monza, Spa-Francorchamps et Indianapolis entre autres.

Reims-Gueux

Le premier du nom

Pour la première édition du Grand Prix de France sous la bannière du championnat du monde de Formule , la France choisit le circuit de Reims-Gueux, un tracé routier fermé au public, populaire parmi les pilotes. D'une configuration plus que triviale, le tracé de forme triangulaire ne comporte que trois virages à angles élevés qui séparent des portions droites permettant de hautes vitesses.

Le circuit mesure 7,816km et lors de la course, les pilotes doivent boucler 64 tours. Lors de la première édition, Juan Manuel Fangio remporte la course au volant de son Alfa Romeo 158, il était également l'auteur de la pole en 2:30.6.

Extrait du Jeux F1 2013
L'héritier
En 1952, alors que le Grand Prix de France est déplacé à Rouen-les-Essarts, le tracé de Reims est modifié pour éviter la commune de Gueux. L'année suivante Reims retrouve l'organisation et modifie à nouveau son tracé pour ajouter de la distance. Supprimer le passage par Gueux avait ramené la longueur du circuit à 7,198, cette nouvelle portion portait maintenant la longueur à 8,347km.

Lors de l'édition de 1953, le Britannique Mike Hawthorn s'imposa au volant d'une Ferrari 500 juste devant Fangio et Gonzalez sur Maserati, respectivement à 1s et 1,4s. Alberto Ascari était en pole mais ne termina que 4ème au prix d'une bataille féroce avec les pilotes Maserati, Mike Hawthorn lui ne partait que 7ème.

L'héritier spolié de 45 mètres

En 1954, une dernière modification est opérée. Le virage Thillois - dernier du tracé - est déplacé de façon à éviter le rond-point qui joint la RN31 et la D27. Il est désormais moins serré et ramène la longueur du circuit à 8,302km. Le circuit de Reims a accueilli la Formule 1 jusqu'en 1966.

Faits marquants

- Juan Manuel Fangio est le recordman de victoires à Reims avec 3 victoires
- 1ère victoire pour Mercedes-Benz en tant que constructeur (Juan Manuel Fangio en 1954)
- Lors de l'édition de 1958, Mike Hawthorn (leader) refusa de prendre un tour à Juan Manuel Fangio (4ème), déclarant : « On ne prend pas un tour à cet homme-là ».
- 1ère victoire d'un pilote au volant d'une monoplace de sa conception (Jack Brabham sur Brabham-Repco en 1966)

Rouen-les-Essarts
Extrait du Jeux F1 2013
L'original
Construit en 1950 sur route publique, le circuit offre des infrastructures modernes et plait aux pilotes. La configuration première de 5,100km de long comporte onze virages dont une épingle pavée. Le tracé emprunte la D132 et la D938, au sud de Rouen, proche de la commune des Essarts.
Après deux éditions à Reims, le Grand Prix de France fait escale à Rouen en 1952. En grande forme après sa large victoire à Spa deux semaines plus tôt, Alberto Ascari survole également la concurrence sur les routes de Rouen-les-Essarts. Au volant de sa Ferrari 500 il réalise le Grand Chelem.
© Getty Images

La version plus copieuse

En 1955 le tracé subit une lourde modification, avec des travaux corrigeant l'actuel parcours tout en ajoutant 1,442km de nouvelles portions, portant sa longueur à 6,542km. Le nouveau circuit compte désormais treize virages. Sur cette nouvelle configuration, le circuit accueilli quatre éditions du Grand Prix de France, en 1957, 1962, 1964 et 1968.

La dernière édition en 1968 est marquée par la domination de Jacky Ickx en course - sous la pluie - alors que la pole était revenue à Jochen Rindt. Cette victoire au volant de la Ferrari 312 est la première pour le cheval cabré après l'accident mortel de Lorenzo Bandini à Monaco l'année passée.

Faits marquants

- Dan Gurney est le seul pilote à s'être imposé deux fois et avec deux marques (Porsche et Brabham-Climax)
- 1ère et unique victoire de Porsche en tant que constructeur et motoriste (Dan Gurney en 1962)
- 1ère victoire de Brabham en tant que constructeur (Dan Gurney en 1964)
- 1ère victoire d'un pilote belge en Formule 1 (Jacky Ickx en 1968)
- Jo Schlesser est victime d'un accident mortel en course lors de la dernière édition en 1968, au volant de la Honda RA302 que John Surtees avait refusé de piloter car pas assez fiable selon lui.

Charade
Extrait du Jeux F1 2013
Le trouble
Face aux configurations simples de Reims et Rouen-les-Essarts, l'Association sportive de l'Automobile club d'Auvergne se met en tête de créer un circuit typé montagne reprenant des routes publiques. Situé à l'Ouest de Clermont-Ferrand, un ensemble de routes entre les hameaux de Thèdes et de Charade est choisi pour ce circuit atypique.
La situation montagneuse rend difficile l'établissement de stands et de paddocks, le choix est donc fait de construire une route sur un terrain préparé, pour accueillir les infrastructures. Pour renforcer le dispositif, les routes publiques utilisées sont élargies et resurfacées.
© The Klemantaski Collection

Ce grand circuit atteint 8,055km de long et comporte pas moins de 52 virages. Il est utilisé par les F1 dès 1965 et séduit par sa situation et son caractère. Au terme des 40 tours de course c'est Jim Clark qui s'impose au volant de sa Lotus-Climax 33 et remporte sa 4e victoire en 5 courses cette saison. Après 1965 Charade accueille à nouveau le Grand Prix de France en 1969, 1970 et 1972.

Faits marquants

- Jackie Stewart s'est imposé par deux fois sur les quatre éditions du Grand Prix de France à Charade
- Le film Grand Prix y est en partie tourné en 1966
- En 1970 la course devait se tenir à Albi mais le circuit tarnais n'a pas réuni les moyens financiers nécessaires
- Lors de l'édition de 1972, Helmut Marko reçoit une des nombreuses pierres qui jonchaient la piste en plein visage, cet accident lui fait perdre son œil gauche, met fin à sa carrière et précipite la fin de Charade en Formule 1.

Circuit Bugatti
Extrait du Jeux F1 2013
Le mauvais gendre
Alors que le circuit de Reims ne séduit plus, l'Automobile club de l'Ouest se propose d'organiser le Grand Prix de France de 1967. L'ACO, propriétaire du circuit du Mans, avait fait construire en 1965 une piste d'école de pilotage utilisant une partie du circuit des 24 heures.
Long de 4,4km, le circuit Bugatti est le premier circuit permanent à accueillir le Grand Prix de France et il en subit les conséquences. Son tracé est jugé trop plat et peu intéressant. Les essais ne convainquent pas et sur la grille de départ, les quinze monoplaces font maigres sur les cinquante-cinq places disponibles. Les tribunes prévues pour le grand rendez-vous des 24 heures paraissent aussi démesurées pour le public de la F1. (ndlr, 200 000 places pour 20 000 spectateurs venus assistés à la course)
© LAT Photographic

Circuit Paul Ricard
Extrait du Jeux F1 2013
L'éternel
Les années 1970 marquent le renouveau des circuits en Formule 1, les circuits routiers disparaissent au profit des circuits permanents. Un grand projet naît au milieu des années 1960 dans la tête d'un entrepreneur français, Paul Ricard. Le chef d'entreprise de la marque éponyme décide de construire un circuit automobile sur le site de l'aérodrome qu'il a fait réaliser en 1962.
A son inauguration en 1970, le tracé est déjà proche de l'actuel. Le dessin est plus brute mais les virages sont presque tous là, la chicane dans la ligne droite du Mistral n'existe pas. Dix virages le composent, pour une longueur totale de 5,810km. La course se déroule sur 55 tours et Jackie Stewart remporte la première édition en 1971.
© Var-matin

Le tronqué

Après une alternance entre 1973 et 1984 avec Dijon-Prenois, le Paul Ricard récupère l'organisation du Grand Prix de France pour six ans suite à la mise en place d'un système de bail par la FISA (ndlr, Fédération internationale du sport automobile, entité à laquelle la FIA délègue l'organisation des courses automobiles).

En 1986, le pilote italien Elio De Angelis est victime d'un accident à haute vitesse dans les esses de la Verrière lors d'essais privés organisés par son équipe Brabham-BMW. Retourné sur l'arceau de toit, il est prisonnier à bord d'une voiture qui commence à prendre feu. Son décès est annoncé le lendemain, à l'hôpital de la Timone à Marseille.

Alors que le circuit était réputé pour ses infrastructures modernes et sa sécurité, cet accident remet en question la partie Nord du circuit. De 1986 à 1990 pour sa dernière édition, les Formules 1 ne remettent pas les roues sur la moitié Nord, les Esses de l'école sont utilisés pour rejoindre la ligne droite du Mistral juste après la sortie des stands. Nigel Mansell et Alain Prost sont les seuls à s'être imposés sur cette configuration.

Faits marquants

- Alain Prost s'est imposé avec trois constructeurs différents (Renault, McLaren-Honda, Ferrari)
Il est aussi le recordman de victoires avec quatre succès
- La victoire de Nelson Piquet en 1985 est la dernière pour Brabham en tant que constructeur
- 1er départ pour Jean Alesi en 1989, il termine 4ème.
- 100ème victoire de Ferrari en tant que constructeur et motoriste (victoire d'Alain Prost)
- Il est le circuit avec la plus grande longévité au calendrier (19 ans entre 1971 et 1990)

Dijon-Prenois
Extrait du Jeux F1 2013
Le rapide
Comme Charade, Bugatti et le Castellet avant lui, Dijon-Prenois est un projet de circuit automobile de plus qui naît dans la seconde moitié des années 1960. Comme son frère varois, Prenois est un circuit permanent voulu par un entrepreneur, François Chambelland et dessiné en collaboration avec des grands noms français du sport, François Cevert et Jean-Pierre Beltoise (ndlr, Beltoise a travaillé avec Henri Pescarolo pour le dessin du Paul Ricard).

Son dessin simple, composé de huit virages plutôt ouverts en font le circuit le plus rapide jamais présenté au calendrier, avec une longueur totale de 3,289km. Le temps de la pole position réalisé par Niki Lauda en 1974 lors de la première édition est le record de la piste 0:58.79.

Le délaissé

Jugé trop court et trop rapide, le circuit subit une modification majeure entre 1975 et 1976, avec la création d'une extension avec une épingle ouverte en montée, la Parabolique. Ces travaux portent la longueur du tracé à 3,801km mais le nombre de tours à parcourir en couse reste inchangé, avec 80 boucles.

Depuis 1974, Prenois organisait en alternance le Grand Prix de France avec le Paul Ricard, mais le changement de la politique d'attribution des Grands Prix par la FIA pousse le circuit bourguignon à la retraite. Le circuit qui a vu la naissance de Renault en Formule 1 tire sa révérence au profit du Castellet.

Faits marquants

- Pole position la plus rapide de l'histoire en 0:58.79 par Niki Lauda en 1974 (version sans Parabolique)
- 1ère victoire pour Renault en tant que constructeur et motoriste en 1979 (1ère victoire de Jean-Pierre Jabouille)
- 1ère victoire d'un moteur turbocompressé (1979)
- 1ère victoire d'Alain Prost en 1981
- Théâtre de la mythique bataille entre Gilles Villeneuve et René Arnoux pour la deuxième place en 1979
- Le circuit a aussi accueilli le Grand Prix de Suisse de Formule 1 en 1982
-Seul circuit où aucun pilote ne s'est imposé deux fois (excepté le circuit Bugatti avec une seule édition)

Nevers Magny-Cours
Extrait du Jeux F1 2013
Le géant aux poches percées
Dernier né des circuits français ayant organisé le Grand Prix de France, il est aussi celui à la longévité la plus importante. Le circuit de Nevers Magny-Cours compte dix-huit éditions à son actif, consécutives de surcroît. Le tracé nivernais doit son existence et aussi sa présence au calendrier, à la volonté de François Mitterrand, président de la République à ce moment en 1986. Alors même que le Paul Ricard organisait sa deuxième édition consécutive sur les six que constituait l'appel d'offre de la FISA, le président français prévoyait déjà un successeur au circuit varois.

© Getty Images

Le circuit est construit en 1988 et reçoit le bail de la FISA pour accueillir la F1 de 1991 à 1995. Les baux sont renouvelés à plusieurs reprises pour cumuler dix-huit années, non sans frayeur. L'organisation du Grand Prix de France est remise en question dès 2004 en raison de la fragilité financière de la structure mais Magny-Cours reste au calendrier. En 2007, l'incertitude se refait insistante, les critiques sur la situation géographique du circuit s'ajoutant à son équilibre financier précaire. L'édition 2008 se tient mais restera à jamais la dernière.

Faits marquants

- Michael Schumacher est le recordman de victoires avec huit succès
Il est aussi le seul à s'être imposé plus d'une fois à Magny-Cours et avec deux constructeurs différents (Benetton et Ferrari)
- 1ère et unique pole position pour l'écurie Stewart en 1999 avec Rubens Barrichello
- 50ème victoire de Michael Schumacher en 2001
- Titre de champion Pilotes gagné le plus prématurément en cours de saison en 2002 par Michael Schumacher, son 5ème (il restait six Grands Prix à disputer)
- En 2006, Juan Pablo Montoya est débarqué par McLaren qui donne son baquet à Pedro de la Rosa suite à l'annonce du départ pour la Nascar du Colombien à l'issue de la saison

Les statistiques du Grand Prix de France

- Michael Schumacher détient le record de victoires avec 8 succès à Magny-Cours
- Ferrari est l'écurie qui s'est le plus imposée avec 17 succès
- Alain Prost a été victorieux sur quatre des sept circuits qui ont accueilli le Grand Prix de France. Il détient aussi la plus grande série de victoires consécutives (1988,1989,1990)
- En 1982, les Français réalisent un quadruplé historique avec la victoire de René Arnoux, suivi par Alain Prost, Didier Pironi et Patrick Tambay
- Le Grand Prix de France est celui qui a été disputé sur le plus de circuits différents avec 7 tracés, talonné par les Etats-Unis avec 6 tracés
- Il est le premier des Grands Prix a fêté son centenaire lors de l'éditions de 2006

Publié le 18/06/2018 à 13:13:21.

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