F1 - La 25ème transcendante : Alain Prost, Australie 1986

F1 - La 25ème transcendante : Alain Prost, Australie 1986

Pour célébrer le 25ème succès de Lewis Hamilton lors du Grand Prix de Chine, Fan-F1 vous propose un dossier spécial sur les 25ème victoires des pilotes qui sont entrés dans la légende. Quatrième numéro : Alain Prost, et sa victoire à Adelaïde en 1986.      8 réactions

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© LAT Williams - Senna, Prost, Mansell et Piquet. Les 4 prétendants au titre lors de l'antépénultième course de la saison 1986
© LAT Williams - Senna, Prost, Mansell et Piquet. Les 4 prétendants au titre lors de l'antépénultième course de la saison 1986
Cette course rocambolesque a offerte au “professeur” son deuxième titre consécutif, grâce à une bonne stratégie, au dévouement de son équipier… et une petite aide de madame la chance.

Le contexte

Alain Prost est l’homme à battre sur sa McLaren MP4/2C. Il est champion en titre sur la version 2B, au volant de laquelle Niki Lauda a décroché sa 25ème et dernière victoire. Elles sont dessinées par John Barnard et développées par ce même Lauda, dont le style de pilotage est très proche du Français.
La voiture est très efficace, malgré un moteur TAG-Porsche moins puissant que la concurrence. Le V6 turbo allemand ne fait “que” 850 chevaux en course et 1200 chevaux en qualification.

Lauda, parti en retraite, laisse son baquet à Keke Rosberg (le père de Nico), champion du monde 1982. Malheureusement la McLaren ne correspond pas au pilotage du Finlandais. Il est un “freine-tard” et jette la voiture en entrée de virage alors que Prost est plus doux avec le volant et plus léger du pied droit : la consommation d’essence est un problème récurrent lors de la saison 1986.

La saison débute bien pour Prost mais la Williams-Honda de Nigel Mansell et Nelson Piquet est redoutable. Les deux écuries se partagent la quasi totalité des victoires. A l’abord de l’ultime Grand Prix, en Australie, Mansell a seulement besoin de terminer sur le podium pour être champion. Piquet et Prost sont condamnés à gagner en espérant un problème pour l’Anglais.


La course

Sur la grille de départ du circuit urbain d’Adélaïde, Mansell est en pole devant son coéquipier et adversaire pour le titre, le brésilien Nelson Piquet. Senna est 3ème, Prost 4ème (il concède 1,2 sec en qualification) et Rosberg seulement 7ème.
Tout s’annonce bien pour Mansell, mais McLaren et ses deux pilotes mettent en place une stratégie en secret. Toutes les écuries savent que les pilotes ont peu de chance de terminer la course avec les mêmes trains de pneus, le manufacturier Goodyear ayant émit une réserve à ce propos. Les prétendants au titre sont confrontés à un dilemme : attaquer pour gagner et effectuer un arrêt (d’environ 17 secondes d’immobilisation) pour changer les pneus ou gérer pour ne pas s'arrêter.
Mais Rosberg, seulement 6ème au championnat, n’a pas cette obligation de résultat. Il a donc choisi de sacrifier sa course, pour le bien de son coéquipier, en attaquant au maximum afin d’amener les Williams à la faute ou à la rupture mécanique.


© pilosella.altervista.org
Dès le départ, le Champion du monde 1982 attaque comme un damné et pousse sa McLaren-Porsche dans ses retranchements. Il se retrouve en tête dès le 7ème tour et emmène avec lui les prétendants au titre. Piquet fait un tête-à-queue mais repart rapidement.
Un évènement imprévu va privilégier Alain Prost. Une crevaison l’amène à passer aux stands plus tôt que prévu, au 34ème tour. Après son changement de roues, Goodyear revient sur sa prédiction et annonce aux écuries que les pneumatiques sont moins sollicités que prévu. Les 82 tours sont atteignables.
Williams change sa stratégie et laisse ses voitures en piste. La chasse au Finlandais continue, afin d’empêcher la McLaren de grappiller des points qui pourraient profiter à Prost en fin de course.

A 20 tours de l’arrivée le destin joue encore un de ses tours de loterie. Au 62ème passage Rosberg crève à l’arrière et se range sur le coté de la piste. Calme, en sortant de sa voiture, il fait un signe d’encouragement en levant le pouce au passage de la voiture d’Alain Prost. Suite à cet incident, Williams s’empresse de rappeler ses voitures, mais Mansell n’atteindra pas son box. Son pneu arrière gauche éclate le tour suivant, en pleine ligne droite. Malgré un contrôle magistral, sa monoplace finie contre le mur de l’échappatoire.

Nelson Piquet s’arrête aussitôt, chausse donc de nouvelles gommes et repart à la poursuite du Français qui est passé. Ils sont tous les deux dans l’obligation de terminer devant l’autre. Piquet profite de ses pneus neufs pour revenir comme une fusée sur Prost, en mode économie d’essence. Au bout du suspense, c’est finalement le pilote McLaren qui passe la ligne d’arrivée en vainqueur et en champion, avec 4,2 secondes d’avance sur le Brésilien et 1 tour d’avance sur le reste de la meute. Il est tellement juste en essence qu’il doit arrêter sa voiture dans le tour d'honneur.

Il devient ainsi le quatrième pilote à remporter deux championnats consécutifs, après Alberto Ascari (1952-1953), Juan Manuel Fangio (1954-1955) et Jack Brabham (1959-1960).


L’après…

Alain Prost dira par la suite que 1986 était sa meilleure année en Formule 1 ;celle pendant laquelle il a pris le plus de plaisir. Il bénéficiait d’une voiture performante, d’une bonne relation avec l’équipe et surtout… d’une bonne relation avec son coéquipier.
Si 1987 est une année à oublier pour l’écurie anglaise, 1988 voit l’arrivée de Honda (championne en titre avec Williams et Piquet) et du prometteur Ayrton Senna… grâce au soutien d’Alain Prost ! On connaît la suite de la relation entre les deux champions.

Prost glanera deux autres titres : en 1989 face à Senna et en 1993 sur Williams-Renault face à… personne. Cette Williams était bien plus avancée technologiquement que la concurrence, notamment la suspension active, interdite depuis. Ce sera, comble d’un pilote à son apogée, l’année ou il se sera le plus ennuyé, perdant sa motivation en cours de saison. Il n’aura jamais de bon feeling avec cette voiture bardée d'électronique dont il ne comprend pas les réglages, lui, le professeur, expert en mise au point.
Au moment de sa retraite, fin 1993, Alain Prost détiendra de nombreux records que seul Michael Schumacher battra (nombre de victoires, de podiums et de records du tour).




Retrouvez les autres articles de ce dossier :
La 25ème scintillante : Jim Clark, Afrique du Sud 1968
La 25ème reluisante : Jackie Stewart, Monaco 1973
La 25ème vieillissante : Niki Lauda, Pays-Bas 1985


Histoire
     8 réactions

    Aifaim, 28 Apr. 2014, 17:42

    Mikaël, ligne 3 du texte : dévouement et non dévotion. Prost n'était pas un Dieu pour Rosberg ...


    Aifaim, 28 Apr. 2014, 18:02

    Comment ne pas se souvenir de ce dernier grand prix de la saison 1986 ? Avant le départ, la question était : Mansell ou Piquet ? tant les qualités de puissance de la Williams laissaient peu de chances à Prost de s'imposer. Ceux qui ont vu la course en direct doivent se souvenir encore de l'explosion du pneu de Mansell et dans la foulée le - prudent - passage par le stand de Piquet qui entérinait la victoire de Prost. Bien sûr, cet épisode mémorable est sur You Tube.


    ayenge1, 28 Apr. 2014, 23:56

    Ah... Alain,.. au est ce que tu manques à la F1. pour moi tu resteras le plus grand. Quand on regarde le calibre des pilotes q tu as du affronter et souvent même comme coéquipiers.... tes 4 titres (sans parler de ceux au on ta volé en 83 et en 90) vallent bien plus q les 7 de schumi et les 4 de vettel réunis. Chapeau encore à toi l'artiste.


    alpi, 30 Apr. 2014, 15:09

    Perso, le suspens a fait que j'ai coupé la TV pendant les 10 derniers tours tellement je redoutais une casse mécanique de Prost. Un des plus beaux souvenirs de F1 (le plus beau ?) et de sport en général. Quel GP ! Si on avait droit à autant de dépassements, de grands pilotes, de suspens, de tactiques et de rebondissements les dimanches de GP, la F1 serait belle... Il est vrai que les pilotes d'aujourd'hui ont beaucoup moins de charisme et ils pensent plus à appuyer sur des boutons que sur la pédale d'accélérateur. la voiture les conduit autant qu'ils la conduisent. tant que tonton Bernie s'est met plein les fouilles et que le fisc lui fait un abattement d'1.2milliards de livres, tout va bien... Au final, c'est bien là le seul but : faire du fric en prenant pour prétexte des bolides qui tournent en rond... Cela s'appelle "vendre du temps de cerveau disponible" !


    Aifaim, 30 Apr. 2014, 18:33

    Alpi@, à cette époque, il y avait des grands prix magnifiques, avec suspens et rebondissements comme celui-là mais aussi des courses sinon ennuyeuses du moins moins exaltantes. J'ai regardé in extenso une des "25ème" de cette série. Eh bien, franchement, c'était un long fleuve tranquille. Mon plus beau souvenir en Formule 1 est un peu plus ancien, c'est la victoire de Jean-Pierre Beltoise, sous la pluie, à Monaco.


    alpi, 30 Apr. 2014, 19:01

    @Aifaim, Oui, les courses ennuyeuses ont toujours existé. La différence est surtout dans le rôle du pilote ama. En 1986, je pense que les pilotes passaient encore les vitesses avec un levier et si la voiture était très importante, la qualité du pilote était plus déterminante qu'aujourd'hui. C'est une des raisons qu'il est impossible de comparer les pilotes d'époques différentes. Qu'aurait valu un Vettel dans les années 80 et un Senna aujourd'hui ? Impossible à dire. Ils auraient surement fait partie des très bons pilotes mais quand on voit le mal de Vettel vs son coéquipier cette année, on constate que l'adaptation d'un pilote à sa monoplace est aléatoire, tout comme Senna avec la Williams en 1994...


    Aifaim, 30 Apr. 2014, 20:37

    Tout à fait d'accord, Alpi@ ! Comparer le talent des pilotes à travers les âges - pour quoi faire, au fait ? - est totalement absurde. Les technologies évoluent et c'est normal : Les freins à disque, la direction assistée, les suspensions, les pneus, les boîtes synchronisées etc ... Il y a bien longtemps qu'un pilote a terminé le GP de Monaco avec la paume des mains en sang. est-ce pour autant que les dernières générations sont méprisables ? Est-ce qu'un journaliste tapant sur son clavier est moins bon que celui qui ne disposait que d'un stylo bille ? C'est aussi délirant que d'inventer une Formule 1, je sais pas, moi ... Tiens ! Au Moyen-Age, avec des chevaux carburant à l'avoine ! Loufoque ! Ce n'est pas sur un site sérieux comme Fan-F1 qu'on verrait ça !


    lancêtre, 30 Apr. 2014, 20:49

    La "Rosalie citröen " de mon arrière grand père est mieux construite que les voitures actuelles. Et la 202 Peugeot est plus solide que la 404 peugeot Cassius Clay alias Muhamad Ali est le meilleur poids lourd devant Taizon La concorde vole mieux que l'airbus 380


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