Niki Lauda - Un ordinateur toujours à jour
L'Autrichien a écrit la légende de la F1
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Niki Lauda - Un ordinateur toujours à jour

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L'Autrichien a écrit la légende de la F1

C’était l’un des plus grands pilotes de sa génération. Niki Lauda a marqué la Formule 1 de son empreinte de par ses 3 titres mondiaux, mais également à cause de son grave accident survenu durant le GP d’Allemagne 1976. Motors Inside revient aujourd’hui sur la carrière de celui que l’on surnomme « l’ordinateur ».

Fils d’une riche famille autrichienne, il se met à dos son père et son grand-père car selon eux, le sport automobile n’est pas digne de leur famille. Il coupe alors les liens avec une bonne partie de son entourage et se paye plusieurs voitures, grâce au soutien de sa grand-mère, pour participer à des courses de côte.

Par la suite, il utilise son état civil réputé en Autriche pour emprunter de l’argent à des banques, pour payer sa place et courir dans la catégorie reine du sport automobile. Il rentre en F1 au sein de l’écurie March, lors du Grand Prix d’Autriche 1971. Il est englouti au milieu du peloton dans un anonymat total et avec un des meilleurs pilotes des années 1970, Ronnie Peterson, qui le domine.

En 1973, il signe chez BRM en payant, une nouvelle fois son volant. Les résultats ne sont toujours pas là, il croule sous les dettes et ne peut plus rembourser ses nombreux prêts pour assouvir sa passion. Lors de cette saison, un événement majeur va faire changer la situation de l’Autrichien. Lors du Grand Prix de Monaco, il reste à la 3ème place un long moment avant de devoir abandonner pour problème mécanique. Il devient alors un pilote payé et commence alors à rembourser son dû et est remarqué par Enzo Ferrari, qui l’engage pour 1974.

Un régleur hors pair



Dans son autobiographie, il explique que lors des essais de pré-saison 1974, sa Ferrari est nulle au vu des moyens que dispose la Scuderia. L’Autrichien déclare à l’ingénieur en chef de Ferrari, Mauro Forghieri que « la voiture sous-vire et ne prend aucun virage ».

« Il Commendatore » lui lance alors un ultimatum. Lauda doit alors trouver ce qu’il ne va pas sur la monoplace et rouler 2 secondes plus vite la semaine suivante, sinon il est viré. Après une série de tests, il parvient à améliorer la Ferrari qui est métamorphosée, Lauda a fait du génie. Ses modifications s’avèrent payantes car il remporte deux victoires aux Pays-Bas et en Espagne. L'Autrichien impressionne par rapidité et sa maitrise de course, ce qui lui vaut le surnom de « L'ordinateur ».

Cependant, le pilote Ferrari n’aime pas qu’on l’appelle ainsi car il estime être un homme normal, comme il l’avoue à Jacques Deschenaux lors d’une interview en 1982.

« Je n’ai ni prise, ni fusible, je suis un homme normal. Mais la course est un métier très difficile et il faut être dans un premier lieu être un homme très organisé, sans quoi vous n’arriverez à rien. Il faut travailler de façon méthodique, surtout quand il s’agit de résoudre les problèmes mécaniques et techniques de la voiture. Et à ceux qui me traitent d’ordinateur, je leur réponds que je ne fais que travailler logiquement. »

En 1974, il est considéré comme prétendant au titre, mais il connaît quelques contretemps en milieu de saison à cause d’une série de problèmes mécaniques et des fautes de pilotage, qui lui sont reprochées. Il finit tout de fois le championnat à la 4ème place, un résultat de bon augure pour les prochaines saisons.

La domination



En 1975, Lauda réalise un début de saison peu convaincant, il ne figure sur aucun des podiums au cours des quatre premiers Grand Prix. En Espagne, à Montjuich, il refuse de prendre part aux essais tant que les barrières de sécurité ne sont pas correctement installées. La course tournera court car il ne termine pas le premier tour, victime d'un accident.

À Monaco, Lauda est de retour aux avant-postes, il réalise la pole position et ne lâche pas la tête de toute la course. Il gagne ensuite les courses en Belgique et en Suède.

Au Grand Prix de Zandvoort, la plus belle des rivalités naît entre Lauda et son ami James Hunt. Toute la course, les deux se sont battu pour la victoire, mais le Britannique est le premier à franchir la ligne d’arrivée qui s’impose pour la première fois de sa carrière.

En Allemagne, il réalise un coup d’éclat. Sur le dangereux circuit du Nürburgring, il réalise la pole position en bouclant un tour du « ring » en moins de 7 minutes. Il devient le premier pilote à réaliser cette performance sur ce tracé de 22 kilomètres, mais il est surtout le seul à l’avoir réalisé.

À Monza, il termine 3ème et accumule suffisamment de points pour s’adjuger le titre de champion du monde, sur les terres de Ferrari, devant les tifosi. Lauda décroche le titre pour la Scuderia, un événement, car il ramène la couronne mondiale à Maranello, 11 ans après le dernier titre de John Surtees.

L’année d’après, Lauda domine toujours et est favori à sa propre succession. Il commence la saison par deux victoires et son rival (et ami) pour le titre, James Hunt (qui a signé chez McLaren), abandonne lors de la première course puis termine à la seconde place à Kyalami.

En Espagne, une polémique surgit. Hunt gagne mais se voit retirer sa victoire à cause d’une disqualification car son aileron est jugé trop large. Son écurie, doit modifier sa voiture et le Britannique connaît de nombreux ennuis mécaniques, ce qui profite à l’Autrichien qui s’envole au championnat.

Lauda s’impose en Belgique, à Monaco et en Grande-Bretagne, après une nouvelle disqualification du pilote McLaren. Il creuse alors l’écart au championnat à l’approche de la course en Allemagne, qui est un tournant dans cette saison 1976.

Allemagne 1976 : quand il a vu la mort de près



En arrivant en Allemagne, Lauda est dans un fauteuil, il domine le championnat à tel point qu’il a plus de 3 courses d’avance sur son poursuivant, Jody Schekter. Cependant, les conditions de piste ne sont pas idéales le dimanche, il pleut avant le départ. Lauda convoque la FIA, les pilotes et les teams pour demander l’annulation de la course. Malgré un long débat sur la sécurité, une majorité de pilotes votent pour prendre le départ.

La plupart des concurrents partent en pneus pluie et à la fin du premier tour, on assiste à une vague d’entrée aux stands car ce ne sont pas les bonnes gommes pour rouler. Déterminé, Lauda donne tout pour remonter, jusqu’à ce que dans la courbe du Bergwerk, sa suspension casse. Sa Ferrari s’en va percuter violemment le rail.

Sa voiture prend feu, Lauda est bloqué dans sa monoplace, près d’une minute plus tard, Harald Ertl, Arturio Merzario, Brett Lunger, et Guy Edwards le sortent enfin du brasier. Conscient, la première réaction de Niki est de demander l’état de son visage, avant d’être transporté d’urgence à l’hôpital car il a inhalé de dangereuses vapeurs toxiques, il a également le visage brulé

« Je ne voyais rien, j’entendais juste. Je devais être à l’hôpital. Ma femme est entrée dans la pièce où j’étais allongé et elle s’est mise à pleurer. Ça ne m’a pas aidé et je lui ai dit plus tard pourquoi as-tu pleuré ? Ça m’a fait mal. Elle m’a dit ‘Je ne t’ai reconnu qu’à tes pieds’ » cet événement est l’un des souvenirs de l’autrichien à l’hôpital. Il y reste 2 semaines, déterminé à survivre il se motive « Merde, je dois me battre pour rester en vie ».

Alors que tout le monde s’attendait à sa mort ou à ce qu’il ne puisse plus conduire, il reprend la compétition, 42 jours après son crash, à Monza où il termine à la 4ème place. Il remonte sur le podium aux États-Unis, avant la manche finale décisive pour l’attribution du titre.

Fuji : une décision controversée



Pour le dernier Grand Prix de la saison 1976, Hunt a pratiquement comblé tout son retard accumulé en début de saison. L’avant course est également marquée par une réunion des pilotes sur la possible annulation de la course à cause des fortes pluies. Le départ est tout de même donné, mais Lauda abandonne volontairement dès la fin du premier tour.

Ferrari, gêné pour lui, propose de dire à la presse que le moteur a lâché. Furieux, Lauda le fait savoir et tient à dire la vérité sur son abandon. Suite à cette action de l’Autrichien des tensions entre Ferrari et Lauda apparaissent.

Avec le champ libre, Hunt parvient à terminer troisième s’empare du titre mondial pour 1 seul point. L’Autrichien a ensuite déclaré qu’il ne regrettait pas son geste car il « préfère être en vie que champion du monde ».

La décision de Lauda d’abandonner ne fait pas l’unanimité, d’un côté, Jody Scheckter pense qu’« il faut de sacrées c******* pour prendre une telle décision. Certains pensent peut-être que c’est lâche. Je trouve que c’est l’inverse ». Quant à Jo Ramirez, ex-coordinateur pour McLaren, il n’a toujours pas digéré l’action de Niki « Aujourd’hui encore, je ne pardonnerai jamais Niki Lauda. À ce moment-là, il a pensé que c’était trop dangereux pour lui, mais il a oublié les 50 ou 60 personnes de Ferrari qui l’aident à atteindre son but. Des milliers de personnes dans toute l’Italie. Il a oublié tous ces gens ».

Relégué au second plan



En 1977, Ferrari prête désormais toute son attention à leur premier pilote Carlos Reutemann, mais Lauda fait taire les critiques et montre à la Scuderia qu’il est meilleur que l’Argentin, en le dominant toute la saison et en s’emparant du titre mondial. Il claque même la porte de l’écurie dès son titre obtenu. Vexé et en désaccord avec les actions de la Scuderia, il rompt sa promesse qui étiait de piloter le plus possible pour Ferrari et signe chez Brabham pour les prochaines saisons.

Les deux saisons passées au sein de l’écurie de Bernie Ecclestone se révèlent difficiles pour « l’ordinateur », il ne remporte que deux victoires, la voiture est peu fiable, peu performante. C’est pourquoi, il abandonne et arrête sa carrière de pilote en pleine séance d’essais du GP du Canada 1979 en déclarant qu’il « en a marre de tourner en rond sur un circuit ». Habitué aux puissants V12 de la BRM et de la Ferrari, il ne supporte pas le V8 Ford, il ne lui trouve aucun charme. L'Autrichien fait part de sa décision à Bernie Ecclestone, quitte le circuit canadien et rentre en avion chez lui. Désormais à la retraite, il se consacre à sa compagnie aérienne, Lauda Air.

Le retour, chez McLaren



Après s’être éloigné des circuits deux longues années, il devient consultant pour une chaine de télévision pour le GP d’Autriche 1981 et des liens se nouent avec le dirigeant de McLaren, Ron Dennis. Il signe un contrat pour les premières courses de la saison 1982 en guise de test. Réalisant de belles courses, avec notamment une victoire à Long Beach, son contrat est reconduit et il gagne même une deuxième fois cette année.

1983, est une saison beaucoup plus difficile, la voiture n’est pas la meilleure, il ne gagne pas une seule course. McLaren profite de cette saison pour mettre au point un tout nouveau moteur.

L’année suivante, sa monoplace est beaucoup plus compétitive, avec un nouveau moteur TAG-Porsche qui surpuissant. Les McLaren MP4/2 dominent la saison et remportent le championnat constructeur. Lauda remporte cinq courses, dont une très importante en Autriche, lui permettant de combler son retard et de décrocher la couronne mondiale, au Portugal, pour ½ point sur son coéquipier, Alain Prost. La dernière saison de l’Autrichien est anecdotique, il ne remporte qu’une seule course, aux Pays-Bas.

Toujours en Formule 1, mais dans le paddock



Il signe chez Ferrari, en tant que consultant en 1992, pour quatre saisons à la demande de Luca di Montezemolo, qui était le directeur sportif de Ferrari, à l’époque où Niki pilotait la voiture au cheval cabré. Il a joué un rôle clé dans le recrutement de Jean Todt, qui a permis à la Scuderia de gagner de nombreux titres par la suite.

En 1996, il redevient consultant pour la télévision autrichienne, avant de prendre la direction de l’écurie Jaguar Racing, de 2000 à 2002.

En 2012, Lauda signe chez Mercedes en tant que directeur non exécutif. L’Autrichien est parvenu à charmer et a permis à l’écurie allemande de recruter de Lewis Hamilton. Il a géré les pilotes de son la marque à l’étoile et notamment les tensions entre le Britannique et Nico Rosberg, qui se bataillent pour remporter le titre suprême. La rivalité entre les 2 pilotes est telle qu’ils se sont accrochés à plusieurs reprises sur la piste et que les deux anciens amis, se détestent désormais. Lauda arrivera à calmer les deux pilotes afin d’assurer la domination des flèches d’argent.

De graves problèmes de santés



En août 2018, alors en vacances à Ibiza, il est rapatrié d’urgence à Vienne à cause d’une infection pulmonaire. Il a subi une transplantation pulmonaire afin de le sauver. Avant tout cela, il avait subi plusieurs greffes de reins à cause des médicaments qu’il prenait depuis son accident au Nürburgring.

En 2019, il n’apparaît plus sur les circuits car il est trop faible et sa santé se dégrade. Sa famille annonce son décès, le 20 mai 2019, la semaine du GP de Monaco. En son honneur les écuries ont revu leurs livrées pour y intégrer un message en sa mémoire et certains pilotes ont repris le design de son fameux casque pour la course. À l’arrivée, tout le monde portait une casquette rouge, symbole de l’Autrichien.
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