Faut-il plus de constructeurs en Formule 1 ?

Lorsque l'on est fan de sport automobile, on se réjouit en principe d'un grand nombre de marques présentes, à l'heure où l'on évoque l'arrivée probable de Porsche et Audi en Formule 1. Est-ce vraiment la garantie d'une bonne santé d'un championnat ? Faut-il revenir à des équipes dites "artisanales" ? Éléments de réponse.
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Audi sera présent en WEC dès 2023 en Hypercar, tandis que son arrivée en F1 se précise...
© Pixabay / Audi sera présent en WEC dès 2023 en Hypercar, tandis que son arrivée en F1 se précise...
Depuis 2014, la Formule 1 a vu ses coûts de participation et de développement exploser. Au banc des accusés : un moteur hybride excessivement complexe doté d'une technologie ébouriffante ;des grandes équipes ne reculant devant aucune dépense pour écraser la concurrence -à hauteur de 500 millions de dollars pour Mercedes et Ferrari- et des voitures tellement pointues que certaines erreurs obligeraient à repartir d'une feuille blanche l'année suivante.

La crise économique de 2008 a fini par pousser Toyota, Honda et BMW vers la sortie fin 2009, ne laissant ensemble que Mercedes, Ferrari et Renault. Bien qu'Honda se soit (catastrophiquement) rejointe à la fête en 2015, les autres marques automobiles se sont montrées frileuses à l'idée d'un engagement en Formule 1, bien trop onéreux. Beaucoup de marques se sont plus volontiers tournées vers la Formule E, le WTCR, et le GT dans une moindre mesure.

Après tout, un nouvel arrivant en F1 aurait aujourd'hui triple peine :

-commencer un projet de zéro en ayant tout à apprendre, lorsque la concurrence aurait déjà une vallée d'avance.
-devoir choisir soit l'économie, en acceptant d'être la dernière roue du carrosse pendant une éternité ;soit dépenser par pelletées au risque de se rater et de ne pas faire long feu par manque d'expérience dans la discipline (n'est-ce pas Jaguar ?).
-pourrait mettre bien trop de temps à se hisser au niveau des meilleurs pour que l'engagement soit rentable. Le meilleur exemple est celui de Toyota : 8 saisons, 0 victoire, et ce n'était pas faute de casser la tirelire !

Force est de constater que si l'audace est une qualité, elle est accessoire en F1 si les moyens manquent. D'où la réforme du plafond budgétaire, enfin synonyme de la baisse des coûts tant demandée et espérée. Sans compter une nouvelle génération de moteurs, prévue pour 2025 voire 2026, et susceptible d'être plus intéressante pour de nouveaux constructeurs.

Un plateau avec beaucoup de marques : alléchant mais...



Si l'on fait les comptes cette année, on compte cinq constructeurs engagés à titre officiel : Mercedes, Ferrari, Renault via Alpine, Honda seulement comme motoriste et Aston Martin uniquement côté châssis. On peut y ajouter McLaren et Alfa Romeo, bien qu'elles ne soient pas des équipes d'usine à proprement parler.

Sur le papier, 7 marques automobiles sur 10 équipes, c'est plutôt intéressant ! Seulement cette présence de multiples noms n'est pas nécessairement garante d'une grosse bagarre en paquet. Preuve en est, puisque seules Red Bull, Honda par extension, et Mercedes peuvent jouer la gagne à la régulière. Les autres équipes doivent espérer des pépins à l'avant pour s'imposer, sinon finir meilleures des autres.

Un drôle de paradoxe apparaît : être en F1 est ô combien gratifiant pour une marque, de par l'exposition mondiale, les retombées médiatiques et même la synergie avec ses voitures de série. Mais si plusieurs d'entre elles ne peuvent voir la victoire que de loin, ont elles un réel intérêt sportif à être là ? Là est la question...la catégorie reine est une vitrine et même une publicité, mais si on gagne ou qu'on a à minima de bons résultats, c'est quand même mieux.

La bonne nouvelle est que, excepté Honda l'année prochaine, les autres constructeurs sont bien partis pour rester longtemps en Formule 1.

Les discussions entourant la prochaine ère moteur de 2025 comprennent même le groupe Volkswagen, à savoir Porsche et Audi. Pour ce dernier, son arrivée en F1 se fait tellement désirer qu'elle pourrait même devenir un fantasme. Une monoplace Audi, ça aurait de la gueule non ?

Ainsi, la F1 évite pour l'instant le cauchemar vécu en Endurance par le LMP1, ayant vu en cascade Nissan, Audi, et Porsche mettre les voiles, laissant Toyota seule au monde. L'ACO n'a pas tardé à réagir en faisant tout pour ramener un peu de peuple dans la nouvelle catégorie Hypercar...et ça marche à merveille, puisque 10 constructeurs se disputeront la victoire au général du Mans dès 2023 ! Et encore, on peut en attendre d'autres.

Dans le cas de la Formule 1, il était effectivement temps de se rendre plus accessible, de par un moteur moins complexe, des voitures 2022 disant adieu aux grosses pertes aéro dans les perturbations et un bien moindre investissement nécessaire, puisque que le budget sera plafonné à 135 millons de dollars d'ici 2023.

Si étaient officiellement engagées Audi, Porsche, pourquoi pas d'autres et que tous les constructeurs avaient les mêmes chances de gagner, autant dire que Drive to Survive sur Netflix serait, à côté du direct, une bien piètre publicité !

Et les équipes privées dans tout ça ?



Il ne faut pas oublier que les constructeurs automobiles n'ont pas été les seuls à faire la gloire de la Formule 1.

Si les équipes d'usine sont parfois les machines à battre, des équipes comme Cooper, Tyrell, Benetton, Williams, et Red Bull plus récemment, sont des actrices incontournables du sport. Sans elles, qui sait à quoi ressemblerait la F1, voire même le sport automobile.

Est-ce juste d'associer une majorité de teams privés à une discipline peu attirante ? Car au fond, chaque championnat de course automobile cherche a attirer le plus de marques possible. Ce fut le cas de la Formule E : la discipline 100% électrique a fait une impressionnante moisson de constructeurs en quelques années, jusqu'arriver à un plateau composé de 8 équipes d'usine l'année dernière !

Seulement, avoir tout l'un ou tout l'autre peut amener des cas particuliers :

-un championnat uniquement composé de privés ne ferait peut-être plus office de laboratoire technologique pour les voitures de série, si tant est que ces équipes ne se décident à lancer leur marque de voitures routières. En WTCR, successeur du WTCC, plus question d'avoir des équipes officielles de constructeurs : ceux-ci fournissent les voitures et tout ce qui va avec. Le reste est uniquement exploité par des équipes privées.
Ainsi, le lien entre équipes indépendantes et industrie automobile pourrait être moindre qu'entre usines et Mr et Mme Tout le Monde.

-à l'inverse, si la Formule 1 se pare d'un plateau digne d'un fantasme, à savoir uniquement des écuries officielles, ce serait tout autre chose. Ce serait une formidable cavalerie de voir des marques rivales dans l'industrie se battre au corps à corps en piste pour faire valoir leur affaire et faire rayonner leur image par la victoire -un bon dopeur de ventes.
Mais sans équipes indépendantes, un championnat pourrait prendre une tournure plus élitise, revendiquée ou non. Des constructeurs, c'est bien, mais qui ne s'est jamais amouraché d'une petite équipe réalisant un exploit ? On pense à Jordan en '98 sous la pluie Belge, ou Toro Rosso et Alpha Tauri à Monza 2008 et 2020 !

Sans indépendants, ce serait un petit peu comme une Coupe de France de football sans clubs amateurs...où serait la magie de voir un petit poucet défier les gros bras ? En sport automobile, ce pourrait être un peu pareil.

Il était courant, durant les années 30, de voir quelques artisans, petits fabricants et autres garagistes bricoler des monstres de vitesse, jusqu'à défier les Auto Union et autres Mercedes. Ce fut le cas pour le petit constructeur français Talbot devenu grand dans les années 40 !

Alors que faire et comment ?



Difficile de répondre à cette question tant il y a de paramètres à prendre en compte.

Quoi qu'il en soit, il est évident que la Formule 1, comme le DTM, l'endurance ou WRC, aurait tout à gagner à accueillir de nouveaux constructeurs automobiles. Et ce, qu'importe qu'ils produisent l'entièreté de leur voiture ou qu'ils ne soient que motoristes.

Une discipline trop onéreuse ne sera absolument pas attirante pour les grands noms du quatre roues souhaitant s'offrir une belle exposition. Jamais on n'a entendu quelqu'un monter une équipe en disant qu'il se fiche de la victoire ou de progresser, et c'est bien normal. Il était effectivement temps que la F1 prenne son problème d'attractivité à bras le corps pour devenir plus accessible.

Mais il ne faut certainement pas mettre de côté les équipes privées, tout aussi essentielles à la F1 et tout aussi capables d'aller chercher victoires et titres. Ces équipes là sont souvent nées d'un mariage romantique entre la volonté de gagner, la passion et le rêve. En témoigne Eddy Jordan en 1991 !

Au final, mieux vaut allier les deux, quitte à remplumer un peu le plateau ! Il est loin le temps où l'on comptait une trentaine de voitures au départ. Ouvrir quelques places ne serait pas du luxe. Cela permettrait aux privés comme aux marques de s'engager conjointement. Les constructeurs y travaillent leur propre technologie, les indépendants tentent d'aller provoquer Leur Majesté les usines en duel.

Plus de constructeurs oui, mais pas au détriment du reste. Et mieux encore : pourquoi pas des voitures faites par des teams privés, chacune soutenue par un constructeur en charge du moteur ? Après tout, les idées ne manquent pas !
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