Jacques Villeneuve fête son titre sur le podium du Grand Prix d'Europe 1997
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Il y a 25 ans, Jacques Villeneuve devenait champion du monde de Formule 1

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© McLaren / Jacques Villeneuve fête son titre sur le podium du Grand Prix d'Europe 1997

Le 26 octobre 1997, le pilote canadien Jacques Villeneuve remportait son unique championnat du monde de F1. Un titre remporté à l’issue d’un Grand Prix au cours duquel se produisit l’un des accrochages les plus mythiques de la grande histoire de la Formule 1.

Un contexte particulier et un héritage lourd à porter

En ce dimanche d’automne, le circuit andalou de Jérez de la Frontera s’apprête à accueillir pour la septième fois de son histoire un Grand Prix de Formule 1, pour la deuxième fois le Grand Prix d’Europe, et pour la première fois la finale d’un championnat. Une épreuve qui fera date dans l’histoire du sport. En arrivant en Espagne, les deux protagonistes de ce championnat très disputé, que sont Jacques Villeneuve et Michael Schumacher, ne sont séparés que par un seul petit point à l’avantage de l’Allemand (78 contre 77), après les seize premières épreuves de la saison. L’équation est donc simple. Celui qui terminera devant l’autre sera sacré champion, à condition pour Villeneuve de marquer au moins un point, lui qui a jusque-là remporté sept courses contre cinq pour Schumacher.

Pour l’un comme pour l’autre, remporter un titre mondial serait (très) lourd de sens. Pour Villeneuve, cela représenterait une première pour un pilote canadien et la suite logique d’une carrière météorite. Après avoir remporté l’Indy 500 à seulement 24 ans en 1995, Villeneuve débuta en F1 l’année suivante au volant d’une Williams-Renault avec laquelle il lutta jusqu’en fin de saison pour le titre face à son coéquipier Damon Hill. Par ailleurs, le Canadien inscrirait le nom « Villeneuve » au palmarès de la F1. Ce qui rendrait justice à son regretté père Gilles, qui aurait tant mérité que sa carrière soit couronnée d’un championnat.

Pour Schumacher, la donne est différente. Déjà double champion du monde avec Benetton en 1994 et 1995, l’Allemand dispose en Espagne d’une chance unique de replacer Ferrari sur la plus haute marche du podium. Sevrée de titres pilotes depuis 1979, la Scuderia compte sur son pilote pour mettre fin à cette longue période de disette. De plus, une troisième couronne permettrait à Schumacher de rentrer dans le cercle très fermé des triples champions aux côtés de Jack Brabham, Niki Lauda, Nelson Piquet et Ayrton Senna. Un éventuel sacre le rapprochait à une unité d’Alain Prost et à deux du record de Juan Manuel Fangio.

Une séance de qualifications au résultat improbable

Le samedi précédant la course, à l’heure des qualifications, les visages se tendent et la tension monte. Après un quart d’heure de séance, Villeneuve s’empare du meilleur temps en 1’21’’072’’’. Quelques minutes plus tard, Schumacher réalise exactement le même chrono. Ne parvenant pas à améliorer leurs temps, les deux rivaux n’ont plus qu’à attendre la fin de la séance. C’est alors que Heinz-Harald Frentzen, le coéquipier de Villeneuve chez Williams, réalise lui aussi un chrono en 1’21’’072’’’ à quelques minutes de la fin des qualifications ! Trois pilotes dans le même millième d’une séance de qualifications, il s’agit là d’un fait unique dans l’histoire de la F1. Ayant réalisé ce temps en premier, Villeneuve hérite de la pole devant Schumacher et Frentzen.

Un Grand Prix au final rocambolesque

Dès le départ, il apparaît évident que cette course allait réserver des surprises. Parti en pneus rodés depuis la pole située à gauche de la piste, Villeneuve patine, ce qui permet à Schumacher et Frentzen, partis en pneus neufs, de le passer dans les premiers hectomètres de ce premier tour.

La Ferrari de l’Allemand mène devant les deux Williams en ce début de course. Au septième tour, Frentzen, en bon coéquipier, ouvre la porte à son voisin de garage qui occupe désormais la deuxième place à environ quatre secondes de son rival. Si la course s’arrêtait là, Schumacher serait sacré champion.

Le pilote Ferrari accroît son avance au 16ème tour en réalisant un meilleur temps en 1’24’’131’’’, repoussant son rival canadien à plus de cinq secondes. Fait notable au 21ème tour, les deux hommes réalisent, comme la veille en qualifications, exactement le même temps au tour en 1’24’’773’’’. Au tour suivant, la Ferrari numéro 5 s’arrête à son stand pour ravitailler en carburant et chausser de nouvelles gommes. La Williams numéro 3 l’imite comme son ombre une boucle plus tard.

Cette première salve d’arrêts aux stands permet au pilote canadien de revenir dans les échappements de son rival. Dans le même temps, Williams retarde le premier arrêt de Frentzen afin d’aider son coéquipier à passer la Ferrari. Son équipe l’appelle finalement au box au 28ème tour. Repartant derrière les deux McLaren de David Coulthard et Mika Häkkinen, il ne peut plus aider son coéquipier dans sa lutte.

Les deux leaders commencent alors à revenir sur les retardataires dont la Sauber d’un certain Norberto Fontana, alors pilote de réserve de l’écurie suisse mais remplaçant du titulaire Gianni Morbidelli pour ce dernier Grand Prix de la saison. L’Argentin ne se fît pas prier pour laisser passer Schumacher mais mît beaucoup plus de temps à faire de même devant la Williams. En 2006, Fontana révélera que Jean Todt, alors directeur de la Scuderia, serait venu le voir dans le motorhome de son équipe, qui était motorisée par Ferrari, pour lui demander de bloquer Villeneuve en course si la situation s’y prêtait. Accusations que le dirigeant français niera en bloc.

Suite à cette mésaventure, Villeneuve se retrouve repousser à trois secondes de son rival à mi-course, soit au 35ème des 69 tours à parcourir. S’il veut être sacré champion du monde, il n’a pas d’autre choix que de cravacher et de dépasser la Ferrari de Schumacher.

Au 43ème tour, Schumacher gagne son stand pour son deuxième et dernier arrêt afin de chausser de nouvelles gommes et de remettre de l’essence. Et comme lors des premiers arrêts, Villeneuve et Williams réagissent dès le tour suivant en imitant l’écurie de Maranello. Il reste un peu plus de vingt tours et l’issue de ce championnat 1997 semble plus que jamais indécise.

Villeneuve fond sur Schumacher. A coups de dixièmes de secondes par tour, la Williams est devenue de plus en plus grosse dans les rétroviseurs de la Ferrari de Schumacher. C’est au 47ème tour que le Canadien décide de lancer son attaque. Au freinage de l’épingle, il décide de se décaler au dernier moment pour surprendre l’Allemand. Ce dernier réagit en donnant un violent coup de volant à son rival. La roue avant droite de la Ferrari heurte le ponton gauche de la Williams laissant une grosse trace noire sur la carrosserie de la monoplace bleue et blanche. Villeneuve poursuit sa route tandis que cette manœuvre propulse la Ferrari dans les graviers. Enlisé, Schumacher demande l’aide des commissaires en vain. Il sort de sa monoplace et assistera à la fin de la course depuis le bord de la piste.

Tous les regards se tournent désormais vers Villeneuve, devenu virtuellement champion du monde suite à cet accrochage. Chez Williams, les ingénieurs scrutent toutes les données à leur disposition afin de vérifier que la monoplace de leur pilote n’est pas endommagée suite à ce contact. Il reste moins de vingt tours et le Canadien sait qu’il doit tout faire pour ramener sa voiture à bon port s’il souhaite être titré.

A dix tours de l’arrivée, Villeneuve est toujours en tête mais voit revenir les deux McLaren sur ses talons ainsi que la Ferrari d’Irvine, la Benetton de Berger et son coéquipier Frentzen. Au volant d’une monoplace qui a malgré tout souffert d’un gros choc et équipée de pneus usés, le fils de Gilles ne peut pas baisser la garde. Ne souhaitant pas prendre de risques en défendant la première place, il décide de laisser passer les McLaren dans le dernier tour de course. Mika Häkkinen remporte ainsi son premier Grand Prix et McLaren sa 107ème victoire. Quant à Villeneuve, il réussit à conserver sa troisième place devant Berger, Irvine et Frentzen, et devient champion du monde de Formule 1 !

Epilogue d’une saison historique

Ce dénouement a une place à part dans l’histoire de la F1. Au-delà des circonstances de course, la saison 1997 sacre pour la cinquième fois un pilote ayant également remporté les 500 miles d’Indianapolis. Avant Villeneuve, Jim Clark, Graham Hill, Mario Andretti et Emerson Fittipaldi avaient réussi pareil exploit. Ce titre marque aussi la fin d’une domination presque sans partage du moteur Renault en Formule 1. De 1992 à 1997, la marque au losange aura remporté cinq titres pilotes et six titres constructeurs. Il faudra attendre 2002 pour revoir le motoriste de Viry-Châtillon sur les grilles de départ.

Pour Schumacher et Ferrari, la donne est bien différente. Reconnu coupable d’une manœuvre délibérée mais non préméditée, le pilote allemand est disqualifié du championnat du monde mais conserve le bénéfice de ses victoires, pole positions et meilleurs tours. Côté constructeurs, Ferrari n’est pas sanctionnée et reste vice-championne du monde derrière Williams.

25 ans après, cette saison 1997 reste l’une des plus passionnantes que la Formule 1 nous ait offerte. Le duel entre Jacques Villeneuve et Michael Schumacher, comme celui entre Williams-Renault et Ferrari, aura tenu en haleine les fans et les observateurs pendant les 17 Grands Prix qu’aura compté cette saison.

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