H24 : Mission Possible


La révolution est en marche
Remplaçant habilement l’utilisation de batteries de forte capacité, la pile à combustible permet de créer de l’électricité à partir de dihydrogène stocké dans trois réservoirs sous pression. Le remplissage de ces derniers, contenant 8kg de dihydrogène, s’effectue en 3 minutes. La pile à combustible est, quant à elle, constituée de plusieurs “stacks” : quatre dans le cas de la LMPH2G. Elle pèse 133kg et fournit l’énergie nécessaire à l’alimentation des quatre moteurs électriques, deux par roue arrière.
Dans une telle configuration, la LMPH2G n’a pas à rougir de ses performances par rapport à ses homologues thermiques puisqu’elle développe 400ch (jusqu’à 650ch ponctuellement en utilisant la récupération d’énergie au freinage), est capable d’abattre le 400 m D.A. en 11 secondes et d’atteindre les 100km/h en 3.4s. Tout ceci en n’émettant pas le moindre gaz à effet de serre, le seul élément rejeté étant de l’eau: 1.2L/km dont une partie est réutilisée pour optimiser le fonctionnement de la pile à combustible.

Une courbe de progression vertigineuse
Si Mission H24 est née en Septembre 2018, lors du premier roulage de la LMPH2G développée par Green GT, l'entreprise n'en est pas à son coup d’essai. En effet, au premier prototype de cette lignée qui était une barquette équipée d’une batterie et de moteurs électriques, a succédé en 2012 un véritable OVNI, la Green GT H2: un prototype aux dimensions imposantes équipé pour la première fois d’une pile à combustible. Ce dernier pesait alors 1850kg quand la LMPH2G en pèse seulement 1420.
Alors qu’une participation aux 24h du Mans 2013 dans le cadre du 56ème stand a été un temps envisagée, la Green GT H2 aura surtout permis de poser les bases de ce qui apparaît comme un projet d’avenir. L’énorme bond technologique réalisé entre les trois générations de prototypes aura poussé des pilotes de renom à rejoindre l’aventure pour aider l’équipe technique à guider les développements futurs. Après Olivier Panis qui avait pris le volant de la Green GT H2 en 2016, ou encore Olivier Lombard, ce sont aujourd’hui Norman Nato, Stoffel Vandoorne et Stéphane Richelmi qui se relaient au volant des prototypes de l’entité suisse: la LMPH2G et la H24.

L’hydrogène bientôt aux 24h du Mans
L’objectif de Mission H24, menée conjointement par Green GT et l’ACO, est la création d’une nouvelle catégorie réservée aux voitures présentant ce type de propulsion dès 2025, échéance repoussée d’un an suite aux contraintes imposées par la crise sanitaire. Il faut dire que les perspectives sont plus que réjouissantes pour les prototypes à hydrogène : on annonce par exemple une pile à combustible pesant moins de 100kg dans 2 ans contre 133kg aujourd’hui ou encore 1 seul réservoir au lieu de 3 actuellement, permettant ainsi d’abaisser sensiblement la masse.
Cette nouvelle catégorie sera ouverte à tous les constructeurs mais un certain nombre de composants sera partagé par l’ensemble des autos:
- Les réservoirs seront fournis par Plastic Omnium.
- Le groupe moto-propulseur (électronique de puissance, boîte de vitesses, moteurs électriques,...) sera, sans surprise, fabriqué par Green GT.
- Le châssis pour sa part sera produit par une joint-venture entre Red-Bull Advanced Technologies et Oreca.
En standardisant tous ces composants, la volonté affichée par le législateur est de maîtriser les coûts et bien entendu de faire en sorte que le vainqueur de la catégorie soit le constructeur ayant effectué le meilleur travail autour de la pile à combustible et de son système de refroidissement.
Même si les coques seront communes et spécifiques à cette nouvelle catégorie, les autos seront clairement identifiables puisque l’aérodynamique de la partie supérieure des carrosseries sera propre à chaque constructeur qui pourra la développer selon ses souhaits, dans la limite du règlement bien sûr. En revanche, les éléments aérodynamiques inférieurs de l’auto seront standards.
L’association inédite entre Red-Bull Advanced Technologies et Oreca permet d’allier le savoir-faire du premier en termes de développement et de simulation à l’expérience de la firme de Signes (83) en ce qui concerne la maîtrise des coûts, l’accessibilité des composants mécaniques pour les réparation ou encore la qualité de fabrication.
Le but est que les concurrents alignés dans cette catégorie puissent parcourir les 13,626km de la piste sarthoise en 3min30sec, soit un temps à quelques secondes seulement de celui réalisé par les véhicules de la catégorie reine actuellement.

H24 déjà dans la course
Après une année mise entre parenthèses des suites de la pandémie mondiale, Mission H24 et son équipe d’exploitation H24Racing sont revenues en piste dans le cadre du meeting belge de l’ELMS, le 17 Septembre dernier. Après un tour d’honneur réalisé en ouverture des 24h du Mans 2021 en Août, le nouveau prototype H24, digne descendant de la LMPH2G, s’est cette fois-ci frotté à l’ensemble du plateau LMP3 sur le tracé Spadois lors des séance d’essais de la Michelin Le Mans Cup. Pour la première fois sur ce circuit, le ravitaillement en hydrogène a pu être réalisé via la station TotalEnergies installée dans la voie des stands. Un nouveau pas en avant vers la mobilité de demain.