Stéphane Peterhansel : « Mon objectif est de gagner le Dakar 2023 »

Automobile. A quelques jours du départ du Dakar 2023, qui se tiendra du 31 décembre au 15 janvier, MotorsInside a eu la chance de rencontrer Stéphane Peterhansel, quatorze fois vainqueur du plus grand Rallye-Raid du monde et légende des sports mécaniques. Dans cette première partie d’interview, qui en comptera trois, l’homme de Vesoul nous parle de sa préparation pour cette épreuve hors-normes, de ses objectifs, et des évolutions apportées à son bolide, l’Audi RS Q e-tron.

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Stéphane Peterhansel devant l'Audi RS Q e-tron
© Red Bull / Stéphane Peterhansel devant l'Audi RS Q e-tron

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Bonjour Stéphane, vous allez disputer dans quelques jours le 34ème Dakar de votre carrière, le 24ème en Auto. Comment se déroule votre préparation ?

Merci de me rappeler le nombre parce que j’ai toujours du mal d’une année à l’autre ! Pour faire simple, une préparation au Dakar, c’est une année complète, ça ne s’arrête jamais. Nous terminons le Dakar, nous faisons un gros débriefing sur les points qui n’ont pas fonctionné ou qui ont posé des problèmes. Tout de suite après, les ingénieurs commencent à trouver des solutions pour améliorer la voiture et régler les problèmes. Ensuite, nous faisons des essais pour valider les modifications. Nous avons réattaqué les premiers essais au mois de juin en Espagne. Puis, on a enchaîné avec des essais au mois de septembre au Maroc. Début octobre, on a fait une course, le Rallye du Maroc, et la voiture était prête.

Il y a donc différentes phases. Planifier les modifications, les tester, les valider dans la longueur et puis une course pour confirmer nos choix techniques. Entre-temps, on a fait au mois de mars le Rallye d’Abu Dhabi, juste après le Dakar. Il s’agissait là de la première victoire d’une voiture électrique dans une épreuve de Rallye-Raid. Pour Audi, ça a été une belle satisfaction de gagner pour leur deuxième course, après le Dakar. Donc la préparation c’est ça, développement, test et course.

Cela ne s’arrête cependant pas là car il y a eu quinze jours dans les ateliers d’Audi Sport pour faire des stages de mécanique afin d’être prêts, pilotes et copilotes, en cas de problème sur le prochain Dakar. Être capable de changer des pièces, de changer une transmission, de changer quelques capteurs sur le moteur, de régler les problèmes qu’il pourrait y avoir sur les moteurs électriques ou les softwares. On passe quelques jours à l’atelier pour être opérationnel.

Puis, après la dernière phase de préparation, il faut se mettre en forme physiquement pour être au mieux possible au mois de janvier. Il y a donc différents paramètres dans la préparation : la technique, le roulage et la forme physique.

Après la première participation de l’Audi RS Q e-tron l’année dernière, avec laquelle vous avez remporté une victoire d’étape sur le Dakar 2022, quelles évolutions ont été apportées à la voiture par rapport à la version précédente ?

Nous n’avons pas révolutionné le concept de la voiture qui était le bon. Nous avons essayé de trouver des solutions pour le fiabiliser. Nous avions eu des problèmes de suspension et les avons résolus. Ensuite, on a essayé de gagner en performance en réduisant le poids sur la voiture. La FIA établit une échelle de poids selon les véhicules, et nous étions trop haut par rapport à celle-ci donc on a réussi à faire « maigrir » la voiture de 100 kilos, étant donné que le poids en compétition, c’est de la performance.

Le deuxième point sur lequel nous avons travaillé c’est au niveau aérodynamique pour avoir le moins de résistance possible. Nous avons allégé la carrosserie et passé beaucoup de temps en soufflerie. Par conséquent, dans des zones où la voiture roule entre 80 et 170 km/h, qui est la vitesse limitée, on la sent plus libre, moins résistante, comme si elle était encore plus légère. Donc ça, ce sont les deux axes de développement en termes de performance  : le poids et l’aéro.

Le troisième point, ça a été de simplifier la vie à l’intérieur pour le pilote et le copilote. Tout ce qui est gestion entre le moteur thermique, les moteurs électriques et les stratégies de recharge de batteries a été automatisé. C’est-à-dire que nous avons un système qui permet de réguler la puissance si la batterie se décharge trop vite. L’année dernière, il y a des moments où il fallait gérer nous-mêmes pour ne pas décharger les batteries trop vite. Maintenant, c’est la voiture qui gère tout toute seule et nous pouvons nous concentrer à la fois sur le pilotage pour le pilote, et la navigation pour le copilote donc ça nous a simplifié la vie à l’intérieur du cockpit.

Quels sont vos objectifs pour cette édition 2023, la deuxième avec Audi ?

Après les essais et la course au Maroc, nous avons compris que nous avions une voiture performante. On a en tout cas une voiture qui est capable à mon avis de gagner le Dakar. L’objectif est donc d’essayer de gagner à nouveau. Ce n’est jamais facile, il y a de la concurrence externe avec les Loeb, Al-Attiyah et compagnie, et il y a de la concurrence en interne avec mes deux coéquipiers et notamment Carlos Sainz. Je pense que nous avons l’arme pour essayer de se bagarrer, pour viser la victoire.

Depuis 1988, année de votre première participation, vous avez connu les trois continents sur lesquels s’est déroulée la course (Afrique, Amérique du Sud, Moyen-Orient). Quel est selon vous le terrain de jeu idéal pour un Rallye-Raid et pourquoi ?

Tout d’abord, nous sommes vraiment chanceux d’avoir pu rouler sur ces différents continents parce que le Rallye-Raid et le Dakar nous ont fait découvrir des paysages magnifiques. Mais si on devait en garder qu’un ce serait l’Afrique qui pour moi offrait plus de possibilités que ce qu’on a aujourd’hui.

Je dis ça parce qu’en Afrique, on démarrait par le nord avec soit le Maroc, la Tunisie, l’Algérie ou la Lybie. On rentrait ensuite dans les grands déserts avec le Niger, le Mali ou la Mauritanie avec le désert du Ténéré qui était vraiment immense et où la navigation était importante. On terminait dans des paysages qu’on appelle le Sahel avec de la végétation et un peu de savane. Enfin, on arrivait en Afrique noire avec des forêts où c’étaient des pistes au milieu des arbres.

Avec ces trois-quatre différents types de paysages, nous avions beaucoup plus de diversité que ce que nous avons trouvé ensuite en Amérique du Sud ou même ce qu’on trouve aujourd’hui en Arabie Saoudite.

Je garderais donc l’Afrique pour sa diversité, pour sa déconnexion aussi. Nous étions déconnectés du monde moderne avec des zones très peu peuplées où il y avait vraiment un côté aventure qui ressortait plus qu’aujourd’hui.

Par ailleurs, à l’époque, les courses étaient plus dures, plus longues en termes de kilométrages et de temps. En Amérique du Sud, les plus longues spéciales duraient six heures pour les premiers, alors qu’en Afrique, nous faisions jusqu’à douze heures de spéciale pour les premiers, et c’était encore plus long pour les amateurs.

Après six succès en Moto et huit en Auto, vous verra-t-on un jour au départ du Dakar dans une autre catégorie (camion, quad, SSV) ?

Je ne crois pas. A un moment, je m’étais posé la question pour pourquoi pas faire un Dakar en camion et gagner dans cette catégorie. J’avais d’ailleurs essayé un camion de course et j’y ai pris beaucoup moins de plaisir. En termes de pilotage, c’est quand même moins intéressant qu’une voiture, c’est brutal, moins fun, ça saute moins bien et ça glisse moins facilement.

Quand on a la chance d’être pilote d’usine et d’avoir une des meilleures voitures à utiliser sur le Dakar, je crois que ça serait quand même dommage de partir en camion. De toute façon, je pense que le challenge Audi est le dernier challenge que j’essaie de relever et après ça sera la fin.

Alors justement, est-ce que le Dakar 2023 sera votre dernier Dakar ?

Théoriquement non parce que j’ai un contrat avec Audi pour un troisième Dakar en 2024. Je me suis quand même dit que si j’arrivais à gagner ce Dakar 2023, je pense que je n’irai pas à la fin du contrat. Ce serait tellement mieux de terminer sur une victoire que de retenter encore une année de plus, donc oui ça pourrait être mon dernier Dakar.

Le groupe Volkswagen est engagé dans un vaste programme pour électrifier sa gamme de véhicules. En quoi une compétition comme le Dakar peut aider un constructeur à développer des technologies plus vertes ?

Nous ne savons pas si le tout électrique est la bonne direction à suivre. Ce qui est sûr, c’est que nous apprenons énormément sur des courses extrêmes comme le Dakar en termes de conditions, de températures, de résistance à rouler dans des terrains très mouvants, très mous comme le sable. Ce sont des conditions extrêmement dures pour les batteries et les moteurs électriques. Donc je pense que tout ce qu’apprend Audi dans une course comme le Dakar, comme ce qu’ils ont pu apprendre en Formula E, les aide pour le futur développement des voitures de série.

De notre côté, nous avons une voiture qui est hybride puisqu’on a un moteur thermique qui fonctionne comme un générateur pour charger les batteries, mais notre mode de propulsion est uniquement donné par le moteur électrique. Grâce à la compétition, Audi apprend des choses sur les batteries, les moteurs électriques mais je ne pense pas que l’hybridation, comme celle que nous avons avec un moteur thermique, puisse être mise à l’identique sur une voiture de série.

D’un autre côté, si nous voulons faire une course comme le Dakar avec des moteurs électriques, c’était la seule solution. Nous pouvons parcourir jusqu’à mille kilomètres en une journée sur le Dakar et nous ne ravitaillons pas entre le départ le matin et l’arrivée le soir. Pour faire fonctionner une voiture purement électrique sans moteur pour recharger, il nous faudrait environ 20 tonnes de batteries pour faire l’étape. C’est pour cela que nous avons une voiture hybride.

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